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12 personnalités se confient au sujet de l’homophobie

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Le président de la STM, Philippe Schnobb a failli ne pas être nommé présentateur du bulletin d’information en Alberta, à l’époque où il travaillait pour Radio-Canada parce qu’il est homosexuel. Un animateur de radio du Saguenay a ouvertement attaqué l’ex-ministre Sylvain Gaudreault sur son orientation sexuelle lorsque ce dernier a décidé de faire de la politique. En marge de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, qui se tiendra le 17 mai, 12 personnalités québécoises ont raconté au 24 Heures comment elles ont survécu au phénomène.

Photo courtoisie, Penguin

Nom: Alex Perron

Profession : Humoriste

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

On est encore souvent victime d'homophobie, que ce soit par un regard de jugement, une phrase ou un rire mesquin. Mais j'ai choisi de ne pas me concentrer là-dessus. Je ne me laisse plus atteindre par ça. C'est ma meilleure arme contre l'homophobie.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Souvent! J'ai souvent pris la parole pour défendre la personne. Mais je l'avoue bien humblement, j'ai aussi fait semblant de ne pas voir ou entendre. Des fois par lâcheté, d'autres fois par lassitude de combattre.

Comment combattre l’homophobie?

Il n'y aura jamais de solution miracle et, malheureusement, je crois qu'il est naïf de penser qu'un jour il n'y en aura plus. Mais je suis un éternel positif et je crois vraiment qu'on peut réduire le phénomène. La communication et l'acception des autres tels qu'ils sont, est l’une des clés de la solution...

Photo courtoisie, Takashi Seida

Nom: Émile Gaudreault

Profession : Cinéaste. Réalisateur de Mambo Italiano et De père en flic

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Enfant, j'ai été traité de «tapette» deux fois, la première à 9 ans, la deuxième à 16 ans. Un seul mot prononcé deux fois a eu un grand impact. Je me suis senti découvert, j'ai eu honte et j'ai essayé d'enfouir toute trace de féminité en moi. J'ai perdu mon authenticité et une certaine spontanéité. Cela m'a pris plusieurs années à m'accepter tel que je suis, et ce, malgré le fait que ma famille et mes amis aient bien réagi à mon coming out.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

J'ai été très peu témoin d'actes homophobes. En ce moment, les réseaux sociaux et les forums de discussions véhiculent beaucoup de mépris à l'endroit de la communauté gaie, mais aussi des femmes et des communautés culturelles.

Comment combattre l’homophobie?

Continuer le travail de sensibilisation, faire comprendre la violence de certains mots, l'impact dévastateur (mortel dans certains cas) qu'ils peuvent avoir. L'attitude qui a le plus grand potentiel de changer les choses, c'est d'être soi-même, sans honte. Parler de son homosexualité ouvertement, comme les hétérosexuels parlent de leur vie de couple et de leur vie familiale.

Photo courtoisie, STM

Nom : Philippe Schnobb

Profession : Ex-journaliste à Radio-Canada et président de la STM

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

L'homophobie s'exprime parfois de manière subtile et ce n'est que plus tard qu'on en prend conscience. Quand je travaillais en Alberta pour Radio-Canada, j'avais été nommé présentateur du bulletin d'informations. J'ai appris plusieurs années plus tard que la responsable de l'émission avait dû faire preuve de beaucoup de persuasion auprès de la direction régionale qui était très mal à l'aise avec le fait de confier la présentation des nouvelles à un gai. «Qu'est-ce que les gens vont penser», disait-il. J'ai fait le travail pendant deux saisons et personne ne s'est plaint !

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Les seuls moments où j'ai été témoins d'actes homophobes c'est lorsque que je m'occupais des réseaux sociaux pour le Téléjournal. Il m'est arrivé d'écrire à certaines personnes pour les prévenir que je devrais effacer leurs interventions si elles continuaient à tenir ce genre de propos.

Comment combattre l’homophobie?

La meilleure façon d'enrayer le phénomène c'est l'éducation et la communication. C'est pour cette raison que je soutien activement le GRIS, un organisme communautaire dont les bénévoles font le tour des écoles pour parler d'homosexualité aux élèves. Toutes les questions sont permises. Le GRIS célèbre ses vingt ans cette année. Mon ami Robert Pilon, qui a été président de l’organisme pendant neuf ans, vient d'ailleurs de publier un excellent recueil de témoignages de bénévoles et de personnalités publiques qui racontent comment ils vivent leur homosexualité au quotidien.

Photo courtoisie

Nom : Réjean Thomas

Profession : Médecin et fondateur de la clinique médicale L'Actuel

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

À l’adolescence, j’ai vécu de l’intimidation de la part de deux gars. Cela m’est arrivé à plusieurs reprises à cette époque. On se sent très mal, on a l’impression d’être seul au monde. On a le sentiment que tout le monde est contre nous, que l’on est exclu. On ne sait pas si on va survivre à cela.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Très souvent. Bien trop souvent. Ce sont surtout les patients qui racontent des histoires. Plusieurs ont été battus, ils ont subi de la violence. Fréquemment, ils n’ont pas été suffisamment écoutés par la police. Les actes d’homophobie n’ont pas été reconnus. Certains patients ont été mis à la porte par leurs parents parce qu’ils étaient gais. Ce sont surtout les pères qui les rejettent. Ce sont des situations dramatiques et révoltantes.

Comment combattre l’homophobie?

La loi sur le mariage gai a été adoptée en 2004 au Québec, ce qui en faisait une province à l’avant-garde. Il faut maintenant des lois strictes contre l’homophobie, des lois qui dénoncent la violence sous toutes ses formes contre l’homosexualité. Il faut énoncer clairement qu’au Québec, ces situations sont inacceptables. L’homophobie est souvent issue de l’ignorance qu’il faut combattre. L’éducation dans les écoles et les campagnes grand public sont des moyens efficaces de signifier qu’au Québec l’homosexualité est pleinement acceptée. Tout le monde doit y adhérer, y compris les nouveaux arrivants.

Photo d'archives

Nom : Sylvain Gaudreault

Profession : Député péquiste et ex-ministre des Transports

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

En 2007, lors de ma première élection, un animateur de radio du Saguenay avait déclaré sur les ondes que «les travailleurs d'usine ne voteraient jamais pour une tapette». Les réactions publiques avaient alors été très vives, l'animateur a été exclu des ondes et j'ai continué ma campagne en misant d'abord sur les idées que je proposais pour ma circonscription. J'ai finalement remporté ma campagne et j'ai été réélu à trois reprises depuis.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

J'en ai été témoin surtout lors de voyages à l'étranger, là où l'homosexualité n'est pas aussi acceptée qu'au Québec. Souvent, les actes homophobes sont des petits gestes en apparence anodins, des regards, des attitudes... Quant à moi, j'ai toujours le réflexe de poser des gestes d'ouverture et d'accueil envers la personne qui en est victime, comme un sourire compréhensif, un regard complice, une attitude sans préjugé.

Comment combattre l’homophobie?

Il faut constamment miser sur l'éducation, comme le fait le groupe GRIS dans les écoles. Il faut témoigner de son expérience et démontrer la «normalité» de la vie d'une personne homosexuelle dans la société. Il faut aussi continuer de lutter car les gains sont fragiles ici et les reculs sont encore importants à l'étranger, notamment dans les pays du Sud. Voilà pourquoi les défilés et autres manifestations sont encore importants.

Photo courtoisie, Radio-Canada

Nom : Dany Turcotte

Profession : Animateur de La Petite séduction à la SRC. Fou du roi à Tout le monde en parle

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Toute personne homosexuelle connaît très bien ce qu'est l'homophobie. De petits mots, de petites phrases entendues ici et là qui finissent par blesser et à miner l'estime de soi. C'est un combat de tous les jours dont on pourrait se passer...

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Chaque matin, je me réveille avec le message d'une personne qui est venu faire «ses besoins» dans l'une de mes boîtes de courriel! Je réponds «vigoureusement» à chacun d'eux! Ma devise: on combat la bêtise un con à la fois!

Comment combattre l’homophobie?

Ce sera long, on change les mentalités moins rapidement que les lois! Les préjugés sont incrustés dans le cerveau comme des fossiles dans la pierre. On se retrousse les manches et on explique, on sensibilise et on éduque!

Photo courtoisie, Jessica Desjardins

Nom : Charline Labonté

Profession : Triple médaillée d’or aux Jeux olympiques en hockey féminin et gardienne des Stars de Montréal

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Pas vraiment. Pas personnellement. L’homosexualité n’est pas un sujet tabou dans mon milieu. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai fait ma sortie. Tout a été super positif. Je reçois beaucoup de messages de soutien. Les gens me disent : « On a besoin de modèles comme toi».

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Pas dans mon milieu, mais c’est assez évident qu’il y a encore des problèmes liés à ça dans notre société. Dans le sport, il y a encore des problèmes, notamment les sports masculins. Par exemple, dans la LNH, il n’y a pas d’hommes gais qui sortent du placard. Cela en dit long sur là où on est rendu.

Comment combattre l’homophobie?

Cela commence avec le langage. J’ai entendu «C’est tellement gai ça» à ma première année à l’Université McGill. J’ai confronté la personne sur les raisons pour lesquelles elle disait ça. Elle m’a répondu que c’est juste une expression. Or, c’est une expression qui ne veut rien dire. La situation a changé et la personne en question a cessé de parler de la sorte. Il faut prendre conscience de l’importance du vocabulaire. On peut s’affirmer, on peut s’exprimer, mais il faut toujours rester respectueux.

Photo d'archives

Nom: Jasmin Roy

Profession : comédien et président de la Fondation Jasmin Roy contre l’intimidation

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Oui, à l’école, j’ai été victime d’intimidation. À cinq ans, j’étais ostracisé, mis de côté à cause d’une orientation sexuelle que je n’affichais même pas. À l’âge adulte, l’homophobie s’est transformée pour s’exprimer sous forme de réticences ou d’inconfort. Quand j’ai joué dans Chambres en ville, on m’a déconseillé d’afficher mon homosexualité en me disant que c’était pour nuire à ma carrière. Je sens parfois un malaise pas parce que je suis gai mais plutôt parce que je suis ouvertement gai. Faut pas être trop visible, pas trop flamboyant. Tu as le droit d’être gai, mais pas de le démontrer.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Oui, j’ai vu des gens se faire attaquer dans le Village et qui ont dû se rendre à l’hôpital. Je connais des gens qui ont perdu leur emploi en raison de leur homosexualité. Des gens qui n’ont pas été considérés pour un poste parce qu’ils sont gais. À compétence égale, un patron va choisir un hétérosexuel.

Comment combattre l’homophobie?

Par l’éducation et les cours de sexualité, mais aussi une meilleure visibilité des gais. Être plus présent, plus visible et plus intégré dans la société. Être accompagné dans une soirée ou un gala de son amoureux. Adopter des gestes de socialisation normale. L’homosexualité, ça ne se vit pas dans la chambre à coucher mais en société.

Photo courtoisie, Radio-Canada

Nom : Monique Giroux

Profession : Animatrice à la radio d'ICI Musique

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Les gestes, les paroles, les actes homophobes ne sont pas toujours spectaculaires. Ils sont souvent insidieux, camouflés sous d'autres prétextes. On ne m'a jamais craché à la gueule, ni insulté vertement. Pour vous donner un exemple tout bête, un jour on a mis deux heures à être servies ma compagne et moi dans un resto français, en Dordogne, alors que tout le monde dans le resto était servi avec diligence. Quand on s'est manifesté, on nous a dit: «Si ça ne vous convient pas, partez!» Et c'est ce qu'on a fait, tout simplement. Je refuse de prêter flanc à la discrimination.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Un ami s'est fait battre par trois gars dans le Village, il y a quelques années. Il a été hospitalisé pendant 10 jours. Il a subi une chirurgie de six heures, a été défiguré, mâchoire et dents cassées. J'ai évidemment réagi avec tristesse, colère et un sentiment d'impuissance épouvantable.

Comment combattre l’homophobie?

Comment enrayer la bêtise, l'horreur, la misère, la peine et la souffrance? En proposant calmement des pistes d'humanisme, d'altruisme, de gros bon sens. Je réclame le droit à l'indifférence. Je veux qu'on soit indifférent à l'orientation sexuelle des gens. Et je ne me sens pas différente de qui que ce soit. Je suis tout ce qu'il y a de plus «normale et ordinaire». Je me distingue par mon travail, mes implications sociales mais certainement pas par ma couleur de cheveux ou mon orientation sexuelle.

Photo courtoisie

Nom : Philippe Dubuc

Profession : Designer et homme d’affaires

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Oui, surtout à l’adolescence, car c’est à cette période de la vie que notre identité sexuelle se confirme, mais notre entourage (amis, collègues, voisins) n’est pas toujours ouvert et mature pour comprendre une telle différence. On peut vivre plusieurs échecs à cet égard. Nous ne sommes pas toujours conscients que nous vivons de l’homophobie parce qu’elle est parfois vicieuse.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Oui, car j’ai été impliqué dans plusieurs activités sportives dans ma jeunesse comme au hockey ou en athlétisme. J’ai vu à plusieurs reprises des actes homophobes perpétrés envers des candidats qui semblaient plus faibles et marginaux : ils se faisaient ridiculiser. J’ai été moi-même victime d’intimidation, mais ma personnalité m’a permis de remettre certains gars à leur place. Les épreuves nous rendent cependant plus forts.

Comment combattre l’homophobie?

C’est d’en parler et de faire comprendre à la population que la différence doit être une normalité. Même si on en parle moins aujourd’hui, je trouve qu’il y a encore trop d’allusions sexuelles face à l’homosexualité et de blagues plates balancées dans les médias à cet égard. Il me semble que nous devrions être rendus plus loin socialement dans l’acceptation de la différence.

Photo d'archives

Nom : Jean-Philippe Dion

Profession : Animateur et producteur télé

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Oui, mais à une époque où je ne me sentais pas gai moi-même. Ça fesse encore plus, ça remet des choses en question. C’est aussi le moment de ta vie, le primaire et le secondaire, où tu n’as pas le choix des gens qui t’entourent et de ton milieu. Je n’ai jamais entendu des commentaires déplacés à ce sujet par la suite et, aujourd’hui, de toute façon, ça ne m’atteindrait plus.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

J’ai souffert quand j’étais jeune au secondaire, c’était difficile, aujourd’hui quand je vois un jeune qui se fait traiter de «tapette» ou peu importe, je suis du genre à arrêter l’autre petit garçon pour lui expliquer que ça ne se fait pas... C’est plus fort que moi.

Comment combattre l’homophobie?

Il faut en parler, il faut que ça devienne «normal», que ce ne soit plus un tabou. En fait, quand c’est un tabou, c’est là que ça peut devenir négatif. À partir du moment où ça ne sera plus un tabou, ça ne sera plus un outil pour rabaisser quelqu’un.

Photo courtoisie, Québec solidaire

Nom : Manon Massé

Profession : Députée de Québec solidaire

Avez-vous déjà été victime d’homophobie?

Jamais d'homophobie, mais régulièrement de transphobie. Le fait de ne pas répondre au modèle standard imposé aux femmes par l'industrie de la mode et de la beauté me vaut quotidiennement des jugements, des injures ou une négation de mon identité de genre. Je suis d'ailleurs très heureuse que, cette année, on parle de Journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie.

Avez-vous été témoin d’actes homophobes?

Trop de fois dans ma vie j'ai assisté à la banalisation de propos homophobes: «Je vais vous conter une joke de tapettes, c'est juste une joke», «moi j'ai rien contre ça, mais...», «j'en connais, moi, quelqu'un qui est comme ça mais au moins il n'est pas efféminé», «elle doit avoir été abusée sexuellement dans son enfance, c'est pour ça qu'elle est lesbienne». Depuis longtemps, je réagis instantanément et je travaille à déconstruire les préjugés et à confronter les gens sur leur propre vision hétérosexiste des relations.

Comment combattre l’homophobie?

L'hétérosexualité comme norme sociale nourrit beaucoup de préjugés et cause des impacts négatifs dans la vie des gens qui ne suivent pas ces normes. Même chose pour les gens qui traversent les genres bien stéréotypés de ce que devrait être une «vraie femme» ou un «vrai homme». Ces modèles nous enferment dans des carcans qui briment la liberté d'être «qui on est». Qu'y a-t-il de si menaçant, au juste? Il faut déconstruire ces mythes et laisser l'humain être qui il est et en relation avec qui il veut.

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