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Le foutu tableau de bord

Bloc - bordel informatique
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C’est le jour de la marmotte avec le tableau de bord du gouvernement sur les projets informatiques.

 

Depuis deux ans, peu importe le parti au pouvoir, peu importe les changements qui sont promis ou apportés, ce tableau de bord est contesté.

 

Le tableau de bord, c’est quoi:

 

-Officiellement: Un site internet gouvernemental qui diffuse la progression des projets informatiques de plus de 100 000 $ du gouvernement. Il a été créé dans un élan de «volonté de transparence». Bref, un outil super! On peut savoir comment se déroule un projet: les échéanciers, les coûts, les raisons pour justifier des écarts. C’est une reddition de compte formidable.

 

-Officieusement: Un outil gouvernemental qui est devenu une véritable patate chaude politique, que ce soit pour les libéraux ou les péquistes lorsqu’ils étaient au pouvoir. C’est un site internet qui ne donnait pas l’heure juste, qui n’était pas pris au sérieux et qui avait peu de signification selon des élus. Des efforts ont été faits pour l’améliorer au cours des derniers mois, à la demande sentie du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. Mais il reste implacablement incomplet. Des projets en pleine déroute sont souvent présentés comme étant un super succès de gestion.

 

Le tableau de bord n’est peut-être pas un sujet qui enflamme. Pourtant, il présente les informations pour des projets informatiques qui totalisent précisément 1,8 milliard de dollars. Certaines préoccupations sont ainsi plus que justifiables lorsque le public exige que les informations qui y sont présentées soient complètes et justes.

 

S’assurer que le gouvernement rapporte fidèlement comment il dépense 1,8 G$ dans ses projets informatiques, voilà l’importance du tableau de bord.

 

Voici la saga:

 

15 mars 2013: Québec accusé de «désinformation numérique»

 

Deux sources racontent à Fabien Deglise, du Devoir, que le Conseil du trésor manipule de façon organisée et planifiée des données sur le tableau de bord pour embellir le portrait des dépenses publiques en informatiques.

 

4 juin 2013: Problème avec le logiciel qui devrait signaler les problèmes

 

Notre Bureau d’enquête illustre les aberrations du tableau de bord en recensant cinq projets informatiques en déroute. Sur le tableau, ces cinq projets sont affichés comme progressant comme prévu selon l’organisme responsable des projets. C’est un peu le loup qui surveillait les moutons, d’ailleurs. Les hauts dirigeants d’organismes s’autoévaluaient et s’accordait donc un bon rendement même si le projet était à la dérive. Des exemples: SAGIR phase 2, était 4 ans en retard, mais «progresse comme prévu», un système à l’AMT était 2 ans en retard avec 4 M$ d’explosion de coûts, mais «progresse comme prévu». Le tableau n’était pas mis à jour depuis des mois, comme s’il n’était pas pris au sérieux.

 

5 juin: Péquistes et libéraux s’accusent mutuellement

Stéphane Bédard, alors président du Conseil du trésor, juge que la situation avec le tableau est «surtout embarrassante pour les libéraux». Il explique que le tableau sera mis à jour rapidement et qu’il deviendra un réel outil de transparence dès l’automne et qu’il sera complètement remodelé. Ceux qui tenteront de camoufler la déroute d’un projet devront répondre de leurs actes, dit-il. Les libéraux réagissent alors en demandant à M. Bédard d’arrêter de se comporter comme s’il était à l’opposition et d’agir. Le député de la CAQ, Christian Dubé, est celui qui a le plus dénoncé le portrait rose du tableau de bord. Il a réagi en demandant, une xième fois, au gouvernement d’«enlever la partisanerie» et de régler le problème. 

 

17 décembre 2014: Le tableau de bord est de retour

 

Durant un an, le tableau continue d’être affiché avec un portrait parfois embelli pour certains projets. Après avoir été laissé à l’abandon, le tableau est de retour avec les améliorations promises par Martin Coiteux. Ce dernier souhaitait que l’état de santé des projets soit mesuré par des critères objectifs et non à la bonne volonté des dirigeants des organismes. Les projets informatiques du réseau de la santé ont aussi (enfin) été ajoutés au tableau de bord.

 

8 mars 2015: L’outil de transparence qui n’est pas transparent

 

Même si le nouveau tableau de bord devait être beaucoup plus transparent, notre Bureau d’enquête recense sept projets informatiques qui n’affichent pas fidèlement le portrait de leur avancement. Un projet qui coûtera 7,5 M$ de plus, un avec quatre ans de retard; les organismes mentionnent toujours que ces projets progressent comme prévu. Martin Coiteux a admis auparavant que le tableau n’est pas d’une transparence incontestable.

 

13 mai 2015 La CAQ en rajoute

 

Le député de la CAQ, Éric Caire, accuse Martin Coiteux de faire de la désinformation avec le tableau de bord. Le parti dit avoir recensé que 166 projets actifs sur 321 présentent des informations erronées quant au coût ou à l’avancement des travaux alors que M. Coiteux avait souligné que ce problème avait été corrigé. M. Caire rappelle que le Conseil du trésor a pourtant dépensé 65 000 $ pour améliorer le tableau de bord. Il a cité en exemple le projet MOSAIC qui fait l’objet d’un reportage le 11 mai. Le coût du projet a pratiquement doublé, atteignant 30 M$. Mais le tableau de bord affiche pourtant 0% de dépassement de coût. La grogne du député de la CAQ a fait l’objet d’une question, mercredi, au salon bleu.

 

Martin Coiteux a reconnu qu’à son arrivée au pouvoir, sur le tableau de bord, «l’information n’était pas totalement colligée de façon qui était totalement objective».

 

«On a apporté des correctifs, une première série de mesures a été apportée [...] On est en progrès [...] On va continuer de discuter de ces enjeux. On est en train d’améliorer les choses exactement comme ils nous l’ont demandé», a-t-il réagi.

 

À suivre... (mon collègue Pierrot Péladeau a aussi écrit un billet sur le sujet, rebaptisant cette saga: le tableau de bord (du bordel) informatique).

 


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