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Les 5 prochains: Virginie Fortin, humoriste et humaniste

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Ils sont cinq jeunes humoristes avec le vent dans les voiles, trois gars et deux filles avec une vision de l’humour et des aspirations bien différentes, mais une passion commune pour la scène, la création et, par-dessus tout, le rire. Ensemble, ils forment Les 5 prochains, une série documentaire sur les coulisses de l’humour, tous les mardis à 19h à ICI ARTV.

Depuis sa grande victoire à En route vers mon premier gala en 2013, Virginie Fortin enchaine les succès coup sur coup, tant sur scène qu’au petit écran (SNL Québec, Cliptoman, GROStitres).

Après une tournée avec Mariana Mazza (en supplémentaires jusqu’au 18 décembre 2015) qui l’a menée aux quatre coins du Québec, elle amorcera bientôt un nouveau pan de sa carrière, en solo. Pour l’heure, on peut suivre ses aventures dans Les 5 prochains et on la verra prochainement dans Le Nouveau Show, à Radio-Canada, et dans Code F à Vrak 2.

Nous avons rencontré Virginie dans les bureaux de son agent, l’ex-Bizarroïde Guy Lévesque, pour échanger sur son expérience avec Les 5 prochains et sa vision du métier d’humoriste à un moment charnière pour le milieu de l’humour au Québec.

Virginie Fortin n'aime pas tant bouger son corps, mais nous ne lui avons pas vraiment laissé le choix. Retrouvez-la dès le 12 mai dans Les 5 prochains!

Posted by ICI ARTV on Tuesday, April 28, 2015

 

«J’avais une petite pensée pour Carey Price et les joueurs du Canadien de Montréal qui sont suivis par 24CH.»

Ça ne doit pas être facile de se faire épier constamment par des caméras. Comment s’est passée ton aventure avec Les 5 prochains?

«Honnêtement, j’avais une petite pensée pour Carey Price et les joueurs du Canadien de Montréal qui sont suivis par 24CH. J’ai vu des images de Carey qui s’en va au match des étoiles, tous les gars sont assis dans l’autobus mais lui a clairement un caméraman à côté de lui. Il va jouer son match des étoiles et il faut qu’il soit filmé par 24CH.

«Dans ma tête je me disais: "Pauvre lui!" C’est pas l’équivalent, mais à ma petite échelle à moi, Les 5 prochains, il y a des moments où j’étais comme: "Pourquoi ils nous filment!?"

«Mais tous ces moments-là, quand j’ai vu la série, ils se sont résorbés. Ça valait la peine.

«Et c’est pas comme s’ils nous avaient suivis 24/24, c’était à certains moments précis, et à certains autres moments il fallait qu’on tourne des scènes de transition. Mais plus souvent qu’autrement c’était une ou deux fois par mois pour un événement quelconque. C’était pas envahissant. C’était pas comme Loft Story

 

Tu as vécu quelques moments émotifs pendant le tournage. Ça t’a fâchée de montrer ton «côté tendre» aux téléspectateurs?

«J’étais fâchée contre eux de venir chercher un détail dont j’avais parlé à micro fermé le matin entre deux prises et qu’ils le reprennent pour me le mettre dans la face juste comme je m’en vais faire un show, que je suis fatiguée. J’ai été fâchée, mais après ça, ça me rend un peu attachante, alors qu’est-ce que tu veux que je te dise?» [Rires]

 

Avais-tu l’impression qu’ils cherchaient un peu le drame?

«Non, je ne me suis pas sentie à La Voix. Mais des fois, je le sais, je suis émotive. J’affiche une quelconque froideur sur scène, mais on en a des émotions. Tsé quand tu le sens arriver... Mais après ça c’était quasiment drôle. C’est correct. Un pas de plus vers l’acceptation de mes émotions.»

 


Virginie Fortin au Gala Juste pour rire de Laurent Paquin en juillet 2014

Tu es la seule des 5 prochains qui n’a pas fait l’École nationale de l’humour. Quel a été ton parcours pour devenir humoriste?

«Quand je faisais de l’impro au cégep, c’est là que j’ai fait "je pense que je suis capable d’être drôle". J’étais en théâtre au cégep, je pensais que j’étais aussi capable de jouer mes émotions. Finalement j’ai abandonné le projet d’être dramatique et je me suis concentrée sur l’humour.

«Mais j’ai quand même toujours voulu avoir un bac. J’adore l’académique, j’aime l’école, j’aime l’encadrement. Je voulais faire un doctorat quand je suis rentrée à l’université.

«J’ai fait mon bac, puis je me suis dit: "Peut-être que tu veux pas être prof, Virginie, peut-être que tu veux juste être drôle." J’ai étudié la littérature hispanique, le russe, je suis allée étudier en Russie un mois et demi. Après j’ai fait un certificat en communications à l’UQAM, toujours à la recherche de faire quelque chose avec ma vie, mais en sachant toujours que je voulais faire du spectacle. Mais ça je le vivais en faisant de l’impro on the side.

«Puis je suis partie à Chicago, où je suis allée à Second City, qui est un peu comme la Mecque de l’humour aux États-Unis. Beaucoup de monde qui ont fait SNL sont passés par là, et moi SNL c’était comme un rêve caché. Donc j’ai fait un stage là-bas, Improv for actors, je faisais un trois heures par semaine de sketches avec des anglophones. [...] Puis après je suis allé au Second City à Toronto et c’est là que j’ai pris un cours de stand-up.»

 

«Pour moi c’est pas "What would Jesus do?", c’est "What would Stewart Lee do?"[...].»

Est-ce que c’est à Chicago et à Toronto que tu as développé ton style one-liner à l’américaine?

«Oui, je pense que oui, mais c’est comme inconsciemment. J’ai pas passé des heures dans le sous-sol à me regarder dans le miroir pour travailler sur mon style. C’est arrivé en mécanisme de défense, au départ. À Toronto, tout le monde fait ça. Ils sont comme plus blasés dans leur style, c’est vraiment plus assis sur le texte.

«C’est ce que j’aime, aussi. Le style effortless, j’ai un texte, mon texte fait toute la job. [...] À partir de là, faut pas juste que tu les racontes [tes blagues], il faut que ça soit des choses que t’as envie de dire, des choses que tu crois profondément.

«Fred le disait dans Les 5 prochains, justement. De l’humour engagé, faut pas nécessairement que ce soit de l’humour engagé politiquement. Ça part de toi, ça part de tes opinions. Je suis un peu moins radicale que lui là-dessus, mais je suis d’accord qu’il faut que ça véhicule un certain message. Il y a plusieurs blagues qui partent d’une extra-rationalisation de choses qu’on fait dans la vie pour les déconstruire et en sortir le ridicule.

«Des fois je sais que mes blagues vont pas avoir un gros «HA! HA! HA!», parce que ça nécessite un petit chemin intellectuel dans ton cerveau pour que tu la finisses toi-même, la joke. Moi, j’ai envie de faire réfléchir les gens.

«Mon humoriste préféré, Stewart Lee, a dit: "Je pensais pas faire du stand up, moi je voulais écrire des essais philosophiques, je voulais être auteur. Mais quand j’ai réalisé que du stand up, t’étais pas obligé d’avoir l’air d’aimer ça pour en faire..." Il s’est lancé là-dedans, et Stewart Lee, c’est mon all time favorite.

«Pour moi c’est pas "What would Jesus do?", c’est "What would Stewart Lee do?" dans ma tête. C’est vraiment mon modèle.»

 

Virginie Fortin reçoit son père, Bernard Fortin, lors du «Talk Short» à l'émission GROStitres, à MAtv.
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Virginie Fortin reçoit son père, Bernard Fortin, lors du «Talk Short» à l'émission GROStitres, à MAtv.

Tu as fait une vidéo pour Les 5 prochains où tu dis que tu es tannée qu’on te pose toujours des questions sur ton père, le comédien Bernard Fortin... pour laquelle tu lui as demandé de doubler ta voix. C’était ton idée? [Voir la vidéo ici]

«C’était mon idée, je trouvais ça tellement drôle! J’aime bien le résultat final.

«Tout le monde m’en parle tout le temps, de mon père, et je comprends. Y’est cool, Bernard, il a eu une belle carrière. Mais après ça, j’ai jamais utilisé mon père pour rien au monde dans la vie. Peut-être quand j’avais 17 ans, il m’a engagé sur une pièce de théâtre d’été. GROSSE exposure! [Rires]

«C’est drôle, parce qu’on fait même pas le même métier au final. Il est comédien, je suis humoriste. Après, il a un peu donné dans l’humour, je donne un peu dans le jeu...

«Mais non, c’était mon idée, je trouvais ça drôle de l’accuser vraiment au maximum. Et mon père, qui est comme le roi du doublage, je me disais que ça serait drôle qu’il fasse ma voix pendant que je dis que je veux me détacher de lui.»


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Vous étiez trois femmes en nomination pour la catégorie découverte de l’année, un record pour les Olivier, et c’est ta collègue Katherine Levac qui a gagné, une première également pour une femme. Que penses-tu de la place des femmes en humour actuellement?

«C’est juste qu’avant d’être des femmes, on est des humains. Je comprends que comme il n’y a pas eu beaucoup de femmes dans le milieu de l’humour par le passé, c’est plus spécial de voir une femme en humour.

«Mais Katherine, Mariana [Mazza], Corinne [Côté], Mélanie Couture, Mélanie Ghanimé, on arrive dans une génération où ce n’est plus spécial d’être une femme en humour, parce que ça a été spécial pour les premières, celles qui étaient seules dans la gagne.

«J’aime pas ça accuser le fait que je sois une fille, je ne trouve pas que c’est une caractéristique d’un humoriste. Mais vu qu’on n’a pas la puissance du nombre, ça devient une caractéristique, d’être une fille.»

 

«Je ne veux pas une égalité en nombre, je veux une égalité des chances.»

Vous n’avez pas un style qui est nécessairement féminin, non plus...

«Non, exactement. Moi je suis un humain.

«C’est drôle, il y a une fille qui m’a écrit sur Facebook: "Je sens en toi une féministe. Est-ce que tu t’affirmes comme féministe?"

«Je suis une femme. Pis une femme, ça serait niaiseux de ne pas être féministe. Moi je suis humaniste, en général. Pis les femmes, ça tombe que c’est des humains. Si les femmes sont des humains et que je suis pour l’égalité entre les humains, oui, je suis féministe.

«Après ça, si tu me demandes s’il y a assez de femmes en humour... Je ne veux pas une égalité en nombre, je veux une égalité des chances. [...]

«Je ne me souviens plus c’est qui, mais quelqu’un a dit: "Il va y avoir une égalité des sexes quand il va y avoir une femme incompétente à un poste important." Une femme, il y en a tellement pas beaucoup que quand elle est là, on la remarque. Et il faut qu’elle performe, parce que sinon, au nom de toutes les femmes, les femmes ne sont pas bonnes en humour.

«Je ne veux pas que ça me définisse, je refuse systématiquement de faire des shows à thématiques de filles. Je ne veux pas faire une soirée d’humour de filles. C’est comme les Olympiques gays!»

 

Parlant de «shows de filles», tu vas collaborer avec Mariana Mazza et Maripier Morin à l’émission Code F, à Vrak 2, une adaptation de l’émission Girl Code de MTV. De quoi est-ce que ça va parler?

«Code F c’est un show qui est destiné aux filles, mais j’avais le goût dans ce show de filles-là de rajouter ma voix, qui n’est pas nécessairement "l’importance de s’épiler, de se faire les ongles". J’avais le goût, moi Virginie Fortin, d’avoir la chance de m’adresser à la petite Virginie Fortin de 14-15 ans, qui sait pas trop vraiment comment vivre. C’est vraiment un show où on peut s’adresser à ces adolescentes-là et faire: "Sérieux, reviens-en de ta petite moustache, c’est cool."

«On est cinq filles complètement différentes sur le panel. C’est sûr que Maripier Morin et moi on aura pas les mêmes opinions, les mêmes conseils, mais c’est ça qui va être payant de ce show-là, d’avoir cinq points de vue différents de cinq filles différentes.

«C’est pour ça que j’ai accepté de faire ça. J’avais envie de parler à la jeune génération et de leur dire qu’on est pas tout le temps obligés de se soucier de quoi on a l’air.»

«Je pense que l’humoriste doit être non seulement cultivé, intelligent, mais je pense qu’il doit avoir envie de faire avancer les choses.»

Qu’est-ce que tu penses de ceux qui disent qu’il y a trop d’humoristes au Québec?

«Y’a trop de marques de toasters aussi. On n’a pas besoin d’autant de marques de toasters. [...] Personne fait comme: "J’ai ben trop de choix de toasters." Y’a plusieurs marques de pizza-pochettes...

«Oui, l’humour est partout, l’humour est tapissé partout en ce moment. Mais la musique était tapissée partout dans les années 1990, c’est des phases.

«Mais j’espère qu’on profite du moment où l’humour est tapissé partout pour passer des messages. Un humoriste est pas supposé de juste raconter sa fin de semaine, mais s’exprimer sur des sujets, donner son opinion.

«Les Appendices, aux Olivier, on fait une blague comme quoi [les humoristes] c’est "du monde avec des secondaire cinq qui parlent dans des micros". Tu t’adresses à un grand auditoire, quand même que t’as un secondaire cinq, j’espère que t’as une culture et une opinion, parce que c’est toi, tu la véhicules. Tu parles à des masses, et c’est dangereux quelqu’un qui parle à une masse s’il n’a pas les bonnes idées.

«Je pense que l’humoriste doit être non seulement cultivé, intelligent, mais je pense qu’il doit avoir envie de faire avancer les choses.»

 

C’est Fred Dubé qui disait que certains humoristes évitent de parler de sujets politiques par peur de déplaire à une partie de leur public.

«Oui, mais à force de plaire à tout le monde, c’est quoi ta couleur, tu ressembles à quoi? Moi j’aime mieux avoir une personne qui trippe et qui comprend vraiment ce que je fais que cinq personnes qui m’ont vue à Atomes crochus et qui m’ont trouvée vraiment drôle en train de faire un grimace.

«C’est drôle, j’en parlais hier avec mon chum. Moi je veux pas le plus de monde possible, je veux le bon monde, qui aime ce que je fais, qui comprend ce que je fais.

«C’est pour ça que j’admire Mike Ward. Je trouve que c’est un gars qui est resté fidèle, qui fait pas de compromis. Oui, des fois tu peux être pas d’accord, des fois il y a des affaires que je fais: "Hyppelaïe, Mike, t’es allé trop loin." Mais c’est la démarche que j’admire, au-delà de l’opinion.

«Il se cache pas de dire ce qu’il pense et il réussit à avoir des 150 000 personnes qui vont voir ses shows, tout ça sans compromettre, sans travestir qui il est.

«Même affaire avec André Sauvé. Il fait pas toujours un humour facilement accessible, mais il va chercher les bonnes personnes.»


Suivez le parcours de Virginie et de ses compagnons dans Les 5 prochains, tous les mardis 19h à ICI ARTV à compter du 12 mai ou découvrez dès maintenant tous les épisodes en VSD avec Bell ou Vidéotron.

Karine Dufour | facebook.com/les5prochains