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Pourquoi Benjamin doit retourner à l’école

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SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC

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Benjamin est un enfant autiste qui a été exclu de son école pour des motifs budgétaires. Il n'est pas le seul dans cette situation. Voici pourquoi c'est inacceptable.

J’ai écrit un billet hier inspiré par le cas de Benjamin, un enfant autiste profondément atteint qui s’est vu refuser l’accès à sa classe dans une école spécialisée pour des motifs budgétaires; un cas qui n'est malheureusement pas isolé. J’y pose la question : «... la solidarité remise à demain, est-ce vraiment de la solidarité?» Je laisse toutefois de côté la question plus spécifique tout aussi importante: pourquoi Benjamin et tous ceux qui sont dans la même situation doivent-il retourner à l’école?

On peut toujours dire que la rigueur budgétaire fait mal et que tous les choix faits dans ce sens sont difficiles, mais il est des choix qui ne devraient pas être difficiles. Le cas du jeune Benjamin, (bien résumé par Rima Elkouri) et de toutes les familles qui sont dans la même situation est un de ceux-là.

Commentant la réponse du gouvernement à cette situation, le chef de l’opposition, Stéphane Bédard a emprunté un langage peu parlementaire, mais très clair : «Le premier ministre dit à ces parents-là : ‘Attendez le retour à l’équilibre budgétaire puis après ça vous aurez des services.’ Ben voyons donc, c’est quoi ces niaiseries-là, Monsieur le Président? C’est fou. Je n’en reviens pas que le premier ministre puisse dire ça ce matin à ces parents-là.»

Je partage ce point de vue. Si vous permettez au politologue de changer de chapeau pour un instant et de substituer l’anecdote personnelle aux données d’ensemble, je vais vous expliquer pourquoi l'intervention du chef de l'opposition résume parfaitement ma réaction à cette désolante histoire.

Il y a quelques années, avec l'équipe de direction de l'école de mon fils autiste, j'ai visité le centre Mackay, qui reçoit des enfants très lourdement handicapés. On y fait un travail extraordinaire. Le directeur nous a alors parlé d'un parent dont la fille était décédée vers l'âge de trente ans. Son handicap était tel qu’elle a en fait surpassé les attentes. Selon ce parent, le passage à l'école avait été la plus grande source de bonheur de toute la vie de son enfant. Ce témoignage avait marqué tous les membres de notre équipe.

Mon fils autiste est en excellente santé physique et il a toutes les chances de vivre longtemps, heureusement. C’est aussi ce que je souhaite à Benjamin et à tous les enfants comme lui. Mais la vie qui les attend en tant qu’adultes lourdement handicapés n'aura rien de facile et il est fort probable que leurs années à l'école resteront les plus heureuses de leur vie.

Quoi qu'on pense des mérites de l'équilibre budgétaire, on n'a tout simplement pas le droit de priver un enfant handicapé de ces quelques années de bonheur.

Benjamin et tous ceux qui sont dans la même situation doivent pouvoir retourner à l’école.


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