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Démagogie, Charbonneau, UPAC et informatique

Parlement de Québec
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Ça s’est fait sans grande attention, mais ça s’est tout de même traité de démagogue vendredi matin à l’Assemblée nationale.

 

C’était l’interpellation du vendredi, une procédure parlementaire qui permet à un député d’un parti d’opposition de questionner un ministre sur un thème précis durant deux heures.

 

C’est le député de la CAQ, Éric Caire, qui avait convié le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. Le parti québécois, avec le député de Sanguinet Alain Therrien, s’est aussi présenté pour questionner M. Coiteux.

 

Le thème : les dérives informatiques.

 

Les interpellations attirent rarement beaucoup de monde dans les tribunes. J'étais seul, avec le personnel de sécurité, à assister physiquement aux échanges qui sont aussi télédiffusés. 

 

Martin Coiteux a d’entrée de jeu mentionné que le sujet était «extrêmement intéressant et fondamental pour l’avenir».

 

Il n’a pas hésité à reconnaître les ratés informatiques du passé. «Ça s’peut pas !», a-t-il avoué s'être dit à lui-même lorsqu'il est arrivé au pouvoir et a constaté une des dérapes. La situation est délicate pour M. Coiteux  car il sait très bien que c’est son propre parti politique qui était au pouvoir pour plusieurs de ces échecs lors de la dernière décennie. Mais il n’essaie pas de patiner. Ce qui s’est fait avant n’était pas toujours super. Il l’admet.

 

Éric Caire a calculé que les neuf plus importants échecs totalisent 2,8 G$.

 

En passant, j’ai calculé et c’est quand même le salaire de 5 280 infirmières durant 10 ans.

 

Martin Coiteux et son équipe avaient pris au sérieux cette interpellation. Plusieurs grosses pointures de l’informatique au Québec étaient conviées, dont le PDG du Centre des services partagés Denys Jean et Benoit Boivin, secrétaire associé auprès du Dirigeant principal de l’information du Québec. Ce dernier, un informaticien formé aussi en management à l’ENAP, fait d’ailleurs unanimement partie des solutions du gouvernement afin de redresser le dossier des technologies de l’information. Il a longtemps travaillé en gestion tant dans la fonction publique qu’au privé, notamment, pour aider le Mouvement Desjardins à prendre leur virage technologique réussi.

 

Pour revenir à la démagogie, le PQ est arrivé avec une question qui soulève la grogne dans le milieu syndical, soit pourquoi Martin Coiteux n’a pas invité les syndicats à faire partie de son comité consultatif (groupe de réflexion de quelques mois afin d’échanger sur l’avenir des technologies de l’information au Québec) ?

 

Voici ce qu’a soumis le député péquiste Alain Therrien : « Au moins six des dix plus importants fournisseurs informatiques du secteur public québécois font partie des associations qui siégeront au comité avec le gouvernement. La proximité entre les besoins des organismes gouvernementaux et les fournisseurs de services est inquiétante. En effet, il y a de fortes chances, à notre avis, que les orientations, les politiques et les priorités d’action soient favorables à ces mêmes fournisseurs. Le ministre a même exclu du comité les représentants des professionnels du secteur public, ce qui démontre son parti pris pour les fournisseurs externes.»

 

Boum !

Mais le député en a rajouté, en rappelant que le gouvernement Charest avait, en 2004, «assis à la même table les plus grandes firmes de génie-conseil et le ministère des Transports, dans le but de développer une vision de partenariat», souligne le PQ.

 

« On connaît la suite, dit M. Therrien. Perte d’expertise majeure pour l’État, forte hausse des contrats accordés au privé, dépassements de coûts, collusion, corruption et, finalement, la tenue de la commission Charbonneau».

 

Bading badang, le PQ jete donc à M. Coiteux que sa solution risque de se terminer en Commission Charbonneau.

 

Ce que ce dernier n’a pas eu l’air d’apprécier : «Franchement, des liens sont établis, on va chercher par un grand détour des questions qui touchent à la Commission Charbonneau, je trouve que, faudrait être prudent. Faudrait surtout ne pas faire de démagogie», a-t-il répliqué.

 

L’argument de M. Coiteux, c’est que 8 des 16 joueurs de son comité consultatifs sont des hauts fonctionnaires responsables de l’informatique, notamment, en Éducation, Santé, Revenu Québec, CSST, CSPQ, DPI. Ce sont des ressources internes,pas des externes, rappelle le gouvernement libéral qui rencontrera le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, mais en marge de ce comité consultatif.

 

Les libéraux ont raison de dire que l’interne est représenté dans son comité. Les péquistes ont raison de dire que le privé est aussi représenté et qu’il ne doit pas dicter les façons de faire. Les libéraux ont raison de dire qu’il ne faut pas faire de démagogie. Les péquistes ont raison de rappeler ce qui s’est produit en 2004 avec les firmes de génies, et que de soupçonner de la corruption aurait aussi été qualifiée de démagogique à l’époque.

 

Les péquistes ont surtout rappelé à M. Coiteux de miser sur les ressources internes pour redresser le bordel informatique. Même chose pour la CAQ, qui croit que les informaticiens de la fonction publique devraient avoir des meilleures conditions, dont un meilleure rémunération.« Le mur-à-mur préconisé par Martin Coiteux dans les négociations avec le secteur public sont donc clairement un frein à cette reconstruction » explique Éric Caire qui demande la tenue d’une enquête publique et qui dénonce que les rapports se multiplient tandis que les actions tardent à venir, à son sens.

 

Par rapport aux soupçons de corruption et de collusion, le gouvernement libéral a répliqué en donnant le numéro de téléphone de l’UPAC.

 

Pour revoir l’interpellation, cliquez sur ce lien.

 

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