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Le baptême de feu

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Pour Pierre Karl Péladeau et le Parti québécois, la vraie joute politique commence dès le dévoilement ce soir des résultats de la course à la chefferie pour un rendez-vous ultime à l’élection générale du 1er octobre 2018.

Pour Pierre Karl Péladeau et le Parti québécois, la vraie joute politique commence dès le dévoilement ce soir des résultats de la course à la chefferie pour un rendez-vous ultime à l’élection générale du 1er octobre 2018.

Dès mardi, les yeux se tourneront vers sa première période de questions comme chef de l’opposition officielle. Son véritable baptême de feu ne viendra toutefois que le 26 mai lorsqu’une commission parlementaire se penchera sur son double statut de chef de parti et d’actionnaire de contrôle de Québecor.

Que PKP y participe ou non, le Commissaire à l’éthique des élus et le jurisconsulte de l’Assemblée nationale y seront entendus. PKP s’étant engagé à placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard, le contentieux restant n’est pas anodin : l’ordre qu’il entend donner à la fiducie de ne pas vendre ses actions suffira-t-il à ériger un mur étanche entre le nouveau chef péquiste et son empire médiatique?

L’inquiétude des libéraux pour l’«indépendance de la presse» est également aussi soudaine qu’intéressée

La question est légitime. Le forum choisi est plus problématique. Aussi «parlementaire» soit-il, il risque fort de virer à la foire d’empoigne.

Conflits d’intérêts

Le problème est que les députés appelés en commission à étudier une situation alléguée de conflit d’intérêts seront eux-mêmes en conflit d’intérêts.

Qu’ils soient du gouvernement libéral, de la CAQ ou de Québec solidaire, leur intérêt partisan sera de chercher à imposer l’image d’un chef péquiste «magnat de la presse» avant tout. Une sorte de croisement virtuel inquiétant entre Berlusconi et Citizen Kane.

Ce faisant, ils tenteront aussi de saper la crédibilité des reporters et des chroniqueurs de Québecor. Les péquistes, soudés quant à eux derrière leur nouveau chef, feront tout pour le protéger.

Dans un climat aussi vicié, la commission risque même de finir en affrontement mammouth entre les empires Gesca et Québecor par partis politiques interposés. Si tel est le cas, l’exercice serait un spectacle désolant apte à nourrir encore plus le désenchantement des citoyens.

Bombe à fragmentation

La présumée «bombe à retardement» du double chapeau de PKP – pour reprendre l’expression de Jean-François Lisée -, prendrait alors la forme d’une bombe à fragmentation. Une bombe capable d’éclabousser la classe politique au grand complet pour cause de partisanerie outrancière sur une question par ailleurs légitime.

L’hypocrisie ambiante n’échappera pas non plus à l’électorat, aussi divisé soit-il. Les gouvernements ne ferment-ils pas les yeux depuis longtemps devant une concentration de la presse génitrice d’«empires» médiatiques?

L’inquiétude des libéraux pour l’«indépendance de la presse» est également aussi soudaine qu’intéressée. Ont-ils déjà critiqué l’impressionnante écurie de chefs de partis, premiers ministres et même d’un président de la République, soutenue au fil des ans par la famille Desmarais, propriétaire de Gesca?

L’automne dernier, le premier ministre Philippe Couillard en disait néanmoins ceci : «La réalité politique est telle qu’il (PKP) devra choisir. Son choix sera l’objet d’un jugement par les militants du Parti québécois et la population.»

Ce soir, le premier jugement sera rendu. Le prochain, le vrai, viendra le 1er octobre 2018.

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