/news/currentevents
Navigation

36 heures d’angoisse sur l’Everest

Un alpiniste québécois est resté coincé deux nuits sur le toit du monde lorsqu’un séisme a secoué le Népal

Nic Dumesnil
Photo Le Journal de Montréal, Martin Alarie

Coup d'oeil sur cet article

Coincé pendant 36 heures sur l’Everest, un jeune alpiniste québécois a vécu des jours d’angoisse lorsqu’un violent séisme a ravagé le Népal et déclenché des avalanches meurtrières. De retour au pays, il se pince encore d’être en vie.

Nic Dumesnil se préparait depuis des mois pour escalader le Toit du monde. «Juste l’an dernier, j’ai grimpé sept montagnes de plus de 5000 mètres», confie-t-il. Mais jamais l’athlète de 29 ans originaire de Lorraine, dans les Laurentides, n’aurait cru que son rêve aurait pris une telle tournure.

C’est le cœur encore serré qu’il nous raconte le séisme qui a failli lui coûter la vie, le 25 avril dernier, et les jours éprouvants qui ont suivi. L’alpiniste est resté coincé deux longues nuits à 6000 mètres d’altitude avant d’être évacué par hélicoptère jusqu’au camp de base de l’Everest.

8000 morts

Lorsqu’il parvient finalement à atteindre le campement, il comprend à quel point le tremblement de terre a été dévastateur. Les corps des victimes sont empilés parmi les débris. En bas de la montagne, au moins 8000 personnes sont mortes enfouies dans les décombres.

«C’est une catastrophe terrible qui s’est produite, insiste-t-il. Quelle violence!»

Dans les jours qui suivent, Nic Dumesnil décide de prêter main-forte aux équipes de secours pour soigner les nombreux blessés.

Se battre

«Je ne voulais pas tomber dans la panique, sinon je n’aurais servi à rien. J’ai décidé que j’allais me battre et c’est ce que j’ai fait», dit-il d’un calme imperturbable.

Même s’il est déçu d’avoir dû mettre fin à son expédition sur l’Everest, le jeune comptable agréé est surtout soulagé d’être en vie.

«Je réalise que j’ai été extrêmement chanceux. Deux heures avant le séisme, j’étais dans le Icefall (les cascades de glace de l’Everest). Les avalanches auraient aussi pu nous atteindre. Les crevasses auraient pu engloutir notre camp... Mais je suis correct. J’ai été épargné.»

 
 

25 avril

Le jour du séisme

Nic Dumesnil
Photo courtoisie

Nic Dumesnil et son équipe ont marché toute la nuit pour se rendre jusqu’au camp 1 de l’Everest, à 6000 mètres d’altitude. «C’est plus sécuritaire la nuit, car il y a moins de mouvements de glaciers», explique-t-il. Épuisés, les quelque 30 grimpeurs et la centaine de sherpas se reposent dans leurs tentes lorsque, brusquement, le sol se met à trembler, vers midi.

«C’était terrifiant, raconte M. Dumesnil. On a entendu des avalanches massives se déclencher des deux parois nous entourant.»

Les sherpas se mettent à courir, affolés. Impossible de fuir, car le camp est entouré de profondes crevasses. Une vingtaine de personnes, dont Nic Dumesnil, s’entassent dans un abri d’à peine deux mètres de haut et de large.

«Les sherpas se sont mis à prier. Prier que nous soyons épargnés, raconte l’alpiniste. Parce qu’il n’y avait absolument rien d’autre à faire que d’espérer.»

Pendant trois longues minutes, les vents et la neige projetés par les avalanches secouent le camp violemment. Les alpinistes pleurent et crient dans la tente. Puis, tout se calme. Tout le monde est en vie, sain et sauf.

 


Du 25 au 26 avril

Une nuit infernale

Nic Dumesnil
Photo courtoisie

La nuit est longue et glaciale. Craignant une nouvelle secousse, personne n’arrive à fermer l’oeil. «On dort complètement habillé, prêt à sortir de la tente au cas où il y aurait un autre tremblement de terre», raconte Nic Dumesnil. Certains de ses coéquipiers sont en état de choc post-traumatique. Ils font des crises d’angoisse ou hyperventilent. Le jeune homme refuse de sombrer dans la panique. «Oui, j’avais peur, mais je devais garder mon sang-froid.»

 


26 avril

Coincé pendant 36 heures sur l’Everest

Nic Dumesnil
Photo courtoisie

Le lendemain du séisme, les sherpas qui accompagnent Nic décident d’aller voir l’état des chemins pour descendre de la montagne. Les routes sont complètement détruites. Mais surtout, les échelles qui servent à traverser les cascades de glace de l’Everest, le Icefall, ont disparu dans les avalanches. «Sur les 55 échelles du Icefall, il n’en reste plus que 5», insiste Nic Dumesnil. Impossible, donc, de quitter le camp 1. «Nous étions coincés là. Notre seule option, c’était d’être évacués par hélicoptère.»

Vers midi, une nouvelle secousse survient et vient accentuer le climat de panique qui règne au campement.

 


27-30 avril

Zone de guerre en montagne

Nic Dumesnil
Photo courtoisie

En matinée le 27 avril, Nic Dumesnil est finalement évacué par hélicoptère jusqu’au camp de base de l’Everest. Lorsqu’il descend de l’appareil, il n’en croit pas ses yeux. Le campement est complètement ravagé, les corps des alpinistes tués par les avalanches ont été empilés sous une bâche. «La priorité était d’évacuer par hélicoptère les gens gravement blessés, pas les morts», explique l’alpiniste, qui parle d’une «situation de guerre» pour décrire l’état du camp de base de l’Everest. Comble de malheur, la tente des premiers soins a été détruite. «Avec mes coéquipiers, on s’est mis à fouiller dans les décombres pour trouver des seringues, des solutés et des médicaments pour soigner les blessés», raconte M. Dumesnil. Le jeune homme décide de rester là quelques jours pour venir en aide aux secours.

 


1er au 4 mai

Un village dévasté

Nic Dumesnil
Photo courtoisie

Nic Dumesnil et ses coéquipiers quittent le camp de base et descendent dans la vallée. En chemin, ils s’arrêtent quelques jours à Phortse pour aider à nettoyer les dégâts causés par le séisme. «Plus de la moitié des maisons ont été détruites», dit-il. Durant de longues journées, ils déplacent les pierres qui encombrent le village. Puis, le temps de rentrer à la maison arrive.

«J’ai repris ma marche. J’ai essuyé mes yeux mouillés. J’ai décidé que j’allais sortir de la vallée, puis du pays.»

 


9 mai

Arrivée à Montréal

Nic Dumesnil
Photo Le Journal de Montréal, Judith Plamondon

Il a fallu 80 kilomètres de marche de village en village et six avions différents pour que Nic Dumesnil rentre finalement au pays. Le jour de son arrivée, sa copine Annie-Claude Rochette lui a sauté dans les bras dès qu’il a franchi les portes de sécurité de l’aéroport Montréal-Trudeau.