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«Imposture» ?

Bloc situation État islamique
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Un collègue a attiré mon attention sur un livre qui fait un bruit considérable en France, «Qui est Charlie ?», écrit par l’historien Emmanuel Todd et publié au Seuil.

Essentiellement, sa thèse tient en deux points :

  • La gigantesque manifestation de solidarité envers Charlie Hebdo du 11 janvier 2015 ne réunissait pas toutes les couches de la société française, mais la vieille France blanche et catholique.
  • Celle-ci, pétrie de bonne conscience et d’hypocrisie, exagère la menace islamiste, perd «son sang-froid», stigmatise la minorité ethnoculturelle la plus vulnérable de France et, fondamentalement, vit mal que sa domination traditionnelle sur la société lui échappe de plus en plus.

Ouf ! Et venant d’un homme comme Todd, OUF en lettres majuscules.

Que la manifestation du 11 janvier 2015, estimée à 4 millions de participants, ait comporté sa part d’hypocrisie et de récupération par les élites politico-médiatiques, il a sans doute raison et cela mérite d’être souligné.

Mais qu’il voit une «perte de sang-froid» dans l’émotion collective suscitée par le massacre de gens dont le crime était de faire des dessins, je suggèrerais fortement de ne pas aller jusque-là.

Todd riposterait sans doute que ces dessins n’étaient pas anodins, mais équivalaient à des blasphèmes.

Or, justement, la question de savoir s’il y a ou non un droit au blasphème soulève, comme je le faisais noter à mon collègue, au moins deux sous-groupes de questions :

  1. Comment se fait-il que l’on puisse se moquer (souvent avec mauvais goût dans le cas de Charlie) de toutes les religions sans craindre pour sa vie...sauf d’une; n’est-ce pas alors reconnaître à celle-ci un statut particulier ? et alors pourquoi ? autrement dit, s’il y a un droit au blasphème, pourquoi une exception ?
  2. N’est-il pas étrange de devoir de nouveau faire des débats – précisément sur la religion comme objet de discussion (et donc de moquerie) au même titre que les autres - que les sociétés occidentales croyaient avoir réglé il y a plus ou moins cent ans ? Autrement dit, j’ai peine à voir un progrès collectif dans le fait de découvrir que ce droit était moins étendu qu’on le pensait, voire inexistant pour certains. Quand un droit recule, où est le gain ?

 

Sur la vulnérabilité particulière, en France et ailleurs, d’une communauté plus touchée que les autres par le chômage et l’exclusion, Todd a indiscutablement raison.

Mais je ne vois pas trop le lien entre cela et le meurtre prémédité. Après tout, 99,99 % des musulmans ne posent aucun problème, ni ici ni là-bas. C’est le comportement d’une poignée qui provoque la stigmatisation de tout le collectif.

Todd pousse le bouchon jusqu’à utiliser le terme d’«imposture» pour qualifier cette manifestation. Un peu fort de café, non ?

Sans exclure les calculs politiques des uns et des autres, l’émotion et l’horreur ressenties me semblaient justifiées devant l’atrocité du geste et sincères pour l’essentiel.

Humanisme de base, je dirais.

 

 


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