/entertainment/music
Navigation

Plaisir nouveau

Plaisir nouveau
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

Coup d'oeil sur cet article

Se mesurer au temps, ennemi de la jeunesse et de l’immortalité, de la création et de l’artiste, faut le faire. Remanier et affronter les nostalgiques pathologiques, faut aussi le faire. Puis remonter sur scène après 35 d’absence, chanter Salut, Léon, surtout avec le recul... Jacques Michel est courageux.

Né en Abitibi en 1941, il a vécu, voire mordu dans la Révolution tranquille. De l’arrière-pays à la grande ville, à Montréal, le New York canadien de l’époque.

Auteur-compositeur et guitariste, Jacques Michel a fait dans la chanson réaliste, interpellant, racontant, prenant parti. Des modèles: Bécaud (Amène-toi chez nous), Aznavour, Aufray et Dylan, pour l’écriture et le folk rock américain aux accents pop et québécois.

Le prétexte de ce retour? Une invitation l’an dernier au Festival des guitares du monde de Rouyn-Noranda, avec les frères Yves (Lynda Lemay, Laurence Jalbert, Isabelle Boulay) et Marco Savard, eux aussi originaires de Rouyn. Le plaisir fut évident et partagé. À l’automne 2014, la décision est prise.

Treize chansons sont sélectionnées: des incontournables, dont Amène-toi chez nous, Pas besoin de frapper et Un nouveau jour va se lever; des moins connues, Mon petit camarade, Ceux qui s’aiment et Ami reviens et une inédite, La dernière lettre à Charlie, clin d’œil aux sept autres «lettres à Charlie» parues sur les albums précédents. Le ton est au trio, voix et guitares acoustiques. Quelques exceptions, dont Chacun son refrain, évidemment faite pour être reprise en chœur.

Les arrangements insufflent une vitalité nouvelle, procurant plus de relief à l’interprétation vocale, qui n’a pas pris une ride (Un nouveau jour, Pour toi). Cela tient presque du miracle. Une interprétation si juste, si authentique qu’on prend la mesure de tout le progrès social et moral fait au Québec depuis les années 50, particulièrement la solidarité (Amène-toi chez nous, Ami reviens), l’humanisme (Mon petit camarade), la lucidité (Vodka Cola), la compassion (L’enfant d’abord).

Dépoussiéré? À peine! Parce que ces chansons ont toutes une âme et tout ce qui a une âme est immortel. Son auteur, par contre, l’est. Autant en profiter.

Jacques Michel
Un nouveau jour, Audiogram
★★★★/2
Un nouveau jour, Audiogram

EN MAGASIN OU EN LIGNE MARDI
 
The Vaccines
English Graffiti
 
Anti-Flag
American Spring
 
Unknown Mortal Orchestra 
Multi-Love
 
Eilen Jewell
Sundown Over Ghostown
 
Sammy Hagar & The Circle
At Your Service
 
Steve Hackett 
Wolflight
 
Sonny Terry & Brownie McGhee
The Story
 
Jose James
Yesterday I Had the Blues
 
Nils Peter Molvaer
Solid Ether 
 

 

Brèves

Disques

Brandon Flowers

★★★
The Desired Effect, Universal
The Desired Effect, Universal

Une dizaine de chansons pour ce second projet du chanteur soliste des Killers. En forme de courtepointe. Pour la forme, une direction musicale fermement implantée dans les années 80 (Still Want You) caractérise les compositions. Les enjolivures (effets sonores, autotune) sont empruntées au goût de l’heure (Haim, Dirty Projectors). Les plus réussies, moyennant une certaine substance (Dreams Come true, Between You and Me, I Can Change), contrastent avec d’autres (Lonely Town, Never Get You Right) qui procurent l’effet passager de la saccharine. Enregistré dans son studio à Las Vegas, le tout nous donne l’impression d’être devant un brouillon. Les références interminables à Springsteen (Dreams Come True) ou Dylan (The Way It’s Always Been) en énerveront quelques-uns. On s’attendrait à tellement plus de sérieux, de consistance, voire de nuance quant au chant. 

Eric Clapton

★★★/2
Forever Man, Reprise
Forever Man, Reprise

Il vient officiellement de prendre sa retraite. Du moins des tournées. Warner/Reprise en profite pour sortir cette compilation en format CD double ou triple d’enregistrements exclusifs au catalogue Warner, et ce, depuis le début des années 80. Divisés en trois catégories, Studio, Live et Blues, 51 titres qui s’échelonnent de Money and Cigarettes (1983) à Old Sock (2013). Studio compte certains succès, dont Tears in Heaven, My Father’s Eyes, Bad Love, Riding With the King (avec B. B.King) et une rare sortie politique, Revolution en mode reggae. Live compte Badge, Sunshine of Your Love, White Room, Cocaine, Layla Unplugged et Wonderful Tonight, des pièces enregistrées en 1991. Mais ce sont Them Changes et Presence of the Lord (2008), avec Steve Winwood, qui valent le rappel. Blues donne la part du lion à Sessions for Robert J/Me and Mr Johnson ainsi qu’à Riding for the King. La sélection ne manque pas de panache. Cependant, rien de nouveau pour le fan à se mettre sous la dent.

Bet.e and Stef

★★★★★
Seeds, Bet.e & Stef Records
Seeds, Bet.e & Stef Records

Le premier CD comprenant des chansons originales depuis des lunes. Surprise! Ils délaissent la bossa-nova pour une pop subtile, acoustique, filtrée d’effets sonores. L’interprétation vocale est centrale, l’instrumentation et les arrangements n’y sont que pour la couleur, la rythmique et les ambiances feutrées. Un peu à la manière de la nu soul urbaine, mais avec des thèmes bien ancrés dans la manière de la pop des années 70 et 80, de Sade, des Bee Gees (Rayon), de Barry White, voire à saveur latine façon Santana (Found my Way). Mais c’est le caractère très actuel de ce remaniement du lounge qui épate. Pour preuve, Demystify, un bijou au montage (sons des guitares et des claviers, effets, les ah ah vocaux de Time of the Season, des Zombies). Pour une oreille attentive, 8 chansons, 32 minutes de pur bonheur qu’on se repasse sans se lasser. Élizabeth Provencher et Stéphane Carreau réinsufflent une âme nouvelle, version 2.0, à un genre auquel Sade et Everything but the Girl avaient donné tout un élan dans les années 80. Excellent.