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VINDREDI ! - Fonseca, 200 ans de porto

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David Guimaraens, 6e génération de sa famille à être impliqué dans le négoce du vin de porto, œnologue en chef et directeur technique de Fonseca, était de passage à Montréal la semaine dernière afin de souligner le bicentenaire d’existence de cette vénérable maison portugaise.

C’est d’ailleurs l’une des plus vieilles familles à faire du porto vintage, le premier du genre ayant été mis en bouteille en 1840, soit un peu plus de 25 ans après que João dos Santos Fonseca eut enregistré sa première transaction le 8 avril 1815, alors qu’il vend 32 « pipes » de porto à la Real Companhia Velha, le monopole de la couronne portugaise. Manoel Pedro Guimaraens prendra le contrôle de Fonseca en 1822. L’une des conditions de vente prévoyait que le maintien du nom Fonseca.

Né en 1965, David fait son primaire en français et son secondaire en anglais. Il fera œnologie en Australie où il y rencontre sa femme. Il revient chez lui en 1990 et commence à travailler avec son père, Bruce, dont la réputation et l’influence sur la production de porto dépassent de beaucoup celle de Fonseca. De fait, tous les Guimaraens ont été intiment impliqués dans la production des vins de la maison qui, aujourd’hui, regroupe également ceux de Taylor Fladgate et Croft (Delaforce ayant été récemment vendu).
À la question « qu’avez-vous changé depuis que vous avez pris le relai de votre père en 1992? », David m’a répondu avec son rire désarment : rien! Presque rien en fait. Hormis la mise à jour technologique de l’équipement de vinification, c’est surtout la qualité de l’eau de vie utilisée pour « muter » les portos qui a changé. « Ça se sent, me dit-il, à partir de 1994 et surtout après 2000 ».

Voici les vins dégustés pour l’occasion, tous à bouteille découverte, à l’excellent restaurant Helena, dans le Vieux-Montréal. On sent dans la signature des vintages de Fonseca, des tonalités de viande et de graphite donnant au vin un profil plein, masculin, voire robuste, mais d’une profondeur et d’une allonge remarquables. Ce sont de très grands vins de garde, la plupart pouvant se bonifier sur plusieurs décennies.

Buvez moins. Buvez mieux.


Fonseca Vintage 1970 Porto (245,00$ - Code SAQ 900332)

Millésime très chaud. Couleur fauve, proche du tawny. Bonne expression au nez, encore jeune, complexe avec des notes de fruits secs, impression de raisin de Corinthe, touche florale épices orientales. Bouche puissante en attaque, caressante avec une finale chaude, vineuse avec encore une trame tannique sentie, impression expansive sur un aromatique qui s'emballe avec élégance. Il lui manque peut-être un peu d'éclat et de fraîcheur pour passer dans la catégorie des grands.

17,5/20



Fonseca Vintage 1985 Porto (non disponible)

Robe encore très jeune, pratiquement pas d'évolution au pourtour. Un nez un peu en retrait, impression de réduit, d’encre, de camphre, d’herbe avec arrière-plan fumée, viande. On devine aussi un fruit opulent (cerise, réglisse), crémeux, très mûr encore jeune qui finit par se manifester à l’aération. On sent la bouche fringante, la trame tannique encore juvénile, mais l'opulence du fruit apporte assez d'équilibre. Capiteux, sans être chaud, avec une belle longueur sur des notes de fruits et une complexité qui se cherche encore, mais qui devrait venir d'ici une dizaine d'années encore.

18-18,5/20



Fonseca Vintage 1994 Porto (non disponible)

Rubis, violacé, avec un petit pourtour briqué. Grande pureté au nez, avec en filigrane une impression de viande, mais aussi de graphite/charbon, beaucoup de fruit. Bouche pleine, mais qu'on devine précise, avec un grain très fin de tanins, jeune avec un côté explosif en finale. Long et soyeux, avec une complexité à venir. Très jeune avec un immense potentiel. On le compare aux mythiques 1963 et 1912. Un vin qui a reçu 100 points par Wine Advocate (Robert Parker) et Wine Spectator. À la sortie du vin, ce dernier magazine l’a classé #1 de son Top 100. Ce soir-là, lorsque David a reçu la nouvelle, il aurait pu prendre sa retraite. Il s'est plutôt mis à écrire six pages à propos de ce qu'il devait faire pour s'améliorer...

18,5-19/20



Fonseca Vintage 2000 Porto (120,50$ - Code SAQ 708990)

Pratiquement aucune évolution à la robe. Un style puissant qui rappelle le 1970 en bouche, avec l'intensité du fruit qu'on trouve dans le 1994. Caractère au nez de graphite/mine de crayon et tonalités florales. Trame tannique encore jeune, on devine le vin corsé, plein, avec toujours beaucoup de fruit donnant une impression veloutée en finale. On sent le vin adolescent, encore à l’état brut, mais avec les éléments nécessaires pour bien évoluer sans pour autant dépasser les autres vintages dégustés ce soir-là.

17-18/20



Fonseca Vintage 2011 Porto (74,75$ les 375 ml - Code SAQ 11220906)

Une robe opaque, violacée avec beaucoup d'éclat. Le nez suit avec des notes de camphre, de graphite et une explosion de fruits noirs mûrs, un poil sur la réduction, un arrière-plan floral et une impression féminine spécifique au millésime, d’expliquer David. Bouche superbe, pleine, gracieuse avec une trame tannique forte, prenant beaucoup de place, mais le fruit frais et enveloppant est absolument remarquable. Milieu de bouche soutenu, élégant, épicé sur des notes de poivres, de prune et de bois exotique. Une bombe! Finale capiteuse, longue. Selon David, il pourra tenir 80 ans.

18,5-19/20



Fonseca Vintage Guimaraens 2012 Porto (bientôt disponible à la SAQ)
La cuvée Vintage Guimaraens a d’abord été conçue comme le sont les seconds vins à Bordeaux et était donc produite les mêmes années que le Vintage Fonseca. Depuis quelques années, le Guimaraens remplace le Vintage Fonseca dans les millésimes plus souples et moins aboutis. Il vient donc des mêmes vignes que le Fonseca et... il est vendu à un prix moindre. Profitant des mêmes soins, on peut en revanche l'apprécier plus rapidement. Un 2012 sentant bon la liqueur de cassis et la violette. On sent la bouche moins pleine et une trame tannique moins puissante. Il n’en demeure pas moins charmeur, crémeux et doté d’une élégance certaine. Moins d'amplitude en finale, mais sa longueur demeure fine et enveloppante. Déjà très agréable avec un horizon d’ouverture idéal autour de 2020.

16,5-17/20