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Serge Drouin: «Mon ami Albert n’est plus...»

L'auteur de ce texte, Serge Drouin, se trouve à la droite de la photo, et sa conjointe, Sylvie Jutras, à la gauche. Au centre, le regretté collègue Albert Ladouceur.
Courtoisie Compte Facebook Serge Drouin. L'auteur de ce texte, Serge Drouin, se trouve à la droite de la photo, et sa conjointe, Sylvie Jutras, à la gauche. Au centre, le regretté collègue Albert Ladouceur.

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Durant toute ma carrière journalistique, j’ai manié les mots tant bien que mal pour décrire, commenter, relater l’actualité culturelle du Québec.

 

Curieusement, aujourd’hui, j’ai de la difficulté à exprimer la tristesse qui m’habite à l’annonce du décès de l’ami et ex-collègue de travail du Journal de Québec, Albert Ladouceur, et ce, même si je connaissais son état de santé. Si jeune pour mourir...

 

Jumeaux

 

Albert se plaisait à dire que nous étions jumeaux; jumeaux professionnels s’entend. Jumeaux parce nous sommes entrés la même année -1979 – au Journal de Québec. Jumeaux aussi parce qu’on partageait la même passion pour les Nordiques, le hockey en général, les spectacles, la bonne bouffe, le disco qui a étourdi nos 20 ans et... les téléréalités.

 

Chaque semaine, au bureau, Albert se faisait un devoir de venir me commenter les derniers faits et gestes des participant(e)s à Loft Story, Occupation double et Star Académie. On mémérait pas à peu près pendant de longues minutes. Les téléréalités, pour nous, n’étaient même pas un plaisir coupable, mais un véritable plaisir assumé et avoué. Encore récemment, il me confiait que nos délires télévisuels lui manquaient...

 

Sa joie

 

Son fun à lui, à mon égard, était de me faire sursauter.

 

Bien concentré devant mon ordi à un écrire un texte au Journal, Albert arrivait discrètement derrière moi. Là, il me lançait un: «SALUT SAARGE!» bien sonore. J’faisais le plus maudit saut et j’lâchais (parfois) un de ces cris dans la salle de rédaction. Je lui disais: «criss Albert, tu sais qu’j’hais ça quand tu fais ça.» Il me répondait: «Nerveux, mon SAARGE...?» Et il riait, riait, riait, me promettant de ne plus recommencer. Pensez-vous. Quelques mois plus tard, il récidivait.

 

Passionné par son travail, travailleur acharné, Albert Ladouceur était généreux, loyal. Il était aussi un clown né. Pas du genre – le clown est triste –, mais plutôt le clown est inquiet. Albert Ladouceur a été le gars le plus inquiet que j’aie rencontré de toute ma vie. L’avenir l’insécurisait.

 

Nous n’avons pas toujours été d’accord. Nous avons eu nos conversations corsées, viriles comme ils disent au hockey. On s’est boudé. Jamais longtemps. Et toujours sans rancune.

 

Dernier appel

 

Un certain mois d’août, Albert m’a téléphoné pour m’annoncer la nouvelle, celle qu’on ne veut pas entendre.

 

«Je ne prendrai jamais ma retraite. Je suis condamné. J’ai le cancer du pancréas et le foie est attaqué. J’en ai pour 9 à 18 mois à vivre», m’a-t-il dit essentiellement. Il m’a rappelé que sa foi en Dieu et à une vie après la mort l’aidait dans l’épreuve...

 

J’écoutais, incrédule, tentant de l’encourager. On est tellement impuissant et niaiseux dans ces circonstances. On ne sait pas quoi dire.

 

Albert a mis fin à la conversation en me disant qu’on irait bientôt dîner... Albert et moi avons toujours gardé le contact. Via Twitter, Facebook, le bon vieux téléphone et surtout avec quelques dîners en compagnie d’amis communs...

 

Cher Albert, tu me manqueras, tu me manques déjà d’ailleurs.

Amitiés

Serge

 

P.S. Il vient de me lâcher un «SALUT SAARGE» bien sonore dans les oreilles.

«Criss Albert tu sais que...»

Il rit, il rit, il rit...

 

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