/news/society
Navigation

80 rue Saint-Augustin

Coup d'oeil sur cet article

Avant Après
Photo courtoisie Fonds Conrad Poirier, BAnQ, P48,S1,P11917
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse

 

Une jeune journaliste à Saint-Henri

Photo courtoisie Fonds Conrad Poirier, BAnQ, P48,S1,P11917

En 1945, la jeune femme entourée d’enfants n’est pas encore la célébrité qu’elle deviendra. Originaire du Manitoba, Gabrielle Roy découvre Montréal et ses contrastes en travaillant comme journaliste pour le Bulletin des agriculteurs. Son observation minutieuse de la réalité ouvrière montréalaise la mène à l’écriture du roman Bonheur d’occasion dès 1941. Pour s’imprégner de cette réalité, Gabrielle Roy arpente les rues du quartier Saint-Henri de jour comme de nuit. Si les personnages sont vibrants d’émotion, le Saint-Henri d’alors est également décrit avec une grande acuité: ses usines fumantes, ses lourds entrepôts et élévateurs à grain au bord du canal de Lachine, ses rues et ses ruelles animées et ses humbles demeures. Séduite par le réalisme cru de Bonheur d’occasion, la critique encense l’œuvre comme une manifestation d’un renouvellement de la culture littéraire canadienne. Le succès de son premier roman dépasse de loin ses espérances. Traduite dans plusieurs langues, Gabrielle Roy reçoit le prix Fémina en 1947. En juin 2015, il y aura 70 ans que cette œuvre phare a été publiée.

 


Neuf garçons souriants

Photo courtoisie Fonds Conrad Poirier, BAnQ, P48,S1,P11917

Juste à côté de la fameuse maison en forme de V, à l’angle de Saint-Ambroise et de Saint-Augustin, Gabrielle Roy pose avec neuf jeunes garçons natifs du quartier Saint-Henri, dont Yvon Laferrière, le premier à gauche. Malgré leur visage souriant, on devine aisément que leur jeunesse est loin d’être dorée. La Crise des années 1930 ainsi que la sévère pénurie de logements affectent le quotidien des familles ouvrières de Saint-Henri. Lancés par le maire Camilien Houde, les travaux publics occupent les chômeurs qui édifient le marché Atwater et la caserne de pompiers de la place Saint-Henri. Mais ces travaux ne touchent pas au résidentiel, alors en piètre état et peu sujet à des rénovations avec la Crise. S’entassant à l’étroit dans ces logis chers et désuets, les familles ouvrières de Saint-Henri sont éprouvées par la pauvreté et la maladie. Dès que possible, les aînés doivent travailler pour soutenir financièrement la maisonnée. S’ils ont de la chance, les cadets auront peut-être la possibilité de faire des études, comme ce fut le cas pour l’auteure de Bonheur d’occasion. Gabrielle Roy nous donne un vibrant témoignage de cette époque labo­rieuse, qu’elle décrit d’ailleurs un peu à la manière d’Émile Zola.

 


Saint-Henri par rail et par train

Photo courtoisie Fonds Conrad Poirier, BAnQ, P48,S1,P11917

Derrière les protagonistes, on remarque un wagon de la New York, New Haven and Hartford Railroad en route vers le pont Victoria. Cette compagnie ferroviaire est très active dans le Nord-Est des États-Unis au cours de la première moitié du 20e siècle. Depuis Montréal, qui était jusque-là reliée au reste du monde par le fleuve, le réseau de voies ferrées se développe à partir des années 1860. La proximité du pont ferroviaire Victoria (inauguré en 1859) et du canal de Lachine transforme drastiquement l’ancien village des tanneries. Saint-Henri devient une des villes les plus industrialisées du pays. En plein centre, sur la place Saint-Henri, se croisent bruyamment les trains de marchandises bloquant les quatre intersections à toute heure du jour et de la nuit. Maintenant chose du passé, cette effervescence vit encore grâce à Bonheur d’occasion, dont le titre a été immortalisé par l’artiste Julien Hébert à la station de métro Place Saint-Henri.

 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.