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Un géant américain aux trousses d’un Montréalais

Après Microsoft, la multinationale américaine Adobe s’attaque à un réseau montréalais de revente de logiciels

Vendome school
photo chantal Poirier Pierre Francis est soupçonné d’avoir créé des écoles fictives, dont une dans ce local de Dorval, pour recevoir des logiciels destinés aux étudiants.

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Coup de tonnerre dans le domaine du commerce de logiciels: un important revendeur canadien, Pierre Francis, verserait plutôt dans le commerce frauduleux, allèguent un géant américain et deux anciens employés, qui mettent en lumière un mystérieux réseau mondial basé ici.

Coup de tonnerre dans le domaine du commerce de logiciels: un important revendeur canadien, Pierre Francis, verserait plutôt dans le commerce frauduleux, allèguent un géant américain et deux anciens employés, qui mettent en lumière un mystérieux réseau mondial basé ici.

Pierre Francis est peu connu du grand public, mais ses populaires sites de revente en ligne le sont ou l’ont été en Amérique du Nord et en Europe: Canada Software Outlet, la boutique Softwaretech, Preload my PC, Distribution Futur-Soft Canada, Les ventes en ligne Nexttech directes ou Solution Pal-Cor.

M. Francis a été ou est toujours à la tête de tous ces sites internet et entreprises. La plupart de ses entreprises sont basées sur le boulevard Gouin, à Montréal.

Pierre Francis
Photo d'archives
Pierre Francis

Des millions de dollars

Entre 2011 et 2014, les entreprises de M. Francis auraient enregistré des ventes d’au moins 13,5 M$, selon des états financiers de ses entreprises déposés par ses anciens employés.

Les profits réalisés seraient de l’ordre de 450 %, selon l’un des modus operandi présentés en preuve par ses anciens employés. Mais les poursuites se multiplient contre le Montréalais. Après Microsoft il y a quelques années, la société multinationale Adobe, créatrice, entre autres, des logiciels Photoshop et Acrobat, poursuit présentement M. Francis ainsi que deux de ses entreprises.

Francis réplique notamment avec une poursuite contre ses anciens employés, Sami Shaheen et Haik Moushaghayan, soupçonnant qu’ils ont eu des comportements «illégaux» et «frauduleux».

Le Montréalais aurait créé de fausses cartes d’identité étudiantes pour commander des logiciels au rabais.
Photo courtoisie
Le Montréalais aurait créé de fausses cartes d’identité étudiantes pour commander des logiciels au rabais.

Mais ses employés ont riposté à cette allégation et ont déposé en défense des centaines de documents qui concerneraient les activités de Pierre Francis. Ils prétendent que M. Francis est responsable de:

  • Création artificielle de courriels fictifs afin de tromper les éditeurs de logiciels Microsoft et Adobe.
  • Revente à de nombreuses personnes différentes du même numéro de licence de logiciel.
  • Falsification et détournement de logiciel et de licence de Microsoft et d’Adobe.
  • Revente de licences Microsoft contrefaites provenant de Chine.

Guerre intestine

Nous avons tenté d’avoir la version de la partie de M. Francis, mais son avocat, Me Guy McDonald, n’a pas voulu commenter le dossier durant le litige. L’avocat des anciens employés, Me Alain Lecours, juge pour sa part que Pierre Francis essaie de se disculper en «faisant porter le chapeau de son modèle d’affaires à ses employés».

«Il essaie de dire qu’il n’a rien fait et que ce sont ses employés qui ont fait du commerce illégal en parallèle, mais quand on regarde les documents, c’est clair et précis que les commandes étaient exécutées selon les directives de M. Francis», conclut l’avocat.


Le modus operandi, selon ses employés

*Voici certaines des allégations contenues dans les documents présentés devant la cour par l’avocat qui représente ses ex-employés :
  • La contrefaçon de boîtes de logiciels aurait été la première pratique illégale avant 2012. Il aurait acheté des logiciels éducationnels en les revendant pour faire croire qu’il s’agissait de logiciels standard.
  • Adobe, par exemple, ne vend pas au même prix ses logiciels au grand public et aux étudiants. Il s’agit du même produit, mais les étudiants et les établissements d’enseignement peuvent payer jusqu’à 80 % moins cher. Il s’agit d’une version dite éducationnelle.
  • Il aurait caché les étiquet­tes «éducationnelles» sur les boîtes des logiciels et les disques, «allant même jusqu’à apposer de nouvelles étiquettes».
  • M. Francis aurait créé des écoles fictives, soit Vendome School et Canadian Graphic Institute. Ils prétendent aussi que M. Francis avait loué des locaux pour recevoir, au nom de ces fausses écoles, les boîtes de logiciels éducationnels. Il y avait une enseigne des écoles à ces endroits, selon les allégations contre M. Francis.
  • L’avocat des ex-employés a déposé en preuve de fausses pièces d’identité étudiantes (voir photo).
  • De présumés faux bons de commande au nom de l’Université McGill ont aussi été déposés contre Pierre Francis.
  • Après 2012, M. Francis aurait modifié ses pratiques. Il a constaté que d’acheter la version «mise à jour» de certains logiciels d’Adobe permettait d’activer la version complète du logiciel, selon l’avocat qui représente les deux employés. Évidemment, une version «mise à jour» représente une fraction du prix de la version complète. L’avocat des employés allègue également que M. Francis aurait trouvé une façon de vendre la même licence à plusieurs utilisateurs et plusieurs faux courriels auraient été créés afin de réaliser cette pratique, selon les allégations.
  • Le tribunal ne s’est pas encore penché sur ces diverses allégations des anciens employés.

Son histoire

En 2008, à 36 ans, Pierre Francis achète une société à numéro dans laquelle aurait été impliqué le controversé Carmello Cerrelli, allègue Me Alain Lecours, qui défend les anciens employés de M. Francis.
 
Cerrelli, un ancien revendeur de logiciels à Brossard, est bien connu dans le domaine de la contrefaçon de logiciels. Avec son frère, il a été condamné à verser 12,8 M$ après des plaintes de Microsoft et de Symantec. Les ennuis de Cerrelli avec la justice étaient connus lorsque Pierre Francis a acheté la société.
 
En 2009, M. Francis et sa société sont condamnés et devront payer 207 000 $ pour distribution illégale de logiciels. Mais après avoir volontairement mis son entreprise en faillite, et avec une nouvelle entreprise dont il est dirigeant, Les Solutions Pal-Cor inc., il continue à «revendre des logiciels contrefaits», selon les allégations de ses ex-employés déposées devant le tribunal.
 
En 2011, une autre tuile tombe sur la tête de M. Francis: l’entreprise Adobe entreprend une poursuite contre lui. Il règle alors à l’amiable et ferme son entreprise, mais il en créera d’autres et continuera, soutient Me Lecours.
 
En mai 2014, l’entreprise Adobe intente un nouveau recours aux États-Unis contre deux entreprises dirigées par Pierre Francis. Adobe poursuit le Montréalais pour violation des droits de propriété intellectuelle, fausse mention de la provenance des produits, dilution de leur marque, pratique de commerce frauduleuse et rupture de contrat. Le dossier est toujours devant la justice.
 
Malgré cette poursuite, M. Francis aurait continué, en 2015, de revendre illégalement des produits Adobe par son entreprise Preload my PC, prétendent ses anciens employés.
  • Notre Bureau d’enquête a aussi découvert que M. Francis a été accusé au criminel de possession de drogue. Il sera devant la cour en juillet prochain. En 2003, il s’est aussi engagé devant le tribunal à ne pas troubler l’ordre public et à ne pas posséder d’arme durant un an. 

 

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