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Halte à la pasdenfantophobie !

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Les enfants, ça tue la planète. Surtout s’ils sont occidentaux. Car alors, ils consommeront trop. Leur empreinte écologique serait exagérée. Aussi bien ne pas en avoir. Cet argument absolument stupéfiant qui sert à culpabiliser le commun des mortels et qui en appelle implicitement à la régression démographique de nos sociétés, on le trouvait dans un article du Journal de Montréal où une écologiste manifestement fervente nous expliquait que si elle avait un enfant, elle gâcherait ses efforts pour sauver la planète. Cela nous rappelle une chose: il y a chez les écolos une frange sectaire, fanatique, qui fondamentalement, n’aime pas l’être humain. Apparemment, ils sont de plus en plus nombreux à penser ainsi.

Mais d’autres non-parents interviewés dans l’article se passaient aisément de telles justifications tarabiscotées. Des enfants, ils n’en veulent pas, tout simplement. C’est clair, c’est net. Ils n’en ressentent pas le désir et n’ont pas peur de le regretter. Très bien. Faut-il dire que c’est un choix respectable. Mais voilà, les non-parents militants évoqués par l'article n’en peuvent plus d’une société qui continue de donner le beau rôle aux parents. On célèbre les pères et les mères. Scandale! Ils veulent leur fête eux-aussi pour créer un modèle social alternatif. Ils organisent donc, entre la fête des mères et celle des pères, la fête des non-parents ! Être non-parent deviendra une identité sociale revendiquée. Le message est clair.

Les pauvres, ils se sentent stigmatisés! Ils n’en peuvent plus d’une société qui valorise la natalité, comme si elle leur envoyait un message négatif. Ils dénoncent les préjugés dont ils sont victimes. Un peu plus et on pleurerait. D’ici peu, on peut le deviner, ils dénonceront le familialisme et s’insurgeront contre la pasdenfantophobie. Faudra-t-il aussi dénoncer la discrimination dont ils sont victimes? Ils ne tolèrent apparemment pas que la société valorise le père et la mère. Car à travers cela, ne stigmatiserait-elle pas ceux qui ne deviennent pas parents? On aurait quand même envie de leur rappeler que d’une culture à une autre, le père et la mère sont deux fonctions sociales fondamentales. Faudra-t-il cesser de financer massivement l'éducation parce qu'elle serait discriminatoire pour les non-parents?

Comment ne pas voir là une forme de nihilisme qui ne dit pas son nom? C’est un peu comme si la société n’existait plus, et qu’elle ne devait plus avoir le souci de sa durée. La reproduction n’est pas une idéologie. C’est un principe vital pour n’importe quelle société et pour l’humanité dans son ensemble. Bien franchement, il est mille fois plus urgent d’aider les familles à avoir les enfants qu’elles veulent avec les politiques appropriées et de faciliter la vie aux parents en multipliant les services pour mieux concilier le travail et la famille que de contester l’importance jouée par cette dernière. Il est bien plus urgent d’aider les familles qui s’épuisent dans un monde de moins en moins fait pour elles que de contester leurs privilèges symboliques.

Évidemment, la décision d’avoir un enfant est personnelle. Elle engage tout l’être, elle transfigure l’existence. Elle revient à chacun et on ne saurait jamais culpabiliser ceux qui préfèrent ne pas en avoir. Comme on dit, tous ne sont pas faits pour cela. S’il faut le préciser, on le redira: le fait de ne pas en avoir est absolument respectable. Pour certains, c’est un choix, pour d’autres, c’est un triste sort. On ne saurait, ici, se glisser dans l’intimité des consciences. Mais à moins de basculer dans un relativisme généralisé, qui refuse toute réflexion sur les préférences collectives, peut-on  vraiment, du point de vue de la civilisation, faire de la natalité et de la non-natalité deux principes équivalents?

Il y a des comportements qui sont nécessaires au maintien de la société, à sa perpétuation. C’est pour cela que la culture ambiante les magnifie et les valorise. Il y en a d’autres qui se dérobent à ces exigences. Heureusement, une société n’est pas une caserne et chacun n’est pas au service du grand tout. Il est possible de se dérober aux mœurs communes, aux valeurs généralement admises et de mener sa vie à l’abri des références partagées. Cette liberté est absolument indispensable. C’est justement pour cela qu’il y a dans une société une norme et des marges. Mais si on confond la première et les secondes, on perd la tête. Et on en arrive à cette absurde fête des non-parents.

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