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Les tueurs d'abeilles menacent les humains

Des pesticides nocifs pour les insectes seraient cancérigènes pour nous

En 10 ans, le taux de mortalité des abeilles a doublé au Québec, selon le MAPAQ. Autour d’elles, tout l’écosystème souffre.
Photo courtoisie En 10 ans, le taux de mortalité des abeilles a doublé au Québec, selon le MAPAQ. Autour d’elles, tout l’écosystème souffre.

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Les pesticides accusés de décimer les abeilles posent un grave danger pour la santé humaine, selon un groupe de 53 scientifiques indépendants qui presse les gouvernements d’interdire ces produits.

Cancérigènes, toxiques pour les gènes, les cellules, l’appareil reproducteur et le développement de neurones... les pesticides néonicotinoïdes sont de véritables poisons, prévient le Dr Jean-Marc Bonmatin, du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), en France.

«Il n’y a plus aucune publication qui défende les néonicotinoïdes aujourd’hui», insiste le Dr Bonmatin, se basant sur plus d’un millier d’articles scientifiques compilés par son groupe de recherche Task force on systemic pesticides, qui réunit 53 chercheurs.

Action politique urgente

Ce scientifique présentera les plus récentes analyses du groupe devant les parlementaires ontariens aujourd’hui.

«Les hommes politiques doivent prendre leurs responsabilités. Ils ont une obligation de protéger la santé publique», presse le Dr Bonmatin.

Jean-Marc Bonmatin, CNRS
Jean-Marc Bonmatin, CNRS

Il souligne qu’au Japon, les effets des néonicotinoïdes sur la santé humaine sont déjà criants. Là-bas, «90 % des gens testés présentent des néonicotinoïdes dans les urines», rapporte-t-il. De fait, le nombre de cas d’empoisonnement aux néonicotinoïdes traités dans les hôpitaux nippons augmente.

Et il ne s’agit que d’une question de temps avant que le phénomène s’étende, prévient le Dr Bonmatin. Déjà 100 % des fruits et légumes testés dans la région de Boston contiennent un néonicotinoïde. «Ça pose le problème d’une exposition chronique», s’inquiète le scientifique.

Interdiction réclamée

Bien que bannis par l’Union européenne, ces pesticides restent autorisés au Canada. Seule l’Ontario s’est engagée à en réduire l’utilisation. Pour sa part, le ministre québécois de l’Agriculture, Pierre Paradis, s’est dit inquiet, et a appelé les agriculteurs à s’informer afin de «prendre une décision éclairée».

Mais selon le Dr Bonmatin, l’heure n’est plus à la sensibilisation. «Il n’y a pas de dose acceptable», insiste-t-il, sans hésiter à comparer les néonicotinoïdes au DDT, un pesticide interdit en 1972.

Les apiculteurs, qui ont été les premiers à sonner l’alarme face à la surmortalité des colonies d’abeilles, poursuivent les fabricants de néonicotinoïdes.

Mais ceux-ci répliquent que les risques associés à leurs produits sont minimes. Bayer CropScience «a un intérêt inhérent à aider à trouver des solutions au problème de santé des abeilles», a indiqué la compagnie par courriel.

Le Dr Bonmatin donnera une conférence publique à la Maison du développement durable, à Montréal, demain, à l’invitation d’Équiterre et de la Fondation David Suzuki.


Que sont les néonicotinoïdes ?
Ce sont des pesticides employés pour prévenir les infestations de ravageurs.
 
On les retrouve dans les grandes cultures, mais aussi dans l’agriculture maraîchère. Ce sont les pesticides les plus utilisés dans le monde. En 2011, ils représentaient un marché de 2,63 milliards $.
 
Comment agissent-ils ?
Ils ne sont pas répandus par voie aérienne, mais employés comme enrobage des semences.
 
Ainsi, ils se répandent dans la plante au fil de la croissance par la sève, mais aussi dans le sol. Ils migrent ensuite dans l’environnement en suivant les poussières et le ruissellement des eaux.