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Über, Google et les monopoles numériques

Bloc Uber
Photo d'archives / Agence QMI

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On porte beaucoup d’attention à Uber dernièrement. On le présente souvent comme un libérateur d’un système de taxi désuet aux services mésadaptés.

La venue de ce concurrent permettrait donc de briser le monopole d’offre qu’aura instigué le système de permis de taxis.

Je pense malheureusement que ces bénéfices ne sont que transitoires. Dans les faits, Uber possède toutes les caractéristiques d’un monopole naturel : rendements à l’échelle croissants autant du côté de l’offre (chauffeurs) que du côté de la demande (clients). Ainsi, la période de grâce qu’on observe n’est rien d’autre qu’une concurrence monopolistique transitoire.

Ultimement, on en viendra au contrôle du service et donc des problèmes afférents liés au manque de concurrence (comme le système actuel). En particulier, la rémunération des chauffeurs sera minimisée pour exploiter la rente monopolistique, laissant les consommateurs avec moins de taxis.

Le problème est en fait beaucoup plus large et insidieux qu’Uber. Les monopoles numériques prennent de plus en plus de place dans nos vies. En matière de partage d’information, Facebook domine. Et la plateforme extirpe toute la rente de publicité qu’elle peut de par sa dominance dans le marché du « partage de l’information ». Ce n’est pas sans conséquence. Au premier chef, les médias voient leurs revenus de publicité chuter et environ 50 % de leur trafic vient du réseau social. Facebook malmène la presse et exploite leur production à faible coût.

Même chose du côté de Google, qui centralise la recherche d’information et, à travers son placement de résultats de recherche, extirpe cette fois la rente du côté des publicitaires.
Ces plateformes ne sont pas concurrentielles. Et comme les monopoles classiques, elles devraient être réglementées de manière appropriée. C’est un problème qui requiert l’intervention de multiples paliers de gouvernements (CRTC, fédéral, provincial), un problème moderne de concurrence et de législation. Un beau défi, quoi! Mais ce n’est certainement pas une concurrence salvatrice.

Pier-André Bouchard St-Amant, économiste