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Un socialiste du Vermont défie Hillary Clinton

Democratic presidential candidate and U.S. Senator Bernie Sanders speaks at a campaign kickoff rally on the shores of Lake Champlain in Burlington
REUTERS

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Aux États-Unis, un deuxième candidat est officiellement entré dans la course à l’investiture du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de 2016. Il s'agit de Bernie Sanders, le sénateur de l’État voisin du Vermont, qui se décrit lui-même comme un socialiste. Ses chances de gagner sont nulles, mais il a toutes les chances de brasser la cage. Sa campagne sera à suivre.

La campagne présidentielle américaine s’est déplacée hier tout près de chez nous, sur les rives ensoleillées du lac Champlain, à Burlington. C’est là que Bernie Sanders, ancien maire de la ville et sénateur du Vermont à Washington, déclarait sa candidature pour l’investiture démocrate à la présidence des États-Unis. Fait à retenir : Sanders n’est même pas membre du Parti démocrate! Le politicien de 74 ans, qui se décrit comme un socialiste, est sénateur indépendant, quoi qu’il participe au caucus démocrate, comme son collègue d’un autre État voisin, Angus King du Maine.

Bernie Sanders est un des porte-parole les plus articulés et les plus populaires de la gauche américaine. Le fait qu’il n’est affilié à aucun parti lui permet souvent de confronter les compromissions par trop fréquentes des démocrates sur des enjeux comme les inégalités économiques, l’environnement et l’interventionnisme militaire. Son entrée dans la campagne présidentielle ne représente pas un défi électoral majeur pour la favorite Hillary Clinton. Il n’a aucune chance de gagner. Hillary Clinton n’aura pas non plus à craindre de sa part une pluie de publicités négatives. Les attaques personnelles ne sont pas son genre : Sanders se targue de n’avoir jamais diffusé une seule publicité négative pendant toute sa carrière politique.

En revanche, sa présence dans la campagne et dans les débats assure qu’une voix forte mettra en évidence les enjeux qui préoccupent la gauche, forçant ainsi la candidate favorite à préciser sa pensée et à s’engager dans des directions qu’elle préférerait vraisemblablement éviter si elle souhaite se positionner au centre face à des adversaires potentiels républicains qui se positionneront fermement à droite pendant leur propre campagne des primaires.

Des enjeux à l’avant-scène

Le discours que Bernie Sanders a livré pour démarrer sa campagne vaut la peine d’être écouté ou lu (le texte est ici). On comprend que la foule n’était pas enthousiaste seulement parce que deux bons amis de Sanders, Ben et Jerry, avaient distribué des cornets de crème glacée gratuits à tout le monde.

Le premier enjeu qui animera la campagne de Sanders est la croissance des inégalités socioéconomiques et la concentration de la richesse aux États-Unis (j’ai écrit là-dessus ici). Pour beaucoup de démocrates, l’accent qu’il mettra sur cet enjeu mettra en évidence la proximité entre la campagne de la favorite Hillary Clinton et certains milieux des affaires et de la finance qui demeurent proches de l’establishment du parti démocrate. Entre autres, Hillary Clinton devra répondre des critiques qu’on lui adressera sur le fait que les inégalités se sont approfondies pendant la période où elle a servi comme membre du cabinet de Barack Obama.

L’enjeu sur lequel les prises de position de Sanders se démarquent le plus de celles du président Obama et d’une bonne partie de l’establishment démocrate est sans doute la politique commerciale, centrée sur l’accord de partenariat transpacifique (TPP; voir ici). Même si Hillary Clinton n’a pas endossé toutes les propositions mises de l’avant par l’administration sur cet enjeu, elle ne s’est pas opposée en principe à son adoption. Sanders la forcera à définir de façon plus claire sa position, dans un parti où l’appui à cet accord de libéralisation commercial est fragile.

L’appui sans réserve de Sanders aux politiques de contrôle des émissions de gaz à effet de serre mettra aussi en évidence certaines divisions dans le camp démocrate, notamment sur le projet d’oléoduc Keystone XL.

Finalement, sur la politique étrangère, les positions carrément pacifistes de Sanders forceront Hillary Clinton à défendre ses décisions passées, qui la lient notamment à l’échec de l’invasion de l’Irak et à la poursuite de l’engagement militaire dans la région contre l’État islamique, qui continue d’inquiéter la gauche de son parti.

Un précédent historique qui a peu de chances de se répéter

Bernie Sanders n’est pas le premier candidat de gauche à venir s’interposer dans une campagne d’investiture en apparence sans histoire. En 1968, à une époque où les précampagnes ne duraient pas aussi longtemps qu’aujourd’hui, Eugene McCarthy était venu secouer les ardeurs de la gauche au début des primaires démocrates que presque tous concédaient au président en poste, Lyndon B. Johnson. Flairant l’occasion, Robert Kennedy s’était alors lancé en campagne et avait précipité le départ de Johnson. Tragiquement, Robert Kennedy était tombé sous les balles d’un tueur alors que l’investiture démocrate lui était presque acquise.

La victoire de Sanders est extraordinairement improbable et il est aussi très peu probable que sa participation à la campagne convainque Hillary Clinton de tirer sa révérence. Toutefois, certains observateurs croient que si cette dernière se trouve déstabilisée par une sérieuse confrontation aux préoccupations de la gauche de son parti, d’autres candidats puissent venir lui faire une concurrence réelle. On pense notamment à la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, que plusieurs identifient comme la championne de l’aile gauche de son parti.

Novembre 2016 est encore loin

La campagne présidentielle est loin d’être jouée. Les premiers votes ne seront déposés qu’en janvier prochain et il faut s’attendre à une performance plus que respectable du sénateur du Vermont dans l’État voisin du New Hampshire, où aura lieu la première primaire. Il y aura aussi toute une série de débats où Hillary Clinton devra démontrer sa maîtrise des enjeux en défendant ses positions centristes face à un candidat que les Américains qualifient d’extrême gauche, avant de faire face à son adversaire républicain qui a de bonnes chances d’être encore plus éloigné d’elle dans l’autre direction.

En attendant, si vous croyez que la politique américaine est ennuyeuse, l'entrée de Bernie Sanders dans la campagne vons donnera bien des occasions de changer d’idée, surtout si vous fréquentez les rives du lac Camplain et si Ben et Jerry continuent de suivre leur candidat tout au long de la campagne!

 

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