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Épicerie: Quand le format rétrécit, mais pas le prix

Cinzia Cuneo
Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault Cinzia Cuneo, cofondatrice et présidente de SOS Cuisine

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Les fabricants de denrées rivalisent encore et toujours d'ingéniosité pour refiler en douce aux consommateurs des hausses de prix, illustre une petite étude commandée par Le Journal.

L’ordinateur de Cinzia Cuneo, cofondatrice et présidente de SOS Cuisine, emmagasine depuis une dizaine d’années le prix d’une centaine de produits dans les circulaires des supermarchés québécois.

Grâce à ce million de données, l’organisme dédié à la planification alimentaire n’a eu aucune difficulté à pointer cinq cas de «downsizing» depuis le début de l’année, soit des produits dont on a rapetissé le format.

Et il y en a beaucoup plus, assure Mme Cuneo. «Pour les consommateurs, c’est toujours le même message. Il faut rester vigilant parce que ça ne saute pas toujours aux yeux», dit-elle.

Cette technique utilisée depuis des dizaines d’années, appelée le sous-dimensionnement, consiste à diminuer discrètement la quantité d’un produit en maintenant le prix d’origine. Une façon de refiler aux clients la hausse des denrées de base sans que ça paraisse trop.

Produits laitiers, produits surgelés, condiments, tout y passe. Et les diminutions sont souvent importantes. Des contenants de beurre d’arachide et de ketchup ont rétréci de 25 % depuis le début de l’année, tout en maintenant les mêmes prix.

Changement graduel

Dans certains cas, le fabricant procède de façon graduelle, a constaté SOS Cuisine. C’est le cas de la brique de fromage Cracker Barrel. À la fin de 2014, le format de 300 g était offert entre 3,99 $ et 4,99 $. En janvier, le fabricant a introduit une brique de 270 g à 2,99 $. Son prix a ensuite monté à 4 $ le 9 avril, puis à 4,99 $ le 21 mai, soit le prix d’origine du format plus gros.

«Ce phénomène peut arriver, mais, dans la plupart des cas, le prix du produit downsizé demeure le même que l’autre. Il n’a pas descendu puis remonté», dit Florent Gravel, PDG de l’Association des détaillants en alimentation du Québec.

Manque de transparence

D’une façon ou d’une autre, la technique du sous-dimensionnement offusque l’organisme Option consommateurs.

«On fait tout ça en douce. Les fabricants pourraient être plus transparents», insiste Maryse Guénette, d’Option consommateurs, qui a participé à une enquête en 2013 sur le sous-dimensionnement.

«Ça permet simplement au consommateur de profiter du même prix avec une quantité moindre», rétorque Florent Gravel. Pour lui, les fabricants savent que s’ils dépassent une limite psychologique de prix, les ventes vont chuter. C’est pour cette raison qu’on préfère diminuer la quantité plutôt que hausser le prix.

«C’est un peu malin comme technique. C’est à la limite de l’acceptable», estime pour sa part Cinzia Cuneo.

 

 

Cinzia Cuneo
Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault

 

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Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault

 

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Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault

 

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Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault

Une solution simple

Les experts consultés s’entendent tous sur une chose: la meilleure façon de s’assurer d’en avoir pour son argent, malgré les ruses des fabricants, est de vérifier le prix affiché selon le poids ou la quantité.

Par exemple, le prix aux 100 g. Ainsi, si la quantité diminue sans qu’on s’en rende compte, le prix aux 100 g, lui, aura monté.

Cette information est d’ailleurs obligatoire. Elle doit être affichée sur les étiquettes fixées sur les tablettes.

Option consommateurs aimerait toutefois qu’on durcisse la loi en imposant aux fabricants qu’ils mentionnent les changements de formats de leurs produits. Jusqu’ici, cet appel n’a pas été entendu par les gouvernements.

D’autres stratégies utilisées

Il existe plusieurs façons de rendre un produit plus attrayant qu’il ne l’est réellement, a conclu Option consommateurs dans son étude publiée il y a deux ans. En voici trois exemples.

 

Cinzia Cuneo
Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault

De plus gros emballages

On peut diminuer le produit sans modifier le contenant. Ou faire de plus grosses boîtes que le produit similaire d’à côté pour donner l’impression qu’il y en a plus. Dans certains cas toutefois, on n’a pas le choix puisqu’un produit est simplement moins compact qu’un autre, et prend donc plus d’espace. Ici, la boîte de céréales de droite est plus grosse, mais contient trois grammes de moins.

 

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Photo Fotolia

Beaucoup de vent

C’est la technique du sac de chips. On peut diminuer la quantité de croustilles en gardant le même sac dans lequel on ajoute plus d’air. C’est pour éviter que le produit ne se retrouve en miettes dans le sac, se défend l’industrie. Parlant de vent, l’ajout d’air dans la crème glacée permet aussi d’augmenter les profits.

 

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Photo Le Journal de Montréal, Stéphan Dussault

Des formes confondantes

Des fabricants rivalisent d’ingéniosité pour modifier les formes de leurs emballages afin qu’ils paraissent plus gros. Il suffit parfois de modifier le fond d’un contenant pour qu’un produit avec 100 g de moins que celui de son concurrent ait l’air identique sur la tablette.

Des fabricants de biscuits modifient aussi la forme de leur emballage intérieur de plastique qui enlève quelques biscuits par boîte.

Ici, juste la forme d’un contenant plus haut, mais légèrement moins large et avec un fond plus creux peut donner l’impression qu’il contient plus de yogourt que son concurrent, alors que ce sont deux contenants de 500 g.

 

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