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Quel avenir pour Bugingo?

Le journaliste François Bugingo
Photo Agence QMI, Ewan Sauves

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«Pour le restant de mes jours, je vais devoir faire face à des gens qui ne croiront pas un seul mot de ce que je leur dis, sur à peu près n’importe quel sujet.»

«Pour le restant de mes jours, je vais devoir faire face à des gens qui ne croiront pas un seul mot de ce que je leur dis, sur à peu près n’importe quel sujet.»

C’est ce que la plus grande menteuse de l’histoire du journalisme américain, Janet Cooke, a confié en 1996. Quinze ans plus tôt, elle s’était fait pincer pour avoir créé de toutes pièces un reportage pour le Washington Post.

Cooke n’a plus jamais travaillé en journalisme après qu’on eut découvert qu’elle avait menti à ses lecteurs, ses collègues et ses patrons.

Quel genre de carrière François Bugingo peut-il espérer avoir après les allégations sur ses reportages inventés? Si sa vie suit la même trajectoire que celle de Janet Cooke, ce ne sera pas jojo.

Une menteuse compulsive 

L’histoire de Janet Cooke est tristement fascinante.

En 1980, la reporter de 26 ans est engagée au Washington Post, où elle travaille sous la supervision de Ben Bradlee et de Bob Woodward (éditeur et journaliste derrière le fameux scoop du Watergate qui a causé la chute du président Nixon).

Le premier mensonge de Janet Cooke: elle trafique son CV, s’inventant des diplômes et des prix complètement bidon.

Quelques mois après son arrivée, elle écrit un portrait poignant de Jimmy, un héroïnomane de 8 ans, décrivant dans le détail les injections d’héro de son pusher. Mais deux jours après avoir reçu le prix Pulitzer (l’Oscar du journalisme) pour ce reportage, elle a dû rendre le prix, démissionner et admettre non seulement qu’elle n’avait pas rencontré Jimmy mais qu’il n’existait pas! Et elle a reconnu que la moitié de son C.V. était un tissu de mensonges.

Janet Cooke ne s’est pas excusée, elle a seulement ­disparu de la circulation.

Puis quinze ans plus tard, en 1996, elle a accordé une ­entrevue au magazine GQ. On y apprenait qu’elle travaillait à 6 $ l’heure, comme vendeuse, dans un centre d’achats de Kalamazoo, un bled paumé du Michigan. Son repas du soir était souvent un simple bol de céréales. Sans l’aide financière de sa mère, elle serait devenue sans-abri.

Elle reconnaissait qu’elle avait commis une énorme ­erreur et s’excusait, enfin!

Si elle avait menti au Washington Post, disait-elle, c’est que son papa était très méchant avec elle quand elle était jeune et qu’elle avait appris à mentir pour éviter ses ­colères... Bref, une pauvre victime.

En 1996, Janet Cooke affirmait que sa punition (son ­exclusion du métier) était démesurée par rapport à la faute commise.

Elle voulait vraiment redevenir journaliste.

Or, presque 20 ans plus tard, elle n’a jamais retravaillé dans un média...

Le monde de François 

Il y a beaucoup de similitudes entre Cooke et Bugingo. Les deux ont enjolivé leur C.V. Les deux ont enjolivé leurs reportages. Mais la grosse différence, c’est qu’elle est ­Américaine, et lui Québécois.

En 1996, le studio américain Tri-Star a offert à Cooke ainsi qu’à Mike Sager, l’auteur de l’article du GQ, un contrat de 1,6 million $ pour les droits d’adaptation au cinéma. Le film, qui devait s’appeler Janet’s World, ne s’est jamais fait.

Si François Bugingo vivait aux États-Unis au lieu du ­Québec, peut-être qu’il aurait déjà été approché pour ­vendre les droits de son histoire.

Si elle est vraie.