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Troublante page d’histoire en Abitibi

Troublante page d’histoire en Abitibi
Photo courtoisie

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La romancière Claire Bergeron, auteure des ouvrages à succès Sous le manteau du silence et La promesse d’Émile, s’est penchée sur une page sombre de l’histoire du Québec dans un roman troublant, inspiré d’un fait vécu, Une justice à la dérive.

Il y a deux ans, la romancière a reçu un courriel d’une dame d’Abitibi qui lui demandait si elle connaissait l’histoire d’un jeune homme de 20 ans accusé de meurtre dans les années 40 à Authier. La dame lui ayant fourni le numéro de référence du dossier aux Archives nationales du Canada, Claire Bergeron s’y est rendue et a tout photographié, du choix des jurés jusqu’à l’acte de pendaison. Elle a été horrifiée par ce qu’elle a découvert: un procès vite bouclé, des preuves douteuses et une exécution injuste.

Cette amoureuse des mots, maintenant retraitée, a décidé de raconter cette histoire et d’en faire un roman, en changeant les noms des gens concernés et les circonstances au gré de son imagination. «Ma fibre d’écrivaine a tout de suite réagi», note-t-elle en entrevue. «J’ai lu ce dossier pour ce roman et j’ai été stupéfaite de voir à quel point la justice avait été expéditive dans ce dossier qui a connu une sérieuse dérive. C’est de là que vient mon titre.»

Émotion et sensibilité

Pour elle, il y avait assurément un roman à écrire. «C’était un jeune homme de 20 ans, le fils d’une grosse famille. Je pouvais me pencher sur la vie de sa fiancée, sur la famille des victimes... J’ai décidé d’aborder ce roman du côté de l’émotion, de la sensibilité, en tenant compte du drame qu’une dérive comme celle-là peut produire dans une famille.»

Lorsqu’elle a épluché le dossier de ce jeune homme condamné à la peine capitale, elle est tombée sur la lettre manuscrite de sa mère, envoyée au ministre des Pardons, dans laquelle elle le suppliait de changer la peine pour que son fils soit emprisonné ou même envoyé à la guerre plutôt qu’exécuté.

«Cette lettre m’a fait pleurer. C’est terrible. Plus je lisais le dossier, plus je me rendais compte qu’il y avait une dérive de la justice. Un détail? Les jurés ont quitté la salle de cour à 15:58 et sont revenus à 16:17 pour le condamner à la peine de mort. Et c’était sans preuve directe.»

« Sentence terrible »

Claire Bergeron a interrogé une personne de 93 ans, encore très lucide, dont le nom était sur une pétition qui avait été envoyée pour faire commuer la peine en prison à vie. «Elle se souvenait vaguement de l’histoire, car, dans sa famille, les gens n’en parlaient pas trop, par respect pour la famille en question. J’aimerais beaucoup que quelqu’un de cette famille communique avec moi pour en discuter. Pour ma part, ce jeune homme ne méritait pas d’être pendu. C’est une sentence terrible parce qu’elle est irréversible.»


Claire Bergeron a été infirmière, maîtresse de poste, entrepreneure en transport de bois, conseillère municipale et conseillère dans un bureau de conférenciers.

Ses romans ont du succès au Québec, en France, dans plusieurs autres pays de la francophonie, de même qu’en Chine.

Claire Bergeron, Une justice à la dérive 
Éditions Druide
392  pages
photo courtoisie
Claire Bergeron, Une justice à la dérive Éditions Druide 392 pages