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Onfray pour la beauté, le risque et le plaisir de marcher sur les braises

Cosmos, Michel Onfray Flammarion

Disponible en librairie.
Photo courtoisie Disponible en librairie.

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Se plonger dans Cosmos, «cette brève encyclopédie du monde», le nouvel ouvrage du philosophe sans morale (ce qui ne signifie pas amoral) Michel Onfray, c’est accepter de se laisser guider dans des dédales peu fréquentés où le plaisir de la découverte, l’audace et l’émerveillement seront au rendez-vous à coup sûr. Marcher sur les braises ardentes devient alors un exercice salutaire.

Se plonger dans Cosmos, «cette brève encyclopédie du monde», le nouvel ouvrage du philosophe sans morale (ce qui ne signifie pas amoral) Michel Onfray, c’est accepter de se laisser guider dans des dédales peu fréquentés où le plaisir de la découverte, l’audace et l’émerveillement seront au rendez-vous à coup sûr. Marcher sur les braises ardentes devient alors un exercice salutaire.

Voici un libre penseur qui ne craint pas la controverse. Il affirme, par exemple, que l’islam est une religion de guerre, au risque de passer pour islamophobe.

Philosophe populaire, fils de pauvres, qui a connu les affres de l’orphelinat, il revendique ses origines catholiques tout en se disant athée.

Onfray se définit comme un homme de gauche, mais il se fait accuser par les socialistes au pouvoir en France de flirter avec la droite. Fier de ses origines modestes, il affirme qu’il préfère de loin le monde rural — «La nature fut pour moi la première culture» —, à la vie urbaine: «Un monde de moteurs polluants, de lumières électriques, d’ondes sournoises, de systèmes de surveillance vidéo.»

C’est peut-être un peu caricatural, mais il faut tout de même admettre que ce monde déshumanisé dans lequel nous vivons ignore les cycles de la nature et le mouvement des saisons au point de vouloir même les chambarder.

Hédoniste

On l’aura compris, Onfray plaide pour un retour aux sources, loin des paradis artificiels de la culture. Loin des bouchons et des embouteillages qui nous font perdre notre temps lamentablement. Onfray est un philosophe hédoniste, il en a fait son mode de vie. Il veut recréer le paradis terrestre, avant la condamnation d’Adam et d’Ève. Il faut nettoyer, semble-t-il dire, ce cosmos de tous ces objets encombrants qu’on y a mis, pour retrouver l’essentiel, nos racines parmi les étoiles et autres astres lumineux qui nous relient tous les uns aux autres, au-delà de la mort. Et retourner à la terre, fréquenter ses grottes préhistoriques, se plonger dans son passé, s’approprier ses roches volcaniques et sédimentaires, cette terre sableuse ou argileuse, «avec le pourrissement des feuilles saison après saison pendant des millions d’années [...], le mélange d’eau et de feu avec les déluges, les inondations sans fin et les brûlures du soleil, puis celles du gel». Car nous sommes des «fragments conscients de la nature. [...] La mort nous réunira dans le néant.»

Au centre

Onfray revendique une philosophie à la portée de tous, de vous et de moi, sans nécessaire bibliothèque impressionnante, loin des cénacles de penseurs bardés de diplômes et des héros de pacotille. «La philosophie n’est jamais aussi grande que quand elle n’est pas pratiquée par un professionnel de la discipline.» Il nous appelle à nous mettre au centre de nous-mêmes parce que c’est dans ce centre, cette pure matière humaine, que se trouve le cosmos, sans aucune transcendance avec un au-delà brumeux peuplé de fantômes religieux et de faux prophètes. Se posséder soi-même et non pas posséder le monde, répète-t-il, «pour y trouver la puissance d’exister afin de la sublimer».

Ce proverbe manouche, «tout ce qui n’est pas donné est perdu», qu’il avait fait peindre à l’entrée du chapiteau où il donnait des fêtes gratuites dans le cadre de son Université populaire, est ni plus ni moins que le ciment qui doit lier les solidarités entre les humains. On se libère ainsi de l’esclavage de la propriété.

À la fin, nous avons droit à une série de «formules susceptibles de permettre une éthique sans morale», une «série de maximes existentielles qui constituent un mode d’emploi de soi avec soi et pour soi». Chacun y trouvera chaussure à son pied. Pour ma part, j’ai bien aimé: «Vouloir le vouloir qui nous veut quand on ne peut agir contre lui; agir contre le vouloir qui nous veut quand on peut agir sur lui.»