/opinion/blogs/columnists
Navigation

Jay Baruchel, exilé politique

Jay Baruchel répond aux attentes
photo agence qmi, PHILIPPE-OLIVIER CONTANT

Coup d'oeil sur cet article

Le comédien Jay Baruchel n’en pouvait plus. Il aimait NDG, son quartier, mais finalement, ce n’était qu’un ilot de bonheur dans une ville soumise aux tensions ethniques et prise en otage par des indépendantistes qui ne veulent pas mourir. Pire encore, les Québécois étaient tentés par une charte de la laïcité entendant encadrer l’expression publique des signes religieux ostentatoires. Le pays était souillé par un «dialogue ethnique empoisonné». Tout cela, il l’a confié à la Gazette. On appelle cela une discussion entre amis qui se comprennent.

Alors courageusement, comme on le fait en Syrie, en Afghanistan ou au Mali, il a fait son baluchon et il s’est exilé vers Toronto. Là-bas, il pourra parler anglais en paix, sans craindre le regard de francophones sourcilleux – parce que la défense du français, c’est super vilain. Heureusement qu’il n’a pas dû traverser à la barque une mer pour nous fuir. La 401 suffisait. Il faut dire que la route vers la frontière était probablement trouée et cabossée. Même là, nous ne lui avons pas fait la vie facile. Jay! Nous saluons ton courage!

On pourrait bien lui répondre que le séparatisme qui lui fait si peur va bien mal. Ou que la Charte des valeurs a sombré avec le PQ. C’est bien la première fois qu’un homme s’exile quand ses idées sont au pouvoir et que ceux qu’il déteste sont dans l’opposition. Peut-être qu’au fond de lui-même, il se dit: au secours, ils reviendront! À moins qu’il ne soit pas au courant du résultat des dernières élections? Ce n’est pas impossible. Baruchel vivait dans son quartier mais confessait ne pas avoir de passion particulière pour le Québec, qu’il qualifie de «région difficile du monde»

On peut bien évidemment être fédéraliste et hostile au nationalisme québécois. Mais bien franchement, il n’y a qu’une seule manière de prendre les nationalistes québécois pour des enragés animés par l’intolérance ethnique: c’est de ne pas les fréquenter et se contenter des préjugés grossiers relayés sur eux par une certaine presse anglophone. Je suis tenté de croire que ce jeune acteur se contrefoutait du Québec et qu’il n’entretenait que de faibles rapports avec lui. Ça n’excuserait pas l’imbécilité de son propos, mais ça pourrait l’expliquer.

Je suis tenté de paraphraser l’Évangile: pardonnez-le, il ne sait pas ce qu’il dit. Mais voilà, peut-être le pense-t-il vraiment? En fait, aussi grossier soit-il, son discours est assez représentatif de celui d’une certaine frange de la nouvelle jeunesse anglophone que l’on aime dire parfaitement acclimatée au Québec de la loi 101. Sauf que la loi 101entendait faire du français la seule langue officielle. Elle devait faire du français la langue de pouvoir. Cet objectif, elle le rejette au nom de la diversité. Le français ne devrait être qu’une langue parmi d’autres.

Cette jeunesse aime bien Montréal en bilingue et souhaiterait la séparer du Québec francophone. Dans la première, elle voit un havre cosmopolite de tolérance et de paix. Dans l’autre, elle s’imagine qu’on trouve des nationalistes hargneux, chassant en meute ceux qui ne sont pas «de souche» avec des torches et des râteaux. J’en reviens à Baruchel. Est-il capable d'imaginer à quel point il est fermé au Québec dans lequel il vivait pourtant? Il a voulu nous donner une leçon de tolérance et d’ouverture. Se pourrait-il que ce brave garçon soit le premier à en avoir besoin?