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Les défis de Québec solidaire

Congrès de Québec Solidaire
Photo Le Journal de Montréal, Katia Tobar Les députés Françoise David et Amir Khadir

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À l’aube de son dixième anniversaire l'an prochain, Québec solidaire (QS) tenait en fin de semaine son 10e Congrès sous le thème «Femmes, familles et diversité sexuelle à l’avant-scène».

Depuis sa fondation, QS aura doublé ses appuis aux élections, passant de 3,75 % des voix à près de 8% l’an dernier. Le parti de gauche compte maintenant trois députés - Amir Khadir, Manon Massé et Françoise David -, chacun élu dans un comté autrefois réputé être un «château fort» du Parti québécois...

Quelques voix étonnées dans les médias se demandent pourquoi diable QS s’intéressait tant à la question des femmes. Surprenante remarque, à vrai dire. Surtout en pleine austérité et surtout, prenant en compte le simple fait que QS se présente entre autres choses comme un parti féministe.

Selon sa députée et porte-parole Françoise David :

«L’austérité est un grand bond en arrière pour les Québécoises et les familles. Martin Coiteux ment quand il prétend que ses offres patronales à la fonction publique et aux services publics affectent tout le monde de la même manière. Les libéraux investissent dans des secteurs d’emplois occupés massivement par les hommes, mais s’attaquent à l’éducation et à la santé, portées à bout de bras par les femmes. Les chiffres le prouvent : les libéraux ont créé un gouffre de 3 milliards de dollars entre les hommes et les femmes. Si ce gouvernement persiste à faire régresser les acquis des femmes, il continuera de nous trouver sur son chemin.»

Mme David faisait sûrement référence à une étude récente de l’IRIS (Institut de recherche et d’information socio-économique) sur le sujet.

Rappelons ici que les femmes sont en effet souvent la cible première – non pas exclusive, mais première -, de compressions majeures ou de politiques publiques visant la «rationalisation» des ressources étatiques.

Un exemple parmi d’autres – et il ne date pas d’hier – est le fameux «virage ambulatoire» imposé à la fin des années 90 sous Lucien Bouchard. En 1999, un rapport étayé du Conseil du statut de la femme montrait à quel point ce «virage» comportait un «prix caché pour les femmes».

On rappellera d’ailleurs aussi qu’en mars dernier, même la ministre responsable de la Condition féminine, Stéphanie Vallée, refusait carrément de «mesurer l’impact potentiel des mesures d’austérité sur la condition des femmes en général», ajoutant que les craintes ne sont que des «perceptions»...

En d'autres termes, QS s’intéresse à une question qui, au Québec, devrait pourtant piquer l’intérêt de tous les partis politiques. Incluant avant tout le gouvernement du jour. Ce qui, de toute évidence, n’est pas encore tout à fait le cas...

Bref, Québec solidaire reste ici fidèle à sa raison d’être originelle : insuffler un contre-discours progressiste dans une dynamique politique québécoise qui penche de plus en plus à droite de l’échiquier idéologique.

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Le «cas» PKP ou l’argent et le pouvoir

Alors que le fossé politique et idéologique qui sépare QS du PQ s’approfondit en fait depuis la fondation de Québec solidaire, lui-même né en partie du rejet des premières politiques d’austérité sous Lucien Bouchard, l’arrivée de PKP à la tête du PQ est reçue par les Solidaires comme la promesse d’une possible augmentation de ses propres appuis.

On se souviendra aussi que QS avait souligné l’élection du magnat de la presse comme chef du PQ en déposant une motion «pour que l'Assemblée nationale modernise la législation antibriseurs de grève»...

Face à un homme d’affaires renommé pour ses positions plus conservatrices, Andrés Fontecilla de QS lançait ceci au congrès de son parti : «l'élection d'un baron de la presse à la tête du Parti québécois renouvelle notre détermination à avancer. La souveraineté du Québec ne passera pas par un sauveur, mais bien par un mouvement populaire».

La grande inconnue ici demeurant toutefois la nature exacte des positions concrètes que défendra PKP d’ici l’élection générale de 2018 sur l’austérité, les relations de travail, etc...

Au congrès, M. Fontecilla a également laissé tomber ceci : «Les chefs des trois autres partis au Québec font partie du 1 %. Ce sont des millionnaires et des hommes, qui défendent tous des projets politiques à l’avantage de leur classe sociale».

Oups...

Cette vaste généralisation est surtout une erreur d’analyse imposante.

Premièrement, sauf erreur, le premier ministre Philippe Couillard est-il vraiment indépendant de fortune à ce point ? Deuxièmement, le seul fait d’être «millionnaire» n’exclut pas en soi l’existence d’une conscience sociale. On n’a qu’à penser à l’ex-premier ministre Jacques Parizeau – tout, sauf un leader politique de «droite».

Tout comme à l'inverse, avoir des moyens financiers plus limités n’exclut pas non plus en soi l’absence de conscience sociale...

Si M. Fontecilla entend dénoncer l’absence de conscience sociale qu’il perçoit chez ses adversaires politiques, il lui serait donc plus sage de ne pas tabler sur la profondeur de leurs comptes personnels de banque... mais plutôt sur leurs idées politiques.

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Un projet «porteur de sens»

Face au retour d’un discours indépendantiste clair au Parti québécois, Québec solidaire, également un parti souverainiste, insiste encore plus qu'avant sur ce qui le distingue du PQ.

Ou, pour reprendre les mots de Françoise David faisant référence à un mouvement indépendantiste écossais résolument social-démocrate: «L’adhésion au projet d’indépendance a augmenté à partir du moment où ce projet a été porteur de sens. Est-ce que ça ne devrait pas nous inspirer au Québec?»

Vaste question, en effet. Une question qui, dans les faits, hante aussi le PQ depuis sa fondation.

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Ses défis

Les plus grands défis de Québec solidaire pour les prochaines années comprennent notamment:

- Étendre sa base et ses appuis en se donnant un discours «anti-austérité» encore nettement plus accessible.

- Tenter de percer, même minimalement, au-delà de la grande région montréalaise en y assurant une présence beaucoup plus marquée. Après tout, il existe aussi en régions des électeurs de centre-gauche et de gauche en quête d’une alternative à l’austérité ambiante.

- Après dix ans d’existence, viser la prise de pouvoir tient encore et toujours de la mission impossible. Par conséquent, QS doit plutôt assumer pleinement son rôle essentiel de contrepoids idéologique progressiste. Autant à l’Assemblée nationale que dans la société québécoise.

Que l'on soit pour ou contre les idées de QS, nul doute que l'austérité budgétaire et une succession de gouvernements de plus en plus affairistes appellent en fait un contre-discours progressiste.

C'est une simple question d'équilibre démocratique, aussi ténu soit-il...