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La fausse balle de Parizeau

Lorsque Parizeau me reconnaissait et m’interpellait, c’était pour m’encourager à ne pas faillir au combat pour la langue

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La mort d’un grand homme d’État est une expérience collective. Parizeau, c’était plus que Jacques. Ce personnage était une partie de nous. Tout le Québec est en deuil. Du moins, tous ceux qui aiment le Québec. Car il y en a pour applaudir en hurlant hourra à la mort de ce titan. Mais de Gaulle et Kennedy aussi, à leur mort, eurent des cracheurs de fiel.

La mort d’un grand homme d’État est une expérience collective. Parizeau, c’était plus que Jacques. Ce personnage était une partie de nous. Tout le Québec est en deuil. Du moins, tous ceux qui aiment le Québec. Car il y en a pour applaudir en hurlant hourra à la mort de ce titan. Mais de Gaulle et Kennedy aussi, à leur mort, eurent des cracheurs de fiel.

Monsieur Parizeau vivait comme moi à l’île des Sœurs. (Tout comme René Lévesque, il a coulé ses derniers jours dans ce «nid de libéraux».) Nous nous croisions à l’occasion. Lorsque Parizeau me reconnaissait et m’interpellait, c’était pour m’encourager à ne pas faillir au combat pour la langue. Il me disait qu’il me lisait tous les vendredis dans ce journal; la chronique que vous êtes en train de lire a donc perdu son plus éminent lecteur...

Moi, homme de radio, de mots, issu du Verdun populaire, j’ai toujours été admiratif devant cet homme de pouvoir, qui a fait du destin de son peuple sa vocation personnelle, et qui est né dans la haute bourgeoisie, de sorte que les gros dollars, ça ne l’impressionnait guère.

Un moment excitant de ma vie fut lorsque j’eus l’honneur de communiquer un billet manuscrit à Monsieur – pendant mon émission de radio, en pleine campagne référendaire – pour lui apprendre que Gérard Latulipe, le délégué du Québec à Bruxelles, rejoignait le camp du Oui.

La fameuse question

Lorsque Parizeau a organisé une grande consultation, animée par Marcel Masse, pour déterminer ce que devait être la question référendaire, j’y ai participé en tant que citoyen.

À la Place des Arts, il y avait foule, quand j’ai pris le micro pour parler. Je suggérais une question à volets multiples, de manière à additionner les forces en faveur du changement, sans rebuter les fédéralistes réformistes.

1) Pour ou contre le statu quo: signer la constitution de 1982 et abandonner l’idée nationale.

2) Pour ou contre le statut particulier: fédéralisme asymétrique dans l’esprit de 1867 et des «deux nations» comme dans le rapport Allaire

3) Pour ou contre la souveraineté-association: l’idée préconisée par René Lévesque et Lucien Bouchard.

4) Pour ou contre l’indépendance pure et simple: l’idée de Bourgeault et Parizeau.

Monsieur m’avait flatté en louangeant ma contribution, mais, comme vous savez, il a opté pour une question qui alliait mon 3) et mon 4)... en oubliant mon 2).

Avec des si

C’est sûr qu’avec des si, on fait bien des choses. «On fait pisser les chiens sur les bornes-fontaines» comme dirait le coloré Régis Lévesque.

Eh bien, si Jacques Parizeau, au lendemain de son 49,4 %, était resté premier ministre provincial – ce qu’il ne voulait pas –, il aurait pu rallier les tenants du fédéralisme réformiste et mettre la constitution de Trudeau KO.

Mais au lieu d’un «circuit», il a cogné une fausse balle... En additionnant toutes les forces en faveur du changement, il nous aurait fait gagner à tout le moins un changement de statut; mais non...

Nous avons plutôt eu droit à la mentalité de Mario Dumont qui renonçait au rapport de force sans précédent avec le Canada anglais pour enterrer le débat pendant une génération... génération, on le sait maintenant, ignorante et indifférente.