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David Lemieux, un boxeur qui vient de loin

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Photo d'archives

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On était chez Daou, le restaurant libanais du boulevard Marcel-Laurin. Table de poissons, de salades et de riz finement épicé. Assis avec Camille Estephan et David Lemieux. La connexion libanaise ne pouvait être plus directe.

On était chez Daou, le restaurant libanais du boulevard Marcel-Laurin. Table de poissons, de salades et de riz finement épicé. Assis avec Camille Estephan et David Lemieux. La connexion libanaise ne pouvait être plus directe.

Honnêtement, la conversation était plus que passionnante. C’était à la fois profond et surprenant. Et celui qui parlait le plus était David ­Lemieux, qui va se battre pour le championnat du monde des moyens le 20 juin au Centre Bell.

C’est frustrant de ne pas pouvoir rapporter en détail tout le contenu discuté à la table. Il y en aurait des pages. Et dans le feu de la discussion, on est passé de l’attentat terroriste du 11 septembre 2001 et de la manipulation des extrémistes violents par les penseurs liés aux grandes puissances à la conception de l’univers où atomes, étoiles et galaxies portent la signature de Dieu.

«Tout est parfait. Tout arrive pour une raison. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir la perfection», de noter ­Lemieux.

David Lemieux, un boxeur qui vient de loin
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«Il n’y a pas d’erreur dans l’univers.»

L’homme a beaucoup réfléchi. Il le dit d’ailleurs. Il a beaucoup lu et beaucoup regardé de documentaires traitant des grands sujets de ­l’humanité.

David Lemieux parle cinq langues. Le français puisque c’est un p’tit gars du quartier Ahuntsic, l’anglais appris à regarder des films à la télévision (et à l’école par la suite), le libanais, l’arménien et l’espagnol. «J’ai travaillé souvent avec Pedro Diaz, le fameux entraîneur cubain. J’ai commencé à apprendre l’espagnol avec lui et les autres boxeurs cubains de son entourage, puis j’ai progressé rapidement. Je pense que j’ai vraiment de la facilité pour apprendre les langues. Je dois avoir une bonne oreille», dit-il le plus calmement du monde.

Ou un gros quotient...

En fait, Lemieux était tellement fascinant, on s’est tellement égaré dans le cosmos et l’esprit humain qu’il a fallu reprendre l’entrevue quelques heures plus tard. L’entraînement ­l’attendait.

UN PETIT BUM D’AHUNTSIC

L’histoire de sa mère Aznive fait frémir. Une jeune Arménienne dont les parents se sont enfuis au Liban après le génocide, elle est née à ­Beyrouth et y a grandi en pleine guerre. Elle a été kidnappée et n’a évité la mort que parce qu’un des ravisseurs la connaissait. Elle a réussi à fuir et à quitter le pays tout juste avant qu’on fasse sauter l’endroit où elle était détenue.

David Lemieux, un boxeur qui vient de loin
Photo d'archives

À Montréal, elle s’est mariée à ­André Lemieux. Un premier enfant est venu au monde et deux ans plus tard, c’était au tour d’un deuxième bébé. David Lemieux. «Je n’ai pas connu mon père. À ma naissance, il était déjà parti. J’ai été élevé par mon beau-père Garo Melekian, un ­Arménien, dont je suis resté très proche. Je reste tout près de chez eux d’ailleurs», raconte David.

Le gamin avait le diable au corps. À neuf ans, il terrorise les rues et ruelles du quartier. «Je me battais tout le temps. Honnêtement, je passais mon temps à faire du trouble. C’est là qu’un monsieur qui s’occupait d’un gym de boxe m’a approché. Il m’a dit que tant qu’à me battre, je pourrais le faire dans un gymnase. J’ai commencé la boxe et j’ai tout de suite aimé», de dire Lemieux.

CHAMPION DU MONDE

Il n’y a jamais une question évidente avec Lemieux. Comme de ­savoir pourquoi il boxe. Pour l’argent, pour la gloire, pour la violence?

«Je boxe parce que c’est un défi que je me suis donné. Et je gagne les défis que je me donne. À tout le moins, je me donne à 110 % pour les remplir. C’est vrai dans tous les domaines. Je suis ainsi fait que je peux me concentrer totalement sur un objectif. C’est l’esprit qui décide. Et quand je décide que quelque chose est terminé, c’est terminé», dit-il avec ses yeux verts perçants.

Il faisait sans doute allusion à sa dernière histoire d’amour qui aurait pu mal se terminer. Mais il est prêt à faire bien des concessions pour le bien de sa petite fille de deux ans et demi. Comme il s’entend bien avec la mère de son fils Léon qui vit à Moscou. Il espère d’ailleurs que son fils pourra venir à Montréal pour son combat du 20 juin.

Il reprend: «En vieillissant, en ayant des enfants, en achetant ma maison, la boxe est aussi devenue un gagne-pain, le gagne-pain de tout le monde. C’est ma profession et c’est mon accomplissement», dit-il.

David Lemieux, un boxeur qui vient de loin
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Cette passion l’a toujours habité. À 12 ans, sa professeure lui avait demandé ce qu’il voulait faire dans la vie. «Je veux être champion du monde.» Mme Suzanna Nunez, la prof en question, a répondu comme tout bon prof: «Tu devrais peut-être avoir un plan B. Des fois dans la vie...»

Il raconte l’histoire en souriant. «J’ai dit non. Pas de plan B. C’est ce que je veux et je vais le faire. Le 20, si je gagne le titre mondial, je suis convaincu qu’elle va se rappeler ce que je lui avais dit.»

DÉFAITES PÉDAGOGIQUES

Lemieux a connu un début de carrière fulgurant. Avec Russ Anber comme entraîneur. Puis, il a perdu contre Marco Rubio Antonio. Ce fut la fin de leur entente. Quand il explique les raisons de ce divorce, je comprends très bien. Ça n’a rien à voir avec les raisons officielles. Je comprends parce que je connais Russ et que je connais un peu mieux ­David. Mais il est certain que ­Lemieux ne pouvait continuer avec un homme autoritaire et traditionnel comme Russ Anber. Lemieux réfléchit trop et se pose trop de questions sur la boxe et sur la vie.

Quant à sa défaite par décision majoritaire contre Joachim Alcine, il ne la reconnaît pas. Il est convaincu d’avoir eu le dessus. «Quand même, ces défaites ont été profitables. J’ai pris des décisions. J’ai changé mon entourage. Pour ne plus répéter ces erreurs. Depuis, je suis beaucoup mieux dans la boxe, donc beaucoup mieux dans la vie. C’est important d’avoir du fun dans le métier qu’on pratique», dit-il.

ESTEPHAN, L’ANGE DU CIEL

C’est à cette époque qu’il a mieux connu Camille Estephan, qui est devenu son gérant. «Camille, je suis tellement content qu’il soit dans ma vie. C’est un ange qui est apparu dans mon existence. Au début, il m’a montré ses chiens, qui sont gros comme des chevaux. Quand j’ai rompu les communications avec Russ Anber, Camille était là pour m’appuyer. On a appris à se connaître. Puis, je lui ai fait confiance et il m’a guidé. Camille, c’est un ami. Mais c’est plus qu’un ami, c’est un membre de la famille», dit-il avec conviction en parlant de Camille ­Estephan, promoteur de boxe et financier important. Estephan, faut-il le rappeler, est Libanais.

Lemieux est tout près de la grosse, grosse, grosse argent. S’il devient champion du monde, blanc, beau comme un acteur et explosif comme boxeur, il va vite se balader dans les millions. Pour l’instant, il a déjà sa maison qu’il a achetée quand il avait 22 ans. C’est un père dévoué et passionné. C’est d’ailleurs la seule fois durant l’entrevue qu’Estephan s’est mêlé de la conversation. «Je n’ai ­jamais vu un père aussi dévoué que David. Jamais, c’est pas croyable», a-t-il murmuré dans un moment plus tranquille des discussions.

Ce gars-là a un charme fou. Une heure de télé avec lui, n’importe quand. Juste à poser la première question et à l’écouter...