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Pour oublier les pensionnats, elle retourne vivre en forêt

«Je suis une nomade comme l’étaient mes ancêtres. Quand j’ai faim, je place un collet et je remercie la nature de me nourrir. J’ai réappris ce qu’on a voulu que mon peuple oublie.» - Monique A. Papatie
«Je suis une nomade comme l’étaient mes ancêtres. Quand j’ai faim, je place un collet et je remercie la nature de me nourrir. J’ai réappris ce qu’on a voulu que mon peuple oublie.» - Monique A. Papatie

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ROUYN-NORANDA - Lorsqu’elle a eu 50 ans, Monique A. Papatie, a décidé de faire fi de l’enfance qui lui a été arrachée par les pensionnats autochtones. Depuis maintenant 15 ans, elle est retournée vivre dans la forêt, comme ses ancêtres l’ont toujours fait.

Quand elle parle du pensionnat autochtone, ses yeux fuient et deviennent humides. «Je n’ai pas vécu de grosses affaires comme d’autres au pensionnat. Mais j’ai vu beaucoup de choses que je ne peux pas oublier. Pour moi, le plus dur a été d’être arrachée à ma mère pendant tout mon primaire et d’être placée en famille d’accueil pendant mon secondaire. Ça nous faisait mal parce qu’on ne comprenait pas pourquoi», a-t-elle dit.

Mme Papatie habite la communauté de Lac-Simon près de Val-d’Or, mais depuis 15 ans, elle vit principalement dans la forêt. «Je suis une nomade comme l’étaient mes ancêtres. Quand j’ai faim, je place un collet et je remercie la nature de me nourrir. J’ai réappris ce qu’on a voulu que mon peuple oublie», a raconté celle qui a enseigné pendant 27 ans avant de retourner vivre comme ses ancêtres.

Ça lui a pris plusieurs années de thérapie avant de pardonner à sa mère, aujourd’hui âgée de 98 ans. Elle a compris que sa mère a fait son possible, mais qu’elle n’avait pas le choix d’envoyer ses enfants dans les pensionnats.

Dialogue

La semaine dernière, la Commission de la vérité et de la réconciliation a produit son rapport après avoir écouté des milliers d’autochtones. Elle a conclu qu’en imposant un système de pensionnat autochtone, le Canada «a participé à un génocide culturel».

Afin de tisser des ponts entre les autochtones et les allochtones, une journée de Dialogue a été organisée dimanche à Rouyn-Noranda par le Centre d’exposition de Rouyn-Noranda et Tourisme Abitibi-Témiscamingue. «Sept générations d’autochtones ont souffert des pensionnats. Il faut espérer que ça ne prendra pas sept autres générations pour rétablir la relation entre les premiers peuples et la société québécoise et canadienne», a indiqué la directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, Édith Cloutier.

L’anthropologue Serge Bouchard s’intéresse à la question autochtone depuis 40 ans et craint que d’ici quelques jours, la question autochtone disparaisse à nouveau des écrans radars. «Génocide culturel, ce n’est que des mots. C’est tout à fait justifié de parler de génocide culturel. Mais ce n’est plus le temps de jouer avec les mots, il faut passer à l’action», a-t-il dit. M. Bouchard n’a pas confiance que le Canada fasse le nécessaire pour se réconcilier avec les premiers peuples et croit que les 94 recommandations ne seront probablement pas appliquées.

Selon lui, il faut abolir les réserves et la Loi sur les Indiens. Il faut aussi mettre sur pied des structures politiques autonomes basées sur l’identité culturelle des 63 premières nations du Canada.