/sports/huntfish
Navigation

La joie du dépassement

La petite famille de Florent Bouguin est adepte de plein air. Il n’est pas question pour l’athlète de limiter ces expéditions familiales sous prétexte de semaines d’entraînement trop chargées.
Photo courtoisie, Florent Bouguin La petite famille de Florent Bouguin est adepte de plein air. Il n’est pas question pour l’athlète de limiter ces expéditions familiales sous prétexte de semaines d’entraînement trop chargées.

Coup d'oeil sur cet article

Florent Bouguin a participé à son premier 100 miles le week-end dernier. Il a surpris tout le monde, lui y compris. Non seulement a-t-il franchi la lignée d’arrivée le premier au Bryce Canyon 100 miles en Utah, mais il l’a accompli en fracassant le record du parcours par plus d’une heure avec un temps de 17 h 58. Il court depuis à peine trois ans.

«Ça s’est jamais vu», dit-il, en faisant référence à sa performance: lui, le coureur de Québec avec trois petites années d’expérience en course à sentier, qui rafle les grands honneurs au Bryce Canyon 100 miles.

«Mais un record, c’est très éphémère», ajoute-t-il immédiatement. On m’avait prévenu qu’il était modeste.

Florent Bouguin ne court pas pour les records, ni pour les podiums. Sa motivation est autre, et il considère que c’est sa force, a-t-il raconté.

La naissance d’un rêve

Florent Bouguin est né sur l’île de la Réunion, une petite île perdue dans l’océan Indien qui a comme voisine lointaine l’île de Madagascar. Il l’a quittée à 18 ans, d’abord pour aller étudier et travailler en France comme ingénieur, puis pour immigrer au Québec en 2000. Il n’était alors pas un coureur, mais toujours, il a aimé la nature et le plein air.

Au tout début de 2012, il retourne à la terre de son enfance avec sa conjointe et leurs deux jeunes enfants. Lors de son séjour, tout le monde parle de la Diagonale des Fous, ce marathon surhumain en sentier local disjoncté qui invite les participants à franchir

162 km et près de 10 000 mètres de dénivelé.

«Cette aventure est vraiment venue me chercher. C’était clair: on allait revenir tous ensemble et j’allais courir la Diagonale des Fous à l’île de la Réunion pour mes 40 ans!» s’est alors dit Florent Bouguin. Il avait moins de quatre ans devant lui.

Les premiers pas

À son retour de l’île de la Réunion, il s’inscrit à son premier 10 kilomètres en sentier. Puis il participe à un demi, toujours en sentier. L’année suivante, le 58 kilomètres du Festival Ultimate XC, suivi d’un 80 km, puis d’un 100km, et enfin des courses à étapes comme la Transmartinique jusqu’au Bryce Canyon 100.

Un cheminement qui, il l’espère, le mènera fin prêt à la Diagonale des Fous.

«J’y suis allé graduellement», dit l’athlète de Québec.

Fait qu’on ne peut nier, mais sa courbe de progression est sans contredit phénoménale. Et au-delà des distances étourdissantes qu’il a réussi à franchir, les podiums, d’abord sur des courses locales, puis sur des courses nord-américaines jusqu’à en arriver à des podiums sur des courses de renommée internationale

«Bravo papa», c’est ce que mes enfants m’ont dit après mon premier 10 kilomètres. Puis après mon demi. Et c’est la même chose aujourd’hui», partage Florent Bouguin.

«Je suis un modèle parmi d’autres. Ceux devant ou ceux derrière moi, ce sont eux aussi tous des modèles», ajoute-t-il.

La petite famille de Florent Bouguin est adepte de plein air. Il n’est pas question pour l’athlète de limiter ces expéditions familiales sous prétexte de semaines d’entraînement trop chargées.
Photo courtoisie, Florent Bouguin
 
Une aventure familiale
 
Florent Bouguin court une vingtaine d’heures par semaine, qu’il doit caser parmi les demandes de sa vie professionnelle et de sa vie familiale. Les fameux sacrifices, il n’y échappe pas, mais en minimisant toujours l’impact sur sa famille.
 
«Ne m’appelez pas entre 18 h et 19 h: je suis dans le jus!» lance-t-il en riant, faisant référence à la préparation des repas et aux devoirs. 
 
Autre fait rafraîchissant: il ne voit pas les obligations familiales comme des contraintes. Plutôt, il saisit les opportunités. «On aime beaucoup le canot en famille. On laisse la voiture quelque part, on fait notre descente de canot, puis c’est moi qui pars à la course chercher la voiture pendant que les enfants s’amusent au campement», donne en exemple l’adepte de plein air.
 
Sa famille était là il y a 4 ans, à la naissance de son rêve à l’île de la Réunion. Elle est là chaque jour.
 
« Il faut une source de motivation énorme pour toute la discipline et l’entraînement requis pour bien faire les choses vers mon objectif. Ma source de motivation ne pourrait être plus grande: c’est ma famille. La Diagonale des fous, c’est une aventure familiale », partage Florent Bouguin.
 
Il arrivera à la fin de la quête de son Graal à l’île de la Réunion cet automne. Quand je lui demande ce qu’il compte faire après la Diagonale des Fous, et s’il continuera à s’investir autant dans les ultramarathons en sentier, il hésite. 
 
« Je veux en parler d’abord avec ma famille... » dit-il.