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Pantalon camouflage: Au tour des infirmières de Pierre-le Gardeur

Elles arborent ce pantalon depuis hier pour protester contre une hausse du ratio de patients

camouflage
Photo le Journal de Montréal, Héloïse Archambault Les infirmières Marie-Josée Leblanc et Josée Wisley, qui comptent plus de 15 ans d’expérience, n’ont jamais vu un ras-le-bol aussi généralisé dans l’hôpital.

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Exaspérées par un surplus de travail, les infirmières de l’urgence de l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, portent maintenant le pantalon de camouflage en signe de protestation.

Après les policiers, c’est au tour des infirmières de manifester leur mécontentement à l’encontre du gouvernement.

« Que le début »

«Ce n’est que le début, croit l’infirmière Stéphanie Guertin, qui compte 15 ans d’expérience. On veut être entendues et on croit que la population nous appuie.»

«On ne fait pas ça pour nos fonds de pension, mais pour pouvoir bien soigner les gens», ajoute son collègue, qui a requis l’anonymat.

Depuis hier, les infirmières et infirmières auxiliaires de l’urgence arborent un pantalon de camouflage (vert, rose ou mauve) ainsi qu’un chandail aux couleurs de leur syndicat. Selon nos informations, c’est jusqu’ici le seul hôpital où une telle initiative a été prise.

Les infirmières doivent normalement respecter un code vestimentaire, mais le ras-le-bol généralisé a atteint sa limite.

La goutte de trop pour elles a été la décision de la direction, la semaine dernière, d’augmenter le ratio de patients par infirmière de cinq à six, à l’urgence (+20 %).

Hier midi, un rassemblement a eu lieu devant l’hôpital pour protester. Plusieurs ont dit au Journal qu’elles s’inquiètent de la qualité des soins offerts.

«Ça suffit», ont répété plusieurs, visiblement à bout de nerfs.

Une infirmière expliquait que ce ratio donne 10 minutes par heure, par patient, ce qui est insuffisant.

«Je n’ai pas le temps de leur demander comment ça va!» rage-t-elle.

« Dans une jungle »

Voilà plusieurs années que cet hôpital déborde, et qu’un agrandissement est envisagé.

En 2014-2015, l’hôpital a enregistré la pire durée moyenne de séjour sur civière au Québec, à plus de 27 heures. Le taux d’achalandage moyen était de 181 %, et dépassait souvent 200 %.

«On est le pire hôpital, il y a des problèmes partout! Mais la direction fait des économies de bouts de chandelle en augmentant le ratio! dénonce Stéphane Cormier, président du syndicat local, affilié à la Fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ). C’est assez. On est dans une jungle.»

Avec ce nouvel uniforme, les infirmières espèrent forcer la direction à s’asseoir pour trouver une solution à l’urgence.

«On n’accepte pas ce fardeau de plus, il faut trouver un autre moyen», dit M. Cormier.

Brèves

Hôpital Pierre-Le Gardeur

Un agrandissement qui se fait attendre

Sylvain cormier, Président syndical local des infirmières
Photo Le Journal de Montréal, Héloïse Archambault Sylvain cormier, Président syndical local des infirmières

Voilà plusieurs années que l’agrandissement de l’hôpital Pierre-Le Gardeur se fait attendre, au grand désespoir des infirmières.

«On nous promet des nouveaux lits depuis 2010, dénonce Sylvain Cormier. Les partis politiques ont fait je ne sais plus combien de promesses électorales sur cet agrandissement-là, mais ça ne finit jamais par aboutir.»

Un projet qui date

Ouvert en 2004 au coût de 185 millions $, l’hôpital de Terrebonne est en situation de débordement depuis plusieurs années. Il y a actuellement 283 lits.

En 2010, la direction générale avouait que la croissance démographique avait été trois fois plus élevée que les projections.

En 2013, l’annonce de l’agrandissement dès 2017 prévoyait l’ajout de 146 lits, pour un total de 150 millions $.

Hier, il a été impossible d’avoir plus de détails auprès de la Société québécoise des infrastructures au sujet de l’agrandissement.

Dans un rapport récent, le ministère de la Santé indique que l’encombrement à l’urgence est dû en partie à un manque de lits de courte durée, à l’accroissement de la population et à un nombre élevé de patients (surtout âgés) en fin de soins actifs qui attendent un transfert.

«Tout est congestionné sur les étages, donc on n’a pas le choix de garder les patients à l’urgence, explique M. Cormier. On vit l’enfer à l’urgence, ça refoule partout.»

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