/misc
Navigation

L’autre visage du «désastre» de la Santé

Boc santé chirurgie médecins

Coup d'oeil sur cet article

Alors que le gouvernement annonce que le Dossier santé Québec (DSQ) coûtera 540 M$ et sera presque achevé dans les temps, d’autres coûts astronomiques moins connus, mais associés au projet, passent sous le radar.

Si le projet respecte les coûts et échéanciers, pourquoi même le ministre Gaétan Barrette l’a qualifié de «désastre» ? C’est en raison de plusieurs coûts et problèmes rattachés au DSQ. En voici quelques-uns.

D’abord, les contribuables paieront 1,06 milliard de dollars cette année pour les dépenses informatiques dans réseau de la Santé et de l’Assurance maladie. C’est un nouveau record, a constaté notre Bureau d’enquête en épluchant les budgets alloués. L’an dernier, c’était près de 150 M$ de moins. En 2005, c’était trois fois moins.

Pourquoi ce record ? « C’est l’accélération du déploiement des composantes du DSQ et des déboursés qui l’accompagnent qui expliquent l’essentiel de cette croissance» des coûts, nous explique l’attachée de presse du ministre Barrette.

Ensuite, il faut comprendre que même si le DSQ va effectivement bon train, c’est bien différent du côté d’un bien plus grand et important projet, soit l’Informatisation de la Santé québécoise. Cette différence, peu de gens ne la connaissent, mais elle est drôlement importante.

L'importante distinction

Même les politiciens confondent régulièrement le DSQ avec ce projet. Le vrai projet qui, un jour, pourrait permettre faire circuler les données des patients partout au Québec, c’est ce que le gouvernement appelle au plan administratif, l’Informatisation de la Santé.

Le DSQ n’est qu’une composante de ce grand projet. Ce projet, c’est l’autoroute informatique. Toutes les voitures (données médicales) doivent s’y rendre sur cette autoroute. C’est ce qui permettra le grand projet d’informatisation.

Pour l’instant, la majorité des médecins ne se sont pas «informatisés» et n’acheminent pas les données. Le DSQ n’a donc pas une pleine efficacité. Le DSQ n’est branché que pour une partie des données.

Ce grand projet d’informatisation de la santé était prévu pour 2011, au coût de 547 M$. Québec prévoit l’achever plutôt en...2021. Le coût révisé a été de 1,4 G$. Mais des «frais connexes» de 225 M$ ont dû s’ajouter. La facture franchira donc 1,6 G$. Soit, trois fois plus que prévu.

Ces grands projets en santé ont souvent été dénoncés en raison de la dépendance du gouvernement auprès des firmes privées. Une ancienne dirigeante du DSQ nous a même déjà admis que des consultants privés en informatique en ont profité. Elle souhaitait un «méchant ménage» puisque des firmes privées recrutaient des fonctionnaires pour les refiler au double du salaire comme consultants. Mais peu de temps après, elle a engagé un ancien cadre retraité pour le placer à titre de consultant privé afin de l’épauler personnellement.

Soulignons que seulement 6 % des 540 M$ dépensés dans le DSQ ont servi à payer des fonctionnaires, nous a confirmé le ministère après une demande d’accès à l’information. La grande majorité des coûts ont été versés aux firmes informatiques pour, surtout, des services-conseils, et des infrastructures.

Le père de l’Assurance maladie, Claude Castonguay, qui a étudié les finances dans le réseau de la Santé et dans le DSQ en 2008, réclame même une enquête sur le DSQ.

Le professeur de l’Université de Montréal, Claude Sicotte, a finalement, quant à lui,récemment publié une étude à l’effet que le DSQ n’est pas assez bien adapté aux pratiques médicales, ce qui force les médecins et les pharmaciens à faire tout de même beaucoup de travail à la mitaine.