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Avortement et neutralité religieuse

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Revenons sur le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État, si vous le voulez bien — la version « Kool Aid » du rapport Taylor-Bouchard qu’a présenté le gouvernement Couillard, la semaine dernière.

Revenons sur le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État, si vous le voulez bien — la version « Kool Aid » du rapport Taylor-Bouchard qu’a présenté le gouvernement Couillard, la semaine dernière.

Alain Pronkin, spécialiste bien connu des religions, me faisait remarquer une chose intéressante concernant ce projet de loi édulcoré.

CONTRE LE CODE DE DÉONTOLOGIE ?

Dans l’article 6 de la section 2 du projet de loi, on stipule que «le devoir de neutralité religieuse ne peut avoir pour effet d’empêcher un professionnel de la santé de ne pas recommander ou de ne pas fournir des services professionnels en raison de ses convictions personnelles... »

En clair, ça veut dire qu’un médecin ou une infirmière qui est contre l’avortement peut, suivant sa conscience, refuser d’indiquer à une patiente où elle peut s’adresser pour un avortement.

Ça ne vous fait pas tiquer, vous ?

Pourtant, voici ce que stipule l’article 24 du Code de déontologie des médecins du Québec...

« Le médecin doit informer son patient de ses convictions personnelles qui peuvent l’empêcher de lui recommander ou de lui fournir des services professionnels qui pourraient être appropriés, et l’aviser des conséquences possibles de l’absence de tels services professionnels.

« Le médecin doit alors offrir au patient de l’aider dans la recherche d’un autre médecin. »

Suis-je seul à voir une contradiction flagrante entre le projet de loi 62 et le Code de déontologie des médecins du Québec ?

QU’EST-CE QU’UN DISCOURS HAINEUX ?

Autre remarque — concernant cette fois le projet de loi 59, visant à lutter contre la radicalisation, les mariages forcés, les crimes d’honneur et les discours haineux.

C’est la Commission des droits de la personne du Québec qui décidera maintenant si un discours est haineux ou pas.

Or, comme l’ont fait remarquer plusieurs commentateurs (dont ma collègue et amie Lise Ravary), cet organisme a une vision particulièrement large de ce qui peut être considéré comme un discours haineux.

Va-t-on se mettre à viser tous ceux qui critiquent les religions ? À traiter d’islamophobes tous ceux qui s’attaquent (avec raison) à l’islamisme ?

Sera-t-il dorénavant interdit de critiquer la Bible ou le Coran ? De dire qu’on trouve stupide et irresponsable le fait d’obliger des enfants à jeûner ?

Et que dire des caricatures de Mahomet. Va-t-on les censurer sous prétexte qu’elles attisent la haine envers un groupe particulier ?

INQUIÉTANT

Qui sait ? Si la Commission des droits de la personne se met à fesser sur tout ce qui bouge, les médias vont peut-être commencer à prendre peur.

Ils vont dire à leurs chroniqueurs d’y aller mollo avec leur critique de la religion pour ne pas se faire blâmer en public.

Tout le monde va se mettre à marcher sur des œufs. Plus de gags sur l’Église catholique, sur l’Islam, sur la religion juive...

Le code criminel interdit déjà les discours qui incitent à la violence. Était-on obligé d’en rajouter une couche ?

Et fallait-il demander à un organisme réputé pour sa tendance à voir du racisme partout de devenir le nouveau shérif de la liberté d’expression ?

Moi, ça m’inquiète.

Comme l’écrivait fort justement Lise Ravary, les islamistes vont-ils utiliser cette nouvelle loi pour faire taire leurs critiques ?