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Le bordel informatique à Montréal en 5 extraits

Jacques Bergeron
Photo Agence QMI / Archives

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Le vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, a déposé un rapport annuel peu élogieux envers la direction informatique de la Ville. Une «shop informatique de bas niveau», selon lui.

Une très grande partie de son rapport de 615 pages concerne les technologies de l’information de la Ville.

Le service informatique de la Ville de Montréal dépense annuellement 70 M$, en plus d’investir 240 M$ dans ses plans d’immobilisation en technologie.

Voici, en 5 sections du rapport, pourquoi la situation est préoccupante à Montréal :


1.    Le VG juge que Montréal n’applique pas suffisamment ses recommandations
«Nos travaux de suivi révèlent que certaines unités d’affaires ne considèrent pas avec toute l’attention nécessaire les recommandations qui leur sont adressées».

Le VG estime «raisonnable» que 90 % de ses recommandations en technologie de l’information aient été réglées à l’intérieur de deux ans. Il a constaté que ses recommandations d’il y a deux ans ont été réglées à 65 %. Il évalue aussi «raisonnable» que 70 % de ses recommandations aient été réglée à l’intérieur d’un an. Le pourcentage observé est de 44 %. 18 % des recommandations de son dernier rapport (2013) «n’ont fait l’objet d’aucun suivi». Ainsi, bien que le VG soit hautement préoccupé par la gestion informatique à la Ville, une bonne partie de ses recommandations sont tout simplement laissées de côté par Montréal.



2.    Déficiences en sécurité informatique
Après des tests d’intrusion, le VG souligne avoir «constaté» des «déficiences» sur le plan de la sécurité informatique. Évidemment, ces déficiences ne peuvent être relevées publiquement afin de ne pas ouvrir la porte aux pirates informatiques.


3.    Les millions des télécommunications
« (...) les éléments relatifs à l’atteinte des objectifs et au suivi des risques se font essentiellement de façon ad hoc et les instances reçoivent peu d’information à cet égard»

Cet extrait du rapport est d’autant plus préoccupant en constatant qu’il fait référence à l’importante entente de 47 M$ signée en 2008 avec Telus pour les télécommunications. Les coûts du projet global d’impartition des télécommunications, qui se terminera en 2018, exploseront de 32 M$, explique le VG. « D’autre part, nous avons constaté que le cadre financier du projet n’a toujours pas été présenté aux instances. Cette situation nous apparaît préoccupante(...)».

4.    Une stratégie TI et vite !
 
« (...) le niveau de maturité de la Ville en matière de TI se situait à 1,5 sur une échelle de 1 à 5. Ce niveau de maturité se caractérise par une orientation plus réactive que stratégique».
Le VG explique que Montréal doit se doter d’une véritable stratégie de gouvernance en TI.Il résume pourquoi:
- «structure d’affaires en silos, des processus plus ou moins formels, une gestion des compétences embryonnaire ainsi qu’une architecture d’entreprise hétérogène et non intégrée.»
-« la structure organisationnelle et les processus de gestion en place ne peuvent assurer une contribution suffisamment efficace et efficiente des TI à la mission, aux stratégies et aux objectifs de la Ville.
- « au moment où les instances désirent resserrer le cadre budgétaire de la Ville tout en misant sur la contribution stratégique des TI, nous estimons que les déficiences du cadre de gouvernance entraînent des risques importants :

  • -« les ressources disponibles ne soient pas allouées aux projets ayant la plus grande contribution aux orientations stratégiques de la Ville»
  • - «les dépenses d’exploitation et de maintenance des TI grèvent les ressources qui pourraient être affectées à des activités plus contributives et proactives»
  • -«la Ville ne puisse tirer suffisamment profit des innovations technologiques qui permettraient d’améliorer les services aux citoyens de façon plus efficace et efficiente»
  • -«les compétences TI ne (sont) pas en adéquation avec les besoins à venir, ce qui pourrait créer une dépendance accrue aux firmes externes»
  • -«les instances ne soient pas suffisamment informées des risques TI auxquels la Ville est exposée et qu’elles soient confrontées à des situations de crise.»


5. La lumière sur le Technoparc  

«L’audit effectué a permis de soulever plusieurs questionnements au regard des pratiques de gestion en vigueur au sein de Technoparc Montréal, tant en matière de saines pratiques de gouvernance que sur le plan opérationnel»

Le Technoparc est un OSBL qui reçoit une exemption de taxe et 2,6 M$ chaque année par la Ville. L’organisme appuie le développement des compagnies technologies et encourage l’innovation sur l’ensemble de l’île de Montréal.
Mais le VG constate plusieurs problèmes au terme de son audit :

  • - «il est difficile d’établir le lien entre les efforts consentis par ce dernier et les résultats réels obtenus, car, d’une part, le contrat de gestion conclu entre les parties est muet en ce qui concerne les cibles de performance et les indicateurs qui pourraient être utilisés pour évaluer l’atteinte des retombées escomptées en matière de développement économique».
  • - «il ne semble pas exister une coordination et une synergie parfaites des interventions menées par le Service du développement économique lui-même et par les divers autres intervenants du milieu qui participent également au développement scientifique et technologique sur le territoire montréalais»
  • - «l’adoption par Technoparc Montréal d’un cadre de gouvernance digne de mention, une politique de gouvernance, un code d’éthique et de déontologie, l’instauration d’une structure prévoyant l’intervention de trois comités de surveillance distincts), alors que les règles de conduite ou de fonctionnement qui y sont stipulées ne sont pas nécessairement mises en application de la part même des administrateurs qui les ont instaurées.
  • -un manque de rigueur dans la documentation des décisions prises, ce qui ne permet pas toujours de valider le bien-fondé de certains faits.
  • -l’absence d’encadrements administratifs formellement approuvés par le conseil d’administration concernant, entre autres, les dépenses de fonctionnement et les faiblesses constatées du contrôle interne.
  • -un processus de reddition de comptes incomplet, alors qu’il est difficile d’établir le lien entre le plan stratégique, les plans d’action et les rapports d’activités produits.

Puisque Technoparc Montréal «est largement subventionné par la Ville et que sa survie en dépend, écrit le VG, il pourrait être légitime de s’interroger sur les raisons pouvant justifier que les fonds publics municipaux ne sont pas assujettis à la même rigueur (...) que ceux utilisés directement par les différents services municipaux».