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Le souverainisme victimaire

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Mon dernier billet sur la grande ferveur du fédéralisme de Philippe Couillard m’a valu des commentaires nombreux qui m’ont donné envie d’écrire la suite. Ce qu’on pourrait appeler une lecture critique de la rhétorique souverainiste.
 
Les souverainistes ont décidé de mettre la promotion de l’option à l’avant-plan de leur action politique. Je les invite à voir dans ces observations des éléments de réflexion pouvant servir à  moderniser un discours qui en a grand besoin.
 
Je rappelle ce paragraphe de mon billet précédent comme point de départ : « Le Québec est une sorte de miracle de l’histoire politique. Notre peuple a su par-delà les ans et les événements faire échec à la loi du nombre pendant des siècles pour bâtir en terre d’Amérique une société francophone qui compte parmi les plus prospères. Il n’y a pas beaucoup d’équivalents d’une telle opiniâtreté dans le monde. »
 
Malgré ce constat, les souverainistes évoluent dans un univers assombri. Ils voient le Québec menacé, attaqué même. Ils voient notre société, comme la proie d’une sorte de conspiration anti-Québec qui sévirait dans le reste du Canada. Le Québec comme la brebis d’un pays de loups.
 
Ils vont citer pour preuves des décisions qui paraissent inéquitables, comme le fait que la marine canadienne ait ignoré le chantier maritime Davie dans l’octroi de ses derniers contrats. Ils vont s’outrager que les impôts fédéraux des Québécois puissent servir à financer des ouvrages au Yukon, comme si les Yukonnais ne contribuaient pas d’une part semblable de leurs ressources à des travaux d’infrastructures fédéraux réalisés au Québec. Ils prétendent que le Québec est saigné économiquement par le Canada. À les entendre, le Canada est une sorte de goulag, même si c’est la fédération la plus décentralisée au monde et que le Québec dispose de pouvoirs qui feraient pâlir d’envie les Catalans et les Écossais.
 
Pour eux, le Canada menace la culture québécoise, à commencer par la langue. L’affirmation est pour le moins contestable. La première menace réelle à la langue française, c’est nous-mêmes. Nous la massacrons. Nous la parlons mal, nous l’enseignons mal et nous avons sabré dans les services de francisation des immigrants. En outre, l’un des principaux outils de promotion de la langue française est une société fédérale, Radio-Canada. À moins de vouloir couper les signaux télé et internet et interdire la vente des jeux vidéo, les souverainistes auront peu d’effet sur la réalité continentale qui fait du Québec une île francophone dans un océan anglophone.
 
Si plusieurs ont reproché à Philippe Couillard sa déclaration à l’effet que l’enseignement de l’histoire occultait la contribution de tisseurs de liens comme Lafontaine et Baldwin, les souverainistes ont quant à eux fait une habitude de la lecture partiale de l’histoire.
 
Ils réfèrent inlassablement à la répression des Patriotes et au Rapport Durham qui l’a suivie et qui préconisait l’assimilation des Canadiens français. Ces faits douloureux sont incontestables. Mais dans leur inclination à dépeindre les Anglais comme de vils persécuteurs, les souverainistes prêtent à l’excès à la France le bon rôle de la mère-patrie toujours bienveillante. Or, la France s’est totalement désintéressée du Québec pendant plus d’un siècle après avoir préféré le rhum des Antilles aux fourrures du Nord. C’est ce qu’on appelle « le grand silence » dans les relations France-Québec. La riche amitié d’aujourd’hui entre la France et le Québec n’a pas toujours été.
 
Il serait probablement correct de dire qu’à une époque où les minorités n’étaient promises à aucun autre destin que l’assimilation, les Anglais n’ont pas été pires tourmenteurs de nos ancêtres que ne l’ont été les Français en d’autres contrées. Les douleurs de la décolonisation française nous en fournissent un indice.
 
Si les souverainistes voulaient rallier plus largement les Québécois, ils devraient impérativement purger leur discours de cette logique victimaire qui est pour l’heure l’assise principale de leur rhétorique et qui ne correspond pas à la réalité du Québec. Les Québécois ne se conçoivent pas comme des victimes.
 
Les souverainistes devraient faire leurs devoirs et trouver réponses à quelques questions embarrassantes. Par exemple : si leur projet implique la divisibilité du territoire canadien au nom de quel principe juridique devrait-il impliquer l’intégralité du territoire québécois, surtout lorsqu’on considère que les Premières Nations ont des revendications sur la majeure partie de ce territoire?
 
Pour les souverainistes, le rapatriement unilatéral de la constitution en 1982 et le refus du Canada de reconnaître constitutionnellement la spécificité du Québec sont des affronts innommables. Nul doute qu’un pays se construit sur des symboles et que celui-là est lourd. C’est un peu le vice caché de la maison canadienne. Qu’attendent-ils alors pour mettre au défi les leaders fédéralistes d’exiger réparation?
 
Pour les souverainistes enfin, le seul fait que le Québec soit une nation appelle le pays par voie de conséquence, comme si c’était une vision rabougrie de son destin que de concevoir l’avenir en association avec d’autres nations. L’affirmation me semble pour le moins fragile, le concept d’État-nation semblant s’empoussiérer à l’heure, par exemple, où l’Europe se fédère.
 
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