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La réforme : prise 2

Martin Coiteux admet que le gouvernement a opéré une gestion floue et passe à l’action

Martin Coiteux a précisé ce qu’il entendait par son grand coup de barre, hier, en dévoilant sa réforme de la gestion en informatique.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés Martin Coiteux a précisé ce qu’il entendait par son grand coup de barre, hier, en dévoilant sa réforme de la gestion en informatique.

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QUÉBEC | En lançant que le «ménage est commencé» avec sa réforme informatique, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a aussi dû admettre que les efforts de son gouvernement, depuis des années, ont fait chou blanc.

Tel que révélé dans notre édition de vendredi, le ministre Coiteux a annoncé sa réforme informatique vendredi.

En 2010, la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, du PLQ, annonçait aussi une grande réforme informatique. Le plan devait permettre d’économiser, par année, 200 M$ à compter de 2014. La réforme s’est avérée plutôt infructueuse et les dépenses informatiques ont plutôt grimpé de 170 M$, a-t-on évalué en épluchant les dépenses.

Bombardé par les journalistes à savoir si son nouveau coup de barre confirmait l’échec du passé, Martin Coiteux a pesé ses mots en martelant qu’il voulait s’occuper de l’avenir et tourner la page sur le passé qu’il «ne trouve pas drôle».

Le premier «coup de barre a été très important, mais il a été insuffisant», a-t-il reconnu, sans prendre de détours pour présenter certains problèmes qui ont persisté:

– «Dépendance du gouvernement» aux firmes privées.

– Le recours au privé est «devenu un choix systématique et trop couteux.»

– «Chacun fait sa petite affaire dans son coin et on attend à la fin de l’année combien d’argent a été dépensé.»

– «Il n’y a pas de directives claires.»

– «Les budgets arrivaient en début de l’année et la justification à la fin, ça ne marchera plus comme ça.»

– «On réinvente la roue dans plusieurs ministères au lieu de mettre des choses en commun.»

– «Manque de contrôle et gouvernance trop floue.»

Un changement important demeure cette «centralisation» de la gestion informatique avec la création d’une «enveloppe centrale» des dépenses et d’un «comité de gouvernance». M. Coiteux en avait marre de constater que des ministères faisaient les mêmes efforts, mais chacun de leur côté. Il faut arrêter ces «duplications coûteuses», peste-t-il.

Moins de cadres

Québec démettra donc la majorité des patrons informatiques de chaque ministère et organisme. Ils passeront d’une centaine à une trentaine.

Ceux qui resteront siègeront à ce «comité de gouvernance» et assureront un suivi pour les grands projets. Les autres seront relocalisés.

Pourquoi cette fois-ci serait-elle la bonne?

«On attaque le problème sous tous les angles», réplique le ministre, exprimant que sa réforme est plus élaborée que tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant.

Centaines de M$

Il a refusé de se mouiller pour chiffrer les économies anticipées.

Il parle de «centaines de millions de dollars» sans préciser sur quelle période. Les efforts rattachés à cette réforme dureront au moins trois ans.

Québec veut rebâtir son expertise interne, mais M. Coiteux n’a pas voulu se prononcer sur la possibilité d’augmenter les salaires des informaticiens de l’État afin d’être plus concurrentiel avec le privé, ce qui est inévitable selon plusieurs intervenants dans le milieu.

Des airs de déjà-vu

Réforme 2010

Dans les ministères et organismes, « chacun faisait un peu sa petite affaire »

– Michelle Courchesne, citée dans La Presse.

Réforme 2015

« Chacun fait sa petite affaire dans son coin »

– Martin Coiteux

Réforme 2010

« On s’est inspiré de la politique-cadre sur les infrastructures »

– Michelle Courchesne

Réforme 2015

« La gestion centralisée [...] sera désormais exercée de façon comparable aux pratiques adoptées en matière d’infrastructure »

– Martin Coiteux

Réforme 2010

« Il faut renforcer notre expertise et notre savoir-faire »

– Michelle Courchesne

 

Réforme 2015

« Il importe que le gouvernement maintienne et renforce le savoir-faire [...] Le gouvernement se fixe [l’objectif de] rehausser l’expertise à l’interne »

– Martin Coiteux

Ce qu'ils ont dit

« On est tous pour la vertu, mais attendons de voir comment ces mesures seront appliquées »

– Alain Therrien, PQ

« Les consultants externes ne se bousculeront pas aux portes de l’appareil d’État (pour devenir fonctionnaires) si le gouvernement leur offre un traitement moindre »

– Richard Perron, SPGQ

« Il (Martin Coiteux) a choisi de créer des entités qui serviront de béquilles aux services actuels »

– Éric Caire, CAQ, qui réclame une commission d’enquête.