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Mongol !

Mongol !

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Certaines querelles sont tellement absurdes qu’on a comme premier réflexe de s’en détourner. À raison quelquefois. Il vaut mieux alors ne pas se jeter dans la cohue. Mais à tort, bien souvent. Derrière l’absurdité se cache souvent un phénomène de société. La querelle entourant l’usage du mot «mongol» se classe dans la seconde catégorie. Je la résume pour ceux qui auraient eu le bonheur d’y échapper. Un chroniqueur vaguement humoristique de l’émission La soirée est encore jeune a qualifié les gens de Québec de mongols. Un animateur de radio de Québec l’a mal pris et a y a vu le signe de la condescendance montréalaise pour les gens de Québec. Puis le maire Labeaume s’est choqué et a traité Jean-Sébastien Girard de mongol lui-même. Pour l’instant, on dirait une querelle d’adolescents attardés qui s’insultent. On aurait pu n’en dire rien de plus.

Mais il fallait que l’époque s’en mêle. Et c’est à travers la Société de la trisomie-21 qu’elle a parlé. Elle était très choquée et a décrété une nouvelle règle: il ne faudrait plus dire le mot mongol parce qu’il serait vexant pour les trisomiques. On ne rit pas de la déficience intellectuelle. Par respect pour la souffrance des trisomiques et de ceux qui les accompagnent dans la vie, il faudrait proscrire ce terme de la vie publique : il serait vexatoire et discriminatoire. Il s’ajoutera à tous les autres qui sont désormais censurés. Je devine qu'un jour, on rédigera le dictionnaire des mots proscrits. D'une année à l'autre, il deviendra de plus en plus épais. Et les surveillants du nouvel ordre linguistique seront là pour nous reprendre si nous transgressons les interdits! Tut tut ! On ne dit pas de gros mots en public !

Officiellement, on veut discipliner le vocabulaire, le réguler, pour le rendre le plus inclusif possible. Dans les faits, on le condamne à l’assèchement en le soumettant à une forme de surveillance idéologique. C’est la novlangue postmoderne. Les mots sont enfermés dans un seul sens et il sera interdit de jouer avec eux. La polysémie est condamnée: ne risque-t-elle pas de semer de l’ambiguïté dans un monde qu’on veut de plus en plus transparent? Les images fortes ne seront plus les bienvenues, le détournement de sens sera congédié et l’humour passera à la trappe. Devra-t-on expurger les textes qui comporteraient ainsi quelques mots qui ne sont plus à la mode idéologique? On prétend ainsi purifier le langage. En fait, on l’appauvrit. Faut-il en conclure que dès qu’une association prétendant parler au nom d’un groupe se sentira vexée par un mot, elle n’aura qu’à aller se plaindre dans les médias et que le mot sautera?

Quelle sera la suite? D’un enragé idéologique, puis-je dire que c’est un fou furieux sans avoir sur le dos l’association des malades mentaux d’ici ou d’ailleurs? Puis-je avoir encore une tête de turc sans avoir contre moi je ne sais quelle association des turcs de Montréal? Puis-je parler d’un cadeau de grec lorsqu’on me fait un cadeau empoisonné sans vexer la communauté grecque dans son ensemble? Et les blagues de newfies ou de belges, elles sont encore autorisées, ou il faut leur trouver un nouveau nom pour ne pas insulter les Terre-neuviens ou les Belges? Pourrai-je qualifier un philosophe sans génie de nain intellectuel sans avoir sur le dos deux secondes plus tard l’association des nains du Québec?

Nous fabriquons une société drabe, beige, ennuyante, où les petits flics de tous les camps, ceux qui dégoulinent de vertu et se croient à l'avant-garde de l'humanité, pourront prendre la pose victimaire dès qu'ils le voudront et exiger qu’on multiplie les interdictions linguistiques. Elle est belle, notre société libérée.