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Produit toxique dans des jouets

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Des hochets et des poupées pourtant approuvés par Santé Canada contiennent un plastifiant toxique potentiellement dangereux pour la santé des bébés, selon des scientifiques montréalais.

Après des années de recherche sur le DINCH, un plastifiant utilisé comme alternative aux phtalates toxiques, l’équipe de l’Institut de recherche du CUSM est formelle: «Le DINCH n’est peut-être pas aussi sécuritaire qu’on le prétend», prévient le Dr Vassilios Papadopoulos, professeur de médecine à l’Université McGill

Le DINCH est utilisé dans les plastiques pour rendre le matériau mou et souple, par exemple dans les anneaux de dentition pour bébé.

Lancé sur le marché en 2002, ce plastifiant s’est imposé comme alternative aux phtalates, dont l’usage est très strictement limité dans les produits pour enfants au Canada depuis 2010.

Santé Canada indique que «certains phtalates peuvent causer des anomalies de la reproduction et du développement chez les jeunes enfants qui sucent ou mâchouillent des produits en vinyle souple».

Dr Vassilios Papadopoulos, professeur de médecine à l’Université McGill.
Photo courtoisie
Dr Vassilios Papadopoulos, professeur de médecine à l’Université McGill.

Humanité stérile

Or, l’équipe montréalaise a découvert qu’un des métabolites du DINCH, le MINCH, perturbe la fabrication des graisses. Ils craignent qu’en plus ce produit modifie le système hormonal, tout comme les phtalates, le bisphénol A ou les parabens. Le MINCH pourrait donc être un perturbateur endocrinien.

Les perturbateurs endocriniens (voir autre texte) sont montrés du doigt depuis des années par les scientifiques. Ils les mettent en cause, notamment, dans l’augmentation du nombre de cancers du sein, des testicules et de la prostate, ou encore dans la baisse de la fertilité.

«C’est effrayant. Certains pensent que ce pourrait être le début de l’extinction de l’humanité», s’inquiétait le Dr Peter Chan, chirurgien urologue à l'Hôpital Royal Victoria, lors d’une conférence il y a quelques jours.

Première étude indépendante

Le fabricant du DINCH, BASF assure que «ce produit est un des plastifiants les plus analysés». «À elle seule, BASF a consacré 5 millions d’euros à des études toxicologiques généralement nettement plus approfondies que celles exigées par les autorités», se défend l’entreprise sur son site web.

Mais le Dr Papadopoulos souligne qu’il n’existait aucune étude indépendante revue par les pairs, avant la publication de l’article que signe son équipe dans la revue scientifique Environmental Research.

Selon le scientifique, il est encore trop tôt pour réclamer le bannissement du DINCH. Néanmoins, insiste-t-il, des recherches supplémentaires sur ce produit s’imposent, et vite, car notre exposition à ces produits est constante.

Le problème, c’est que «nous n’avons pas de régulation disant «vous devez tester la sécurité des produits chimiques avant de les utiliser». La législation est très serrée pour les pharmaceutiques, mais pas pour les produits chimiques», explique le Dr Bernard Robaire, directeur du Groupe de recherche sur les plastifiants des Instituts de recherche en santé du Canada.

Le plastifiant DINCH a été lancé sur le marché en 2002

On le retrouve notamment dans

Conseils pour réduire l’exposition aux plastifiants:

  • Privilégier les contenants en verre plutôt qu’en plastique
  • Passer l’aspirateur régulièrement pour éliminer les poussières toxiques
  • Aérer et éviter les désodorisants d’intérieur
  • Surveiller les listes d’ingrédients des cosmétiques et produits d’hygiène
  • Vérifier les étiquettes des jouets et les produits destinés aux enfants et contacter les fabricants en cas de doute

Source: Société canadienne du cancer

Plastifiants omniprésents

Depuis 30 ans, les plastifiants ont littéralement «changé notre vie», indique le Dr Vassilios Papadopoulos, professeur de médecine à l’Université McGill. «On ne peut plus s’en passer», souffle-t-il.

«Ils sont cachés un peu partout», même dans l’odeur de voiture neuve, complète le Dr Bernard Robaire, directeur du Groupe de recherche sur les plastifiants des Instituts de recherche en santé du Canada.

De fait, il est quasiment impossible d’éviter ces produits. «On est exposé à ça toute notre vie, y compris dans la phase fœtale, au point qu’on retrouve des phtalates dans les cordons ombilicaux», déplore le Dr Papadopoulos.