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Les chouchous de M. Coderre

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Rarement a-t-on déjà vu le maire d’une ville monopoliser l’espace médiatique autant que le maire de Montréal, Denis Coderre. Toujours à l’affût des projecteurs, des tapis rouges et des micros, il est de toutes les occasions.

Rarement a-t-on déjà vu le maire d’une ville monopoliser l’espace médiatique autant que le maire de Montréal, Denis Coderre. Toujours à l’affût des projecteurs, des tapis rouges et des micros, il est de toutes les occasions.

Pour lui, toutes les raisons sont bonnes pour jeter de la poudre aux yeux en s’offrant en spectacle, quitte à sombrer quelquefois dans le grotesque. Il s’expose tant, pour ne pas dire se surexpose, qu’on pourrait se demander s’il lui reste du temps pour s’occuper des affaires municipales et réfléchir aux avenues à prendre pour redynamiser l’économie moribonde de Montréal.

À écouter le discours que le maire Coderre a prononcé jeudi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, nous pouvons être rassurés. M. Coderre réussit bel et bien à trouver du temps dans son agenda chargé pour cogiter sur l’avenir de la ville. Mais vu le fruit de ses réflexions, on pourrait presque le regretter!

Des privilégiés

Le maire Coderre a annoncé, entre autres, et le plus sérieusement du monde, qu’il projette de recourir à la discrimination positive et de réserver d’office 10 % des contrats octroyés par la Ville à des entreprises d’économie sociale ou en démarrage.

La commission Charbonneau a révélé au grand jour les stratagèmes via lesquels les entreprises du gouvernement et les municipalités octroyaient des contrats publics, et le gaspillage éhonté de fonds publics qui s’ensuivait.

À présent, plutôt que d’œuvrer pour assainir le processus d’attribution des contrats municipaux, le rendre plus efficace, et surtout rassurer les contribuables qu’ils en ont pour leurs taxes, le maire de Montréal annonce au contraire qu’il compte officiellement et légalement privilégier des entreprises bien ciblées.

M. Coderre pourrait s’astreindre à sélectionner les fournisseurs de la Ville en fonction de la qualité de leurs services, de leur rapidité d’exécution, de leur fiabilité et de leur prix compétitif, mais il préfère ne pas s’embarrasser de pareilles considérations. Dépenser intelligemment les fonds publics importe peu puisque c’est le contribuable qui paie! Dorénavant, exit le mérite. Place au favoritisme.

Ainsi, Denis Coderre propose de créer une classe d’entreprises qui n’aura besoin ni d’affronter la concurrence, ni d’optimiser son modèle d’affaires, ni d’être efficace et compétitive. Il envisage un système dans lequel le succès d’une entreprise est fonction de ses relations privilégiées avec l’État.

Or, ce type de système porte un nom. Il est communément appelé «capitalisme de connivence», bien que cette expression soit un excès de langage. Comme ce n’est pas le marché qui manipule l’État, mais bien l’inverse, il s’agit plutôt d’étatisme de connivence.

Rien de positif !

Mais la connivence, le favoritisme, les passe-droits et autres formes d’accointances n’augurent rien de valable. Quand l’État avantage un groupe, il désavantage automatiquement un autre groupe. La discrimination que Denis Coderre souhaite est préjudiciable, particulièrement pour ceux qui en font les frais. C’est notamment le cas des entreprises compétitives qui perdront des contrats faute d’appartenir au groupe des privilégiées de l’État, et des contribuables qui pourraient payer trop cher et obtenir un service inférieur.

Faut-il rappeler à M. Coderre qu’il a été élu pour gérer une ville dans le meilleur intérêt des citoyens, et non pour opérer un organisme de bienfaisance? Le favoritisme est un poison destructeur et en matière de discrimination, il devrait savoir qu’il n’y a jamais rien de positif!