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Un chef de file québécois en colère contre le Ministère

Québec a perdu 15 M$ en ne donnant aucun crédit aux concurrents de CGI, selon l’entreprise

Sandra-Lee et Whitney Richardson
Photo Jean-Nicolas Blanchet Les deux propriétaires de l’entreprise Ver-Mac, Whitney et Sandra-Lee Richardson, ont décidé de dénoncer publiquement le traitement que leur a réservé le ministère des Transports.

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Un chef de file québécois en signalisation routière remet sérieusement en question la gestion du ministère des Transports après le récent octroi du contrat de 30 M$ sans concurrence conforme à la firme CGI pour les radars photo.

Un chef de file québécois en signalisation routière remet sérieusement en question la gestion du ministère des Transports après le récent octroi du contrat de 30 M$ sans concurrence conforme à la firme CGI pour les radars photo.

C’est un «manque de gros bon sens», peste sans détour la vice-présidente de l’entreprise Ver-Mac, Sandra-Lee Richardson. Son entreprise tentait aussi d’obtenir ce contrat.

La soumission de Ver-Mac était pourtant deux fois inférieure à celle de CGI (15 M$ de moins). Mais pour un détail administratif que Mme Richardson qualifie de «mineur», leur soumission a été rejetée par le ministère des Transports (MTQ).

«Honnêtement, je pense tout simplement que les gens au Ministère étaient convaincus qu’il y avait seulement CGI qui pouvait faire le travail», déplore celle qui regrette d’avoir dépensé des milliers de dollars inutilement pour répondre à l’appel d’offres.

Québec avait lancé cet appel d’offres en 2013, mais avait dû l’annuler car seule CGI avait soumissionné.

Dans un souci de favoriser la concurrence, le gouvernement a relancé l’appel d’offres. Quatre soumissionnaires ont déposé une offre, mais Québec a jugé que seule CGI était conforme.

Leaders mondiaux

C’est ainsi que des leaders mondiaux ont été rejetés par le gouvernement.

L’octroi de ce contrat soulève des questions jusqu’à l’Assemblée nationale, puisque le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a révélé à notre Bureau d’enquête qu’il avait enclenché une vérification interne. Il attend les conclusions. Le MTQet le Centre des services partagés du Québec pilotaient l’appel d’offres.

Ver-Mac est une entreprise qui travaille avec le MTQ depuis des décennies. L’entreprise basée à Québec est un des plus importants fournisseurs d’équipements de signalisation en Amérique du Nord et en Australie. Pour l’appel d’offres, Ver-Mac s’était associé au fournisseur européen Gatso, leader mondial dans la fabrication de radars photo.

Ver-Mac a été rejeté parce qu’elle n’avait pas la licence de la Régie du bâtiment du Québec.

Mais un sous-traitant de Ver-Mac pour ce contrat, la firme Roussel Québec, a bel et bien la licence. Ce sous-traitant est même un leader québécois pour ce type de travaux.

«Non-conformité mineure»

Pour la vice-présidente, il s’agit d’une «non-conformité mineure» que Québec a «toujours la latitude d’accepter».

Accepter ces changements mineurs n’aurait pas désavantagé les concurrents, selon Mme Richardson, qui ajoute que le gouvernement «accepte souvent» ce type de changements.

Mais Québec, qui aurait peut-être économisé 15 M$ en acceptant cette «non-conformité mineure», a néanmoins rejeté Ver-Mac.

Le gouvernement lui a même mentionné que sa soumission, pour le reste, était «techniquement très forte», nous a dit Mme Richardson, qui n’a pas caché que son prix était aussi plus avantageux que la soumission gagnante.

► Début juin, un autre soumissionnaire rejeté, le Groupe Techna, a raconté à notre Bureau d’enquête avoir du mal à comprendre pourquoi il avait été disqualifié. L’entreprise montréalaise qui dessert de grandes villes américaines suggérait un prix de 13 M$ inférieur à CGI. «On est capable de remporter des contrats partout en Amérique du Nord, mais on n’est pas conformes chez nous», nous avait lancé le PDG de l’entreprise, ajoutant que c’était la première fois qu’il était jugé non conforme en cinq ans.