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Cité-de-la-Santé de Laval: feu vert aux chirurgies au privé

Les chirurgies effectuées au privé par l’hôpital de Laval depuis plusieurs années, surtout pour la cataracte, pourront continuer grâce à un accord du ministère de la Santé. Depuis cinq ans, plus de 18 000 interventions ont été faites grâce à cette entente.
Photo d’archives Les chirurgies effectuées au privé par l’hôpital de Laval depuis plusieurs années, surtout pour la cataracte, pourront continuer grâce à un accord du ministère de la Santé. Depuis cinq ans, plus de 18 000 interventions ont été faites grâce à cette entente.

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Malgré un bloc opératoire rénové et agrandi, l’hôpital de Laval a reçu le feu vert du ministère de la Santé pour renouveler son entente pour pratiquer des chirurgies au privé.

«C’est inacceptable ce genre de transfert. C’est absurde de sous-traiter au privé alors que les ressources sont là au public», déplore Dounia Kayal, membre de l’Association des médecins québécois pour un régime public.

Voilà plusieurs années que les hôpitaux Cité-de-la-Santé et Sacré-Cœur ont un statut particulier – et controversé – qui leur permet de faire opérer des patients au privé sans que ces derniers aient à débourser un sou.

Le 21 avril, le ministère de la Santé (MSSS) a autorisé l’hôpital de Laval à lancer un nouvel appel d’offres pour poursuivre ces opérations parallèles. L’actuel contrat prend fin le 30 septembre.

«Des deals en catimini»

Or, le bloc opératoire a été entièrement rénové, entre 2012 et 2014, au coût de 7,6 millions $. Les travaux ont permis l’ajout de deux nouvelles salles, pour un total de 11.

Chercheur à l’Institut de recherche en Santé publique, Damien Contandriopoulos croit que le virage au privé est risqué : «Comme payeur de taxes, on n’a pas de démonstration qu’il y a des économies. On paie des infrastructures deux fois.»

«C’est un calcul politique pour le ministère, ajoute-t-il. S’ils annulent (l’entente), une gang de médecins va hurler à mort que les patients vont attendre plus longtemps. C’est des deals en catimini, de la gestion à la petite semaine. Mais, c’est quoi le plan?»

Pas juste la cataracte

Depuis cinq ans, 18 205 interventions ont été faites au privé à Laval. Le coût annuel payé par la Cité-de-la-Santé pour ces chirurgies varie entre 1,6 million $ et 2 millions $.

Au départ, l’entente conclue avec la clinique chirurgicale de Laval concernait les chirurgies de la cataracte. Or, 620 autres chirurgies (générales, orthopédie, plastie, oto-rhino-laryngologie) ont aussi été payées l’an dernier.

Pour ces autres chirurgies mineures, la direction de la Cité répond que l’objectif était de désengorger le bloc opératoire, et de compenser durant les travaux de rénovation.

L’hôpital a refusé d’accorder une entrevue. On a aussi refusé de nous transmettre une copie du contrat avec la clinique privée. «Nous sommes actuellement en démarche pour lancer un nouvel appel d’offres public et cela pourrait nuire au processus», a-t-on répondu.

Il est donc impossible d’établir si le coût unitaire est comparable au public et au privé. Aussi, il n’y a pas de minimum ou de maximum de chirurgies prévu chaque année.

Et Rockland?

D’autre part, l’hôpital Sacré-Cœur ne pouvait pas confirmer jeudi dernier si l’entente avec la clinique Rockland MD serait reconduite ou pas. Dans ce cas précis, une analyse du MSSS concluait récemment que le coût unitaire d’opération est similaire entre le privé et le public.

Le ministre de la Santé Dr Barrette n’a pas retourné nos demandes d’entrevues.

Selon les données du MSSS, le délai moyen pour une chirurgie de la cataracte à Laval l’an dernier était de six semaines.

Un système qui réduit l’attente

Les ententes avec les cliniques privées comme à Laval et Sacré-Cœur devraient être multipliées, croient des observateurs.

«C’est un système équitable qui désengorge les listes d’attente. Les patients sont contents et ils n’ont pas à sortir leur carte de crédit», dit Yanick Labrie, chercheur spécialiste de la Santé à l’Institut économique de Montréal.

«C’est le meilleur des deux mondes», ajoute-t-il.

Du côté du Conseil de la protection des malades, on tient un discours similaire.

«Tant qu’à faire attendre un patient sur une liste d’attente, allons-y!, réagit le président Paul Brunet. Tant que le système public ne fera pas le travail, faisons-le faire par le privé.»

Tabou

D’ailleurs, M. Labrie ne comprend pas la réticence du gouvernement à multiplier ces ententes ailleurs.

«Ils ont l’impression que ça leur fait mauvaise presse. Mais, au contraire, les Québécois sont favorables à un rôle accru du privé dans les soins. Les riches ne passent pas plus vite, l’argent vient du public», rappelle-t-il.

«Les ententes comme ça, on en entend très peu parler. C’est encore tabou de parler de privé en santé. Pourtant, c’est gagnant pour les patients», conclut Yanick Labrie.