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L’avantage de la langue française

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Le chef de l’opposition de Longueuil s’exprime en «bilingue». Choquant ? D’un certain point-de-vue. En réalité, il parle plus français que le gouvernement du Québec lui-même.

Savez-vous que les Québécois qui en font la demande peuvent recevoir tous leurs documents officiels du gouvernement du Québec exclusivement en anglais ? Vous voulez un permis de conduire ? Le seul gouvernement francophone d’Amérique du nord correspondra avec vous exclusivement en anglais. Vous pouvez payer vos impôts en anglais seulement, recevoir des informations sur l’Assurance maladie en anglais seulement, etc.  Même chose pour divers formulaires du gouvernement du Québec. Jamais vous ne verrez sur ces documents officiels du gouvernement du Québec un seul mot de français.

Une situation anormale

Les documents du gouvernement du Québec devraient être en anglais et en français pour ceux qui tiennent à recevoir des communications en anglais. Les autres devraient recevoir leur correspondance exclusivement en français. Le gouvernement du Québec est obligé par divers jugements de la Cour Suprême de communiquer en anglais à ceux qui le demandent. Mais rien ne l’empêche d’ajouter du français aux documents qu’il envoie à ses citoyens anglophones.

En s’abstenant d’offrir des documents bilingues aux anglophones, le gouvernement du Québec envoie un message politique d’une autre époque : il est possible et normal de vivre exclusivement en anglais au Québec. Le gouvernement du Québec est même moins francophone que le gouvernement fédéral, qui lui utilise des formulaires bilingues.

Un comportement de conquis

Pour beaucoup de Québécois, le français est un handicap plutôt qu’un avantage. Combien de fois observe-t-on des Québécois francophones s’adresser en anglais à des gens qui pourtant font l’effort d’essayer de communiquer avec eux en français ?  «Je veux pratiquer mon anglais» s’excusent-ils, le plus souvent. En réalité, ils adoptent un vieux comportement de conquis, un comportement qui aurait dû avoir complètement disparu depuis des décennies.

Au fond, nous ne sommes pas très sûrs d’être fiers de notre langue. Plutôt que de comprendre combien le français peut être un formidable atout pour nous.

L’avantage de parler français

À titre de comparaison, regardons ce qui se passe à Shanghai.  Là-bas, les gens  parlent shanghaien. Les gens de Shanghai parlent aussi le mandarin. Mais le shanghaien est la langue de communication entre-eux. Ceux qui veulent faire des affaires à Shanghai doivent maîtriser cette langue. Parce que les conseils d’administration des entreprises de Shanghai fonctionnent dans cette langue. Parce la langue parlée dans les entreprises est le shanghaien. C’est aussi la langue de la vie quotidienne en public.

Le gouvernement central, à Pékin, déteste ce shanghaien. Il tente de le faire disparaître depuis des décennies. Il impose le mandarin à son administration. Et pourtant, le shanghaien continue à prospérer. Pourquoi ? Parce que le gens de Shanghai ont compris qu’en utilisant cette langue, ils renforçaient leurs circuits économiques et politiques face au reste de la Chine et au reste du monde. Et ça marche. Shanghai deviendra dans quelques années le centre financier du monde. (Évidemment, ceci ne tient pas qu’à la langue).

Il en va de même au Québec. Le français constitue un avantage extraordinaire pour nous. Ceci ne doit pas empêcher d’apprendre plusieurs langues étrangères, au contraire. Mais il faut cesser d’agir comme s’il fallait s’excuser de parler français en Amérique du Nord. Le français peut créer entre nous une complicité dont nous avons bien besoin face à la montée de la mondialisation.

Le français pour l’avenir

Le chef de l’opposition de Longueuil ne comprend rien cet avantage de parler français. Il raisonne  en termes coloniaux. Il s’imagine sans doute que le monde entier doit parler anglais. Il croit peut-être même que l’anglais est la seule langue vraiment civilisée au monde. Il a tout faux. Il est même possible que les nouvelles technologies, comme les gadgets de traduction simultanées renforcent encore plus la place des langues locales. Encore que, on l’oublie souvent, le français soit une des langues les plus parlées au monde.

En attendant, le gouvernement du Québec ferait bien de communiquer plus en français avec ses citoyens.

La mairesse de Longueuil a un bon réflexe politique quand elle demande au chef de l’opposition de parler français. Parler français dans les institutions est non seulement important pour l’épanouissement du français en Amérique du Nord, mais c’est aussi un grand avantage économique. 

 

PS. @Marcel

C'est le français qui est menacé, et non pas l'anglais. Si le français disparaît du Québec, il disparaîtra aussi de l'Ontario. C'est pourquoi le français peut bénéficier de proctections spéciales au Québec et ailleurs au Canada. À ce titre, vous pouvez bien continuer à recevoir vos documents en français. Désolé, mais il n'y existe aucune commune mesure entre les franco-ontariens et les anglo-québécois, en dépit de ce que ces derniers voudaient faire croire.