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Yvon et Robert, deux miraculés

Leur Cessna s’est écrasé samedi midi au nord de Chute-des-Passes

Le Cessna, d’une valeur d’environ 200 000 $, est une perte totale, selon son propriétaire.
Photo courtoisie, Robert Migneault Le Cessna, d’une valeur d’environ 200 000 $, est une perte totale, selon son propriétaire.

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Les deux occupants du petit Cessna qui s’est écrasé samedi midi au nord de Chute-des-Passes peuvent remercier le ciel d’être encore en vie.

«On est des aventuriers», commente, sourire en coin, Yvon Blackburn, rencontré lundi à sa résidence de Jonquière.

Accompagné de son ami Robert Migneault, le pilote de 72 ans est monté à bord de son Cessna samedi matin, vers 9 h 30, par une belle journée sans nuages.

Parti de Shipshaw, les deux occupants de l’avion ont mis le cap sur le lac Otapoco, où Yvon Blackburn possède un chalet.

«On s’en allait à la pêche à la truite mouchetée», raconte M. Blackburn.

Une fois arrivé au-dessus du lac, situé à quelque 150 milles au nord de Chute-des-Passes, à mi-chemin entre le lac Saint-Jean et le lac Manicouagan, l’avion a connu un bris mécanique majeur. Un câble de palonnier, directement relié aux deux pédales qui permettent au pilote d'actionner la gouverne de direction, a cédé.

«L’avion a bifurqué vers la gauche, raconte M. Blackburn. Je l’ai gardé en l’air un peu, mais on a fait trois tours au-dessus des épinettes, à 300 pieds de hauteur.»

Robert Migneault et Yvon Blackburn s’en tirent avec «des blessures mineures pour un accident majeur», résume le pilote.
Photo Dany Bouchard, collaboration spéciale
Robert Migneault et Yvon Blackburn s’en tirent avec «des blessures mineures pour un accident majeur», résume le pilote.

Blessures

Le pilote a repéré une petite touffe d’arbres vers laquelle il a dirigé l’appareil.

«On est rentré dans le bois», résume M. Blackburn.

Au moment de la descente, la tête du pilote a durement heurté l’intérieur de l’appareil, ce qui lui a causé une large blessure au-dessus de l’arcade sourcilière droite. Son ami a eu plus de chance.

«J’ai pris un sac en arrière et je me suis protégé la tête», ajoute Robert Migneault, 59 ans, en racontant comment la porte de son côté de l’appareil a violemment été arrachée.

Le fuselage de l’avion s’est arrêté sur la mousse, après avoir laissé une large trace au sol sur 200 pieds de long.

«On est rentrés de côté et les flottes ont arraché. On est sorti de là avant que le feu pogne», raconte M. Migneault.

À l’abri, les deux hommes ont entrepris de fabriquer un pansement de fortune pour l’œil de M. Blackburn.

«On s’est servi de tape électrique noir. Le tape qu’on met au bout des bâtons de hockey», rigole M. Blackburn.

Lorsque l’appareil a touché le sol, les flotteurs ont été violemment arrachés.
Photo courtoisie, Robert Migneault
Lorsque l’appareil a touché le sol, les flotteurs ont été violemment arrachés.

Sauvetage rapide

Lors de l’écrasement, la balise d’urgence de l’appareil — Emergency Locator Transmitter — s’est déclenchée, envoyant aussitôt un signal à la base de Trenton, en Ontario, indiquant qu’il était arrivé quelque chose de grave à l’appareil.

Les deux pêcheurs, habitués aux voyages dans le Nord, prennent toujours soin de traîner avec eux une petite radio portable haute fréquence. Une fois déployée entre deux arbres, la longue antenne de 89 pieds leur a permis d’envoyer un message d’urgence à l’Association des pilotes de brousse.

Alertées par Trenton, les autorités ont dépêché un avion Hercule de l’armée qui servait justement ce week-end au grand spectacle aérien de Bagotville.

«L’accident est arrivé vers 10h30 ou 10h45 et, une heure plus tard, ils étaient là», raconte M. Migneault, qui ne tarit pas d’éloges envers les cinq hommes qui ont pris soin d’eux, à bord d’un hélicoptère Griffon envoyé un peu plus tard.

Les deux amis ont été ramenés à Chute-des-Passes, le temps de soigner la blessure de M. Blackburn, avant d’être admis à l’hôpital de Chicoutimi.

«On est contents d’être vivants», confie M. Blackburn.


Le BST enquêtera pour déterminer la cause de l’accident

Le petit Cessna d’Yvon Blackburn, qu’il considère comme une perte totale, devra être examiné par les enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports (BST) pour déterminer la cause du bris mécanique qui est survenu.

L’avion devra d’abord être sorti des bois à l’aide d’un hélicoptère. Il sera ensuite ramené à Alma, chez Aviatech, où les enquêteurs du BST pourront procéder à son examen.

«Ils vont communiquer avec la compagnie Cessna», précise M. Blackburn.

Son appareil d’une valeur de 200 000 $ est en ruines au fond des bois, mais le pilote, qui détient une licence depuis 1973 et qui cumule quelque 4000 heures de vol, ne s’imagine pas une seule seconde rester au sol pour le reste de ses jours.

«J’en ai parlé à ma femme...», raconte en riant M. Blackburn à propos de l’achat d’un nouvel appareil.

«Je me rassoirais à côté de lui n’importe quand», ajoute pour sa part son bon ami Robert Migneault.