/finance
Navigation

L'austérité n'est pas la solution

2 millions d’exemplaires vendus pour l’économiste français Thomas Piketty

Thomas Piketty, French economist and academic, poses in his book-lined office at the French School for Advanced Studies in the Social Sciences (EHESS), in Paris
Photo REUTERS L’économiste français Thomas Piketty est devenu une superstar après la publication de son livre Le Capital au XXIe siècle.

Coup d'oeil sur cet article

Au moment où le Québec entend le mot austérité plus que jamais, ils sont plusieurs à croire que ses effets sont néfastes. C’est le cas de Thomas Piketty, économiste français devenu une superstar après la publication de son livre Le Capital au XXIe siècle, un best-seller de 970 pages traduit en 45 langues qui a été vendu à 2 millions d’exemplaires, qualifié «d’ouvrage économique le plus important de la décennie».

On le rejoint par téléphone à Paris où il est enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Après toute la folie qui a suivi le lancement de son livre et des centaines d’entrevues, il a décidé de se faire plus discret, mais reste à l’affût de l’actualité.

«J’ai eu à voyager davantage lors des derniers mois, mais là je veux revenir à mes fonctions de chercheur et d’enseignant et arrêter de radoter durant les entrevues! Car pour avoir des nouvelles choses à dire, j’ai besoin de me remettre au travail», lance-t-il, rapidement en riant.

Une «pénitence éternelle»

Malgré son envie de se retirer, il semble partout. Il s’est exprimé sur la situation en Grèce où le pays se retrouve encore au bord de l’abîme, pressé par l’Allemagne d’un côté et les créanciers de l’autre. Mais pour Piketty, l’austérité n’est pas la solution, ni en Europe ni ici au Québec où le gouvernement Couillard veut rééquilibrer ses finances publiques quitte à couper dans les services.

«L’austérité, ça peut marcher, mais ça prend très très longtemps avant de voir ses effets. Au passage, on peut se retrouver pendant de très longues années, même des fois des décennies à mettre plus d’argent des contribuables pour se rembourser la dette à nous-mêmes. Je dis à nous-mêmes, car la dette, c’est souvent une dette interne entre les pays qui se passent de l’argent. Ce sont des montants qui ne sont pas investis dans les universités, dans les énergies propres, pour la recherche, dans l’innovation», croit-il.

Mauvaise avenue

Selon lui, dans le passé, des pays ont réussi à améliorer la santé de leurs finances publiques en choisissant différents cocktails de l’inflation à une restructuration de la dette. L’austérité est donc une mauvaise avenue, dit-il.

«Ce que nous enseigne l’histoire, c’est qu’il y a toujours des alternatives afin de réduire la dette publique. Mais l’idée que la seule possibilité, c’est la pénitence éternelle en remboursant lentement par des excédents budgétaires, cette idée est toute simplement fausse historiquement puisqu’on observe plusieurs cas de figure où les choses se sont faites beaucoup plus rapidement et cela n’a pas nui aux pays», analyse l’économiste.

Déclarations controversées

Légion d’honneur française

« Je refuse cette nomination car je ne pense pas que ce soit le rôle d'un gouvernement de décider qui est honorable. »

Riches

« Il suffit de regarder le classement des 500 fortunes. On y observe que les très riches ne se sont jamais aussi bien portés, qu'il y a là bien plus d'héritiers que d'entrepre-neurs, et que leur fortune croît de 6 à 8 % par an malgré la crise. »

Retraite

« Personne ne comprend rien à notre système de retraites. Conséquence de l’empilement des régimes et de modes de calculs complexes, mais aussi du fait que l’on a trop souvent cherché à utiliser les retraites pour résoudre des problèmes qui seraient mieux traités par d’autres outils. »

Faire payer les grosses fortunes et les grandes sociétés

Dans son livre, Thomas Piketty met en lumière ses travaux de plusieurs années qui démontrent que le rendement du capital augmente beaucoup plus rapidement que la croissance de l’économie.

En gros, cela veut dire que les grandes fortunes, souvent héritées de la génération précédente, voient leur patrimoine augmenter plus rapidement que celui des travailleurs de la classe moyenne.

«Pour ceux qui n’ont pas de patrimoine familial et qui n’ont que leur travail, c’est beaucoup plus difficile de devenir propriétaire que pour les générations d’après-guerre. C’est une vraie transformation des inégalités», affirme-t-il.

Son livre déboulonne donc un mythe, celui qu’on peut s’enrichir en travaillant davantage, un message largement diffusé par les apôtres du capitalisme.

«On se rend compte que la phase de croissance très rapide après la Seconde Guerre mondiale avait quelque chose d’exceptionnel. Maintenant, on ne peut pas dire: on a une économie de marché, toujours plus de concurrence, ça va suffire pour aplanir les inégalités», assure-t-il.

Redistribuer la richesse

Pour lui, il faut imposer progressivement le patrimoine des plus riches afin de redistribuer la richesse. Et il faut faire payer davantage les grandes sociétés.

«Entre 1930 et 1980, le taux d’imposition des plus riches fortunes aux États-Unis était de 82 %! Et cela n’a pas tué le capitalisme américain. (...) C’est la même chose pour les entreprises. En Europe et ailleurs, les grandes sociétés ont un taux d’imposition plus faible que celui des PME, ça devient complètement absurde.»

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.