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Des histoires de filles populaires

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Elles s’appelaient Dominique, Marie-Jo, Judith. Puis Patricia, Véronique et Sophie. De vraies copines. Et il y avait aussi quelques gars qui ne laissaient pas leur place, Roch, Coco, Mike, Laurier ou encore le fameux Gerry. Et même si leur quotidien pouvait sembler banal, il n’était jamais plate. Au contraire, il divertissait plus d’un million de téléspectateurs heureux de leurs gaffes, malaises et mésaventures. Des histoires de filles particulièrement aimées.

«Dès le début, on voulait faire une ­comédie avec des filles célibataires. Il n’y en avait pas à l’époque. On voulait mettre en scène des femmes libres, sans attache, qui gagnent leur vie et surtout qui sont de très grandes amies», se ­souvient Louis Saïa, auteur, créateur et réalisateur de la populaire émission ­Histoires de filles.

«On voyait souvent des personnages de femmes en confrontation plutôt qu’en amitié. Sans être des femmes de pouvoir, elles étaient des femmes fortes qui s’épaulaient. Alors, je dirais que cette amitié a été un des points forts qui a fait le succès de l’émission. Ça et aussi le fait de voir des femmes en comédie. Peu de femmes faisaient de l’humour à l’époque.»

Ainsi, Nathalie Mallette, Marie-Chantal Perron, Catherine Lachance et Guylaine Tremblay (saisons 1 à 3), puis Marie-Lise Pilote (à partir de la saison 4) et Pascale Montpetit ont été le cocon de cette folle aventure. «Les filles n’avaient pas nécessairement un profil humoristique. On a passé des auditions. Je connaissais le travail de Guylaine Tremblay, je venais de voir Nathalie Mallette dans une comédie classique au théâtre, raconte Louis Saïa. On a été chanceux. On a trouvé un groupe de filles formidables. Aucune n’a cherché à sortir du lot, un danger dans ce genre de projet lorsque les ego ­prennent le dessus. On a créé une vraie famille d’acteurs. C’est probablement aussi une des clés du succès.»

Amitiés importantes

«Je garde de très bonnes amitiés d’Histoires de filles et pour moi, ça aura été une école de jeu en humour incroyable, note Catherine Lachance, qui interprétait Judith. Faire rire est un art, il faut avoir la bonne rythmique. Et nous ­enregistrions devant public, ce qui était formidable. Ça nous gardait éveillés, ­toujours alertes. Nous avions la chance d’avoir deux blocs de quatre heures pour placer chaque scène, puis les répétitions avec les caméras avant que le public entre. Nos semaines étaient très organisées. Quand le public entrait, on roulait les scènes dans l’ordre pour que les réactions soient réelles et spontanées.»

«Histoires de filles, c’est toute ma trentaine, s’exclame Nathalie Mallette, à qui on a confié le rôle de Dominique, mais qui avoue avoir auditionné d’abord pour Marie-Jo. J’ai un attachement très grand à cette série. C’était une période très dense de nos vies. On a eu nos enfants notamment. Quand j’étais enceinte de Jeanne, il fallait cacher ma bedaine. J’avais toujours un bol de salade, un coussin, quelque chose dans les mains pour me camoufler. Je me sentais si ­belle, mais il n’était pas question que ­Dominique tombe enceinte alors j’avais beaucoup de scènes derrière le comptoir ou en grosse robe de chambre.»

«Je garde des souvenirs incroyables au plan humain, poursuit-elle. C’était vraiment une famille. Nous continuons d’ailleurs à nous voir. Au niveau du travail, ç’a été formidable pour apprendre la mécanique de l’humour. Et Histoires de filles nous a offert le grand privilège de nous retrouver ensemble chaque semaine pendant dix ans. C’est très rare dans le métier.»

Comme au théâtre

Chaque semaine, les comédiens répétaient donc, comme au théâtre, avec un metteur en scène, tâche octroyée aux acteurs Micheline Bernard, puis Stéphane Crête.

«Louis Saïa faisait déjà ça quand il a démarré Radio Enfer, se rappelle Micheline Bernard, qui était de la distribution. J’adore la comédie. Quand il m’a offert de venir faire la mise en scène d’Histoires de filles, j’étais un peu intimidée, mais il m’a dit: “Je vais te coacher” et après la première saison, il m’a laissé aller. En tant que réalisateur, Louis devait déjà faire la mise en place pour les trois caméras. De mon côté, je pouvais aller plus dans le détail, faire de la direction d’acteurs, être présente pour eux. C’était un grand privilège et la gang était tellement l’fun!»

C’était les belles années de la comédie de situation (sitcom). «Je ne sais pas pourquoi le genre a pratiquement complètement disparu. Aux États-Unis, ça tend à revenir, remarque Louis Saïa. The Big Bang Theory, par exemple, n’est pas trop loin des techniques que nous utilisions. Mais il faut une banque d’auteurs pour écrire de la ­comédie. Il faut pouvoir tester les textes, les retravailler. Sur Histoires de filles, nous étions une dizaine d’auteurs et il y en avait toujours un sur le plateau pour apporter des modifications. C’est toujours bon signe quand les techniciens rient en répétition. Mais si pour une raison quelconque le public ne riait pas, l’auteur devait ajuster des choses rapidement.»

Des fous rires monumentaux

Faire de la comédie, c’est aussi courir le risque de peiner à garder son sérieux. «On a beaucoup ri sur ce plateau-là, confirme Catherine Lachance. Les scènes de groupe, on était plus délinquant. Quand on savait que la caméra n’était pas sur nous, il nous arrivait régulièrement de tenter de faire décrocher les autres par le non-verbal. Je me souviens d’une scène de chalet avec Nathalie Mallette. Nous devions manger des toasts au beurre de pinottes et bananes. Nous étions tellement affamées qu’on s’était gavé, le fou rire nous a pris, on n’était même plus dans nos personnages. Des moments drôles, il y en avait tout le temps.»

«Tu ne peux pas travailler avec Guy Jodoin sans rire, avance Nathalie Mallette qui partageait plusieurs de ses scènes avec lui. Des fous rires notoires. On lisait les textes et déjà on se demandait comment on ferait pour ne pas rire. C’était insupportable! Souffrant! Je me souviens d’une scène où nous mangions des beignes parce que nous avions ­donné du sang. Avec la farine sur les beignes, impossible de ne pas rire. L’équipe nous a d’ailleurs remis le ­trophée du plus gros fou rire.»

«Histoires de filles nous permettait aussi de recevoir de la visite, poursuit-elle. Plusieurs comédiens sont venus faire des caméos. Je me souviens de Martin Matte, Martin Petit et Éric Lapointe. Il arrivait que des artistes me demandent d’apparaître dans Histoires de filles, avoue Louis Saïa. Ç’a été le cas avec Éric Lapointe, qui avait envie de jouer. Il a joué son propre rôle. Par la suite. Je lui ai offert un rôle de composition dans Les Boys

La fin d’Histoires de filles a été très sensible pour la plupart de ses artisans. Louis Saïa confie d’ailleurs que les acteurs aimeraient beaucoup se retrouver, faire un «Histoires de filles 10 ans plus tard» pour découvrir ce qu’ils seraient devenus. «Ce n’est pas impossible. Ça serait intéressant. Mais ce n’est pas nous qui décidons», conclut-il.

♦ Histoires de filles est actuellement en rediffusion sur les ondes de Prise 2 (horaire complet www.prise2.tv).

♦ Nathalie Mallette est présentement au théâtre de Beaumont-St-Michel dans La nuit sera chaude, pour tout l’été.

♦ Catherine Lachance sera de retour dans Mémoires vives cet automne à Ici Radio-Canada Télé.