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La beauté des langues

La beauté des langues
Illustration Benoit Tardif, colagene.com

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Le français serait la plus belle langue du monde. On l’entend souvent dire quand vient le temps de la célébrer. Selon certains, c’est même pour cette raison qu’il faut la protéger. Je n’ai aucune idée du type de critères (la sonorité, le vocabulaire, les images?) sur lesquels on s’appuie pour affirmer une telle chose. N’est-ce pas aussi absurde que d’affirmer que tels ou tels traits physiques sont les plus beaux du monde? Tout indique que le fait de trouver que sa langue est la plus belle est une forme de chauvinisme.

Le français serait la plus belle langue du monde. On l’entend souvent dire quand vient le temps de la célébrer. Selon certains, c’est même pour cette raison qu’il faut la protéger. Je n’ai aucune idée du type de critères (la sonorité, le vocabulaire, les images?) sur lesquels on s’appuie pour affirmer une telle chose. N’est-ce pas aussi absurde que d’affirmer que tels ou tels traits physiques sont les plus beaux du monde? Tout indique que le fait de trouver que sa langue est la plus belle est une forme de chauvinisme.

Par ici, quand on parle du français, c’est souvent pour le comparer à l’anglais. À commencer par cette idée que l’anglais est tellement facile. Une idée évidemment fausse pour n’importe qui tente d’apprendre l’anglais plus loin qu’un simple usage fonctionnel. Ne dit-on pas que l’anglais a beaucoup plus de mots que le français? Cette différence qui s’appuie sans doute sur une organisation différente de l’institution linguistique ne nous permet pas de trancher quant à la beauté de l’une ou l’autre, mais ça devrait nous freiner un peu de critiquer ce qu’on connaît parfois si mal.

Et n’est-ce pas fascinant cette façon dont certaines langues, comme l’allemand, permettent de créer de tout nouveau concept en additionnant les mots, faisant du mot composé un usage régulier? Pourtant, on entend rarement dire que l’allemand est une belle langue, comme si le fait que sa sonorité nous paraisse rigide excuserait une telle méconnaissance.

Langue de paix

Récemment, j’étais dans un évènement de promotion de la francophonie et un francophile d’un pays étranger me racontait avoir choisi le français parce que c’est une langue de paix et d’ouverture sur les autres. Ça aussi, je l’ai beaucoup entendu.

On oublie bien vite le poids historique du français: langue de ­colonisation qui s’est aussi imposée au détriment de plusieurs autres langues (à commencer par les langues autochtones et africaines). Il semble même que le français ne rend pas naturellement bon: il y a des salauds chez les descendants de Molière aussi, et rien n’indique qu’il y en ait moins que de langue espagnole, anglaise ou chinoise.

Comprenons-nous: je ne suis pas contre le fait qu’on défende le français! Mais il me semble qu’on ne peut pas le faire pour une quelconque raison qui nous ­porterait à croire que le français a plus de valeur intrinsèque qu’une autre langue.

diversité

S’il faut défendre le français, c’est d’abord parce que c’est ­notre langue et que ce faisant elle teinte profondément notre rapport au monde. Mais c’est surtout parce que nous avons tout à ­gagner à ce que plusieurs langues se côtoient à travers le monde. Chacune d’entre elles nous apprend des aspects différents du monde – un peu comme si vous changiez la lentille de ­votre appareil photo.

Si on défend le français, ce ­devrait être pour défendre la ­diversité et à ce titre nous devenons nécessairement solidaires d’autres groupes linguistiques, y compris des langues que le français a tenté d’écraser dans une époque pas si lointaine.

Ce n’est pas parce que nous sommes meilleurs, plus beaux, plus importants que notre langue mérite d’être défendue. Mais parce qu’elle fait partie de nous.