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L’heure injuste de monsieur Godbout

Luc Godbout et Claude Montmarquette
Photo Jean-François Desgagnés

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Après l’éditorial de Pratte, c’est Alain Dubuc qui poursuit dans la veine du programme néolibéral de ses patrons en encensant l’étude de Godbout-St-Cerny sur le supposé enrichissement des familles québécoises depuis 1975. Une autre mise en scène pour faire taire les récriminations sur l’austérité imposée par le PLQ.

À la veille des travaux de la Commission des finances sur les paradis fiscaux et du traitement des recommandations énoncées dans le rapport issu de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise présidée par Luc Godbout, ce dernier nous présente une étude à la méthodologie douteuse pour tenter de faire croire que la classe moyenne s’est enrichie. Il omet d’examiner les inégalités croissantes et les charges supplémentaires qui font que la famille québécoise est plutôt en train de s’appauvrir. Il est raisonnable, en pareille circonstance, de se demander quels intérêts dessert une telle étude.

Nous rappelons que la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise, présidée par monsieur Godbout, privilégiait une baisse des impôts et une hausse des taxes à la consommation et des tarifs pour les services publics. À sa face même, une telle stratégie cadre bien avec le discours de baisse d’impôts d’un Martin Coiteux, mais elle impose indubitablement une charge supplémentaire aux familles de la classe moyenne en épargnant les mieux nantis et les entreprises qui ne se gêneront pas pour refiler la facture à leurs clientèles. Ce n’est donc peut-être pas un hasard, si le fiscaliste présente son étude qui induit que des familles, prétendument enrichies, ont la capacité de se farcir la ribambelle de nouvelles taxes et les nouveaux tarifs mis l’avant.

Amir Khadir sert une réplique vigoureuse et rigoureuse dans l’édition du Journal de ce jour au fiscaliste Godbout quant à sa méthodologie. Il rappelle à bon droit les travaux de Picketty sur la concentration de la richesse et il aurait pu citer plusieurs autres sources pour nuancer les conclusions de Godbout. C’est une étude qui est à contrecourant des grandes institutions internationales ou d’économistes de renom. En effet, Oxfam, l’OCDE et le FMI, ainsi que des économistes réputés comme Stiglitz et Krugman, déplorent la concentration de la richesse et l’accroissement des inégalités au point de prétendre que cela devient dangereux pour la sécurité et la paix. Ajoutez à cela l’étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) qui concluait que les baisses d’impôt profitaient au premier quintile de la population la plus riche et s’avérait une dépense supplémentaire pour les autres citoyens.

Alain Dubuc aborde cette étude, en disant qu’elle est menée par un chercheur indépendant, pour tenter de faire croire à une objectivité que l’IRIS ou l’IEDM n’aurait pas, mais il oublie de dire que la chaire d’étude de Godbout est largement financée par le gouvernement du Québec et qu’il mène des mandats bien rémunérés pour ce dernier. Il est difficile de mordre la main qui nous nourrit et cela pourrait incliner les chercheurs à produire des résultats qui servent bien la vision des gouvernants. Il ne faudrait pas minimiser que nos universités sont aussi sous une certaine influence quand une partie de leur financement relève de plus en plus de la sphère privée.

Ils sont forts les néolibéraux! Ils se sont appropriés les institutions et les médias pour instaurer leur programme qui favorise la concentration de la richesse, sans même qu’ils aient à se faire élire. En fait monsieur Dubuc, pour répondre à la question que vous posiez dans votre charge en règle contre monsieur Péladeau quant au contrôle de ses médias alors qu’il assume la direction de son parti, je préfèrerais que votre patron se présente à la chefferie du PLQ, au lieu de demeurer tapi dans l’ombre et de tirer les ficelles en toute quiétude.