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L’entente «secrète» entre le gouvernement et les pharmaciens pourrait s’avérer très payante

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Photo d’archives Le gouvernement ira chercher 133 millions $ par année dans les poches des pharmaciens, mais il permet à ces derniers d’aller chercher des dizaines de millions supplémentaires en allocations professionnelles auprès des fabricants de médicaments génériques.

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Les coupes de 133 millions $ imposées par le gouvernement aux pharmaciens ne leur feront finalement pas très mal, car une entente de principe tenue secrète jusqu’ici leur permettra d’obtenir des dizaines de millions en revenus supplémentaires.
Les coupes de 133 millions $ par année imposées par le gouvernement aux pharmaciens ne leur feront finalement pas très mal, car une entente de principe tenue secrète jusqu’ici leur permettra d’obtenir des dizaines de millions en revenus supplémentaires.
 
Cette entente de principe intervenue entre le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et l’Association des pharmaciens propriétaires (AQPP) a été entérinée à forte majorité lundi soir à Drummondville. Seuls 23 pharmaciens ont voté contre et 17 se sont abstenus sur quelques centaines de personnes présentes.
 
Notre Bureau d’enquête a obtenu un enregistrement de la réunion durant laquelle on a demandé aux pharmaciens de ne faire aucun commentaire aux médias, en particulier à notre collègue Michel Morin qui a été nommé à deux reprises. 
 
Ceux-ci tenaient à en garder la confidentialité tant que l’entente ne serait pas entérinée par le Conseil du trésor.
 
«Après plusieurs mois de discussions, le ministre a accepté notre proposition», a déclaré un des représentants de l’AQPP devant quelques centaines de pharmaciens propriétaires. «On ne sort pas d’ici en criant victoire, mais on s’en sort plutôt bien avec des gains.»
 
Des millions en jeu
 
Les pharmaciens ont mené une cabale contre le projet de loi 28 depuis des mois. Ils ont changé leur fusil d’épaule en raison du relèvement du plafond de ce qu’ils appellent les «allocations professionnelles», que d’autres qualifient plutôt de «ristournes». 
 
Ces montants versés par les fabricants de médicaments génériques étaient limités à 15 % depuis quelques années. Par exemple, si un pharmacien achetait pour 100 000 $ de médicaments à une compagnie de génériques, il recevait 15 000 $. Ce plafond est levé et chaque point de pourcentage supplémentaire permettra aux pharmaciens du Québec de récupérer 11 millions $.
 
Ainsi, selon un scénario présenté aux pharmaciens, si les allocations atteignent 23 %, l’effet des compressions du gouvernement Couillard sera complètement annulé. Scénario encore plus positif présenté par le directeur général Jean Bourcier, si l’allocation atteint 30 %, les pharmaciens vont faire 74 millions $ de plus en revenus annuels.
 
Seule contrainte: l’argent doit servir à financer du personnel de laboratoire, des équipements ou des services en pharmacie. «Jamais je ne défendrai un membre qui ne respecte pas les règles. Vu la sensibilité médiatique et politique, tout dérapage qui pourrait être dommageable à l’image des pharmaciens pourrait mettre en péril cette mesure d’atténuation», a soutenu l’AQPP lundi soir.
 
Rémunération à revoir
 
Il faut dire que l’Association a mis tout son poids pour faire passer l’entente. Le conseil d’administration l’a entérinée à l’unanimité. «Si nous n’adoptons pas [l’entente], le ministre se sentira légitimé de dire que les négos ont avorté par la faute des pharmaciens», a-t-on dit aux membres avant le vote à main levée.
 
Ce n’est toutefois pas avant quelques semaines qu’entreront en vigueur les nouvelles règles. Malgré tout, selon nos informations, des pharmaciens ont déjà commencé à négocier avec des fabricants de médicaments. Dans certains cas, les discussions avaient même débuté avant la réunion de lundi soir.
 
Des comités ont aussi été créés, notamment pour revoir le mode de rémunération des pharmaciens. L’AQPP estime notamment que les allocations professionnelles devraient éventuellement disparaître au profit d’honoraires relevés.
 

La proposition de coupes avant l’entente de principe:

  • 177 millions $ en baisse d’honoraires par année sur cinq ans
  • 3 nouveaux actes rémunérés qui permettaient d’aller chercher des revenus de 32 millions $
  • Allocations professionnelles maintenues à 15 %

Maintenant

La proposition prévue dans l’entente de principe

  • 133 millions $ en ponctions gouvernementales sur les revenus des pharmaciens par année pendant trois ans
  • 4 nouveaux actes rémunérés totalisant environ 38 millions $
  • Élimination du plafond des allocations professionnelles
*Les allocations professionnelles doivent absolument être utilisées pour offrir des services en pharmacie, l’achat d’équipement ou le paiement de personnel de laboratoire
 

Silence radio pour les médias

L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires a bien averti ses membres de ne faire aucun commentaire aux médias.

«On ne fera pas de grande conférence de presse comme Louis Godin (président de la Fédération des médecins omnipraticiens), soyez sûr!» a lancé un des dirigeants en assemblée.

Quelques minutes avant, il avait dit aux pharmaciens: «Gardez vos commentaires pour vous» et que l’Association continuerait d’observer le silence radio dans les prochains jours.

Pas facile

Un dirigeant de l’AQPP a d’ailleurs reconnu que le déplafonnement des «allocations» ou «ristournes» ne serait pas nécessairement facile à faire passer pour le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

«Sans vouloir le défendre, il ne faut pas sous-estimer que le déplafonnement n’est pas évident à vendre à son conseil des ministres. (Faisant semblant de citer le Dr Barrette) “Moi, ce que je te donne, c’est de subir Amir Khadir pendant trois ans, d’avoir les crocs en dessous du nez.” Il a mis du sien», a-t-il dit en assemblée.

 

 

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