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Des revenus plus élevés qu’avant: réplique à la lettre ouverte du député Amir Kadhir

Des revenus plus élevés qu’avant: réplique à la lettre ouverte du député Amir Kadhir
Photo Journal de Québec, Simon Clark

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Dans la lettre que vous m’adressiez le 29 juin dernier, vous suggérez que je suis jovialiste, de mauvaise foi ou encore manipulateur de chiffres.

Ceci m’apparaît être un positionnement stratégique visant à me discréditer bien davantage qu’une ouverture au dialogue. Or, une discussion sereine basée sur les faits s’avérerait une bien meilleure voie à suivre pour guider nos politiques publiques.

Choix méthodologiques

Vous nous accusez d’avoir commis une « erreur méthodologique », ce que je réfute. Les choix méthodologiques ont le mérite d’être bien expliqués dans l’étude et leur lecture est essentielle pour bien en comprendre les résultats. Le but même de l’étude consiste à montrer que pour faire des comparaisons sur une période de 35 ans, il faut nécessairement tenir compte de situations familiales comparables, notamment lorsque la composition des ménages a grandement changé dans le temps.

Notre analyse ne relève d’aucun « tour de magie ». Elle s’appuie plutôt sur l’application d’une logique mathématique qui montre que même si les personnes seules, les familles monoparentales et les couples de personnes âgées ont vu leur revenu croître, leur plus grand nombre tire vers le bas le revenu médian de l’ensemble des ménages, tel qu’expliqué aux pages 8 et 9 de notre étude.

Le cas le plus spectaculaire d’amélioration du revenu reste incontestablement celui des familles monoparentales. En 1976, la mère en situation de monoparentalité se retrouvait souvent sans emploi. Aujourd’hui, le contexte est différent. Avec de meilleures politiques familiales et un taux d’emploi des mères monoparentales plus élevé, le revenu médian après impôts et transferts a fortement augmenté. Même en tenant compte de l’inflation, le gain réel est de plus de 60 %. En ce sens, nos résultats rejoignent l’analyse de Pierre Fortin parue en 2008.

Autre cas où notre étude révèle une forte amélioration : celui des familles de personnes âgées. À ce titre, notre étude rejoint les résultats des travaux de l’ISQ sur les revenus des personnes de 55 ans et plus, publiés en 2013.

Appauvrissement ou enrichissement?

Vous signalez également que « les Québécois de la classe moyenne se sont appauvris » depuis 35 ans. Or, en avril 2015, François Delorme, Suzie St-Cerny et moi avons publié, dans L’état du Québec un texte traçant l’évolution de la classe moyenne, définie comme la tranche des revenus se situant entre 75 et 150 % du revenu médian, une définition largement répandue. En cumulant les effets des impôts et transferts, la proportion des ménages se situant dans la classe moyenne a légèrement augmenté au Québec tout comme leur revenu médian.

Par ailleurs, vous avancez que « les familles travaillent plus d’heures à un taux horaire effectif moindre ». Or, les données du marché du travail montrent au contraire une augmentation du taux horaire réel. Une étude de l’IREC publiée en mai 2014 indique en effet que les salaires horaires moyens et médians des travailleurs de 17 à 64 ans à temps plein ont augmenté.

Certes, les femmes sont plus nombreuses sur le marché du travail, de sorte qu’il y a davantage de couples où les deux conjoints travaillent. Mais il s’agit d’un progrès social et non un signe de perte de qualité de vie comme vous le suggérez. L’autonomie économique des femmes n’est que meilleure.

L’étude publiée avec ma collègue Suzie St-Cerny ne cherche pas à embellir ou à noircir la réalité. Elle vise simplement à mieux comprendre les données de l’évolution des revenus des ménages.

En terminant, je conviens avec vous que le débat sur la fiscalité québécoise est extrêmement important et en ce sens, je vous réitère ma disponibilité d’aller en discuter avec votre caucus.

Cordialement

Luc Godbout
Fiscaliste, professeur, directeur du département de fiscalité et chercheur à la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke

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