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L'affaire de la bâtonnière en dit long sur l'état de notre vie publique

L'affaire de la bâtonnière en dit long sur l'état de notre vie publique
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

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La bâtonnière nouvellement élue est au cœur d’une controverse.  Une controverse qui en dit long sur certaines caractéristiques de notre vie publique.

La bâtonnière a été suspendue par le Conseil d’administration du barreau.  L’histoire ayant donné lieu à une telle décision paraît banale.  Quelques mois avant d’accéder aux fonctions de direction de l’ordre professionnel, une confusion entre des items déjà payés et des objets qui n’ont pas été payés dans un commerce donne lieu à une plainte pour vol à l’étalage.

Le processus normal pour ce genre d’affaire est de demander à un juge de déterminer si la personne a commis un vol, avait l’intention de voler.

Mais, comme cela se produit souvent, le ministère public traite la plainte en dehors du processus judiciaire. Pour la plupart des autres citoyens, l’affaire en serait restée là.  

Mais il se trouve que cette citoyenne est devenue la première dirigeante du Barreau. La révélation de l’incident engendre une prévisible commotion.  La bâtonnière doit en effet avoir une conduite irréprochable.  Elle représente la profession.

Elle affirme avoir consenti que l’affaire soit traitée en dehors du processus judiciaire. Cela permettait d’éviter les délais et la visibilité inhérentes au processus judiciaire.

Manifestement soucieux de protéger l’image de la profession, le Conseil du Barreau, dans un geste sans précédent, suspend la bâtonnière après avoir pris acte du refus de cette dernière de démissionner.

Au delà de la question de savoir s’il n’aurait pas mieux valu faire élucider l’accusation de vol par un juge, cet incident en dit beaucoup sur certains des travers de notre vie publique.

Plusieurs institutions éprouvent des difficultés à gérer de pareils incidents.

S’ils ne font rien, en invoquant qu’une personne, quelque soit son rôle, est présumée innocente des crimes qui lui sont reprochés,  ils engendrent auprès de certains, une impression de « cover-up ». 

Plusieurs leur feraient alors reproche de camoufler les méfaits des dirigeants ou à tout le moins de faire preuve d’un excès de bienveillance à l’égard de personnes pour lesquelles les attentes sont très élevées.

À l’inverse, si, comme dans le cas présent, ils écartent la dirigeante des affaires, ils s’exposent aux critiques de ceux qui estiment que la sanction est disproportionnée, qu’elle fait fi du principe de la présomption d’innocence.

On le constate : quoi qu’il fasse, le Conseil du Barreau est assuré de causer la controverse.

Cela est peut-être l’indice de cette crise de confiance à l’égard de nos institutions.  Une crise qui rend difficile de distinguer entre l’événement relevant de l’erreur de bonne foi et le larcin véritable.

Dès qu’une personnalité publique est impliquée, on attend d’elle un comportement irréprochable.  La personne en autorité doit être exempte d’absolument toute « tache ».  Sinon, son autorité est à risque d’être irrémédiablement compromise.

Mais est-ce qu’il n’y a pas une certaine distinction à faire qui tiendrait compte de la gravité des gestes reprochés ?

Force est de constater qu’il ne semble pas exister une telle gradation :  dans la société actuelle, il semble y avoir un tel déficit de confiance que le moindre écart mérite condamnation.

Cela est peut-être un gage de probité pour les personnes en autorité. 

Mais est-ce possible d’avoir une société qui serait dirigée ou représentée uniquement par des gens  si parfaits, si sans histoires, si exempts du moindre reproche ?

Certains appellent cela des robots !