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Le vrai scandale

L’efficacité de son arnaque en dit aussi long sur ceux qui se sont laissé berner par le «beau parleur» étranger au nœud papillon

Arthur T. Porter
photo d’archives

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La saga est digne d’un roman d’Agatha Christie. Un cancer fulgurant «autodiagnostiqué» et une dépouille que personne n’a vue sont le parfait reflet du «personnage» Arthur Porter, l’ex-patron déchu du CUSM.

La saga est digne d’un roman d’Agatha Christie. Un cancer fulgurant «autodiagnostiqué» et une dépouille que personne n’a vue sont le parfait reflet du «personnage» Arthur Porter, l’ex-patron déchu du CUSM.

On ne s’étonnerait même pas d’apprendre qu’il aurait mis en scène son propre cancer et sa «mort» pour mieux prendre la poudre d’escampette loin de l’UPAC.

Son présumé décès «seul et inattendu» au Panama­­ suivi d’un constat de décès signé d’un médecin «ami» n’ayant jamais vu le «cadavre» en fait un scénario digne d’une minisérie.

Or, disons-le brutalement, qu’il soit mort ou vivant ne change rien à cette histoire sordide d’un pot-de-vin allégué de 22,5 millions que lui aurait versé SNC-Lavalin en échange d’un méga contrat de 1,3 milliard de dollars pour le Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Même mort, le seul «secret» qu’il emporterait dans sa tombe en est un de Polichinelle. Il se trouve chez tous ceux qui, jusqu’au sommet du pouvoir fédéral et québécois, lui ont cédé aveuglément la gestion du plus grand chantier hospitalier au pays.

Secret de Polichinelle

On parle du conseil d’administration du CUSM, premier responsable de sa nomination, malgré une feuille de route «teintée de conflits d’intérêts» lorsqu’il dirigeait un grand hôpital aux États-Unis.

On parle du ministre de la Santé de l’époque et aujourd’hui premier ministre du Québec, Philippe Couillard. Cultivant une «amitié» d’intérêts mutuels, ils ont même fondé en 2010 une firme de consultants au nom évocateur de Porter, Couillard et Associés.

Porter aura même enjôlé le premier ministre du Canada. En le nommant à la tête du comité en charge de surveiller le Service canadien du renseignement de sécurité, Stephen Harper risquait­­ carrément de compromettre la sécurité nationale du pays.

Arthur Porter, l’homme aux passeports multiples et aux amitiés politiques internationales tentaculaires et douteuses, était également un ressortissant de la Sierra Leone – un des pays les plus corrompus de la planète.

La fêlure

Il serait cependant trop facile de dédouaner tout ce beau monde pour la simple raison que le «docteur» Porter est un mythomane narcissique capable de charmer tous ceux pouvant servir son appétit insatiable pour l’argent.

L’efficacité de son arnaque en dit aussi long sur ceux qui se sont laissé berner par le «beau parleur» étranger au nœud papillon.

En réaction, M. Couillard s’est fait laconique. «Une triste fin pour une triste histoire, disait-il hier. Il n’y a rien d’autre à dire franchement.» Eh bien non. Il y a encore beaucoup à dire, dont ceci.

La vraie fêlure n’est pas tant la corruption de Porter que l’extrême facilité avec laquelle un projet aussi essentiel­­ et coûteux pour les Québécois fut confié par les plus hautes autorités­­ publiques à un magouilleur de premier ordre.

Pour reprendre le diagnostic de mon collègue André Picard, du Globe and Mail, un constat crève les yeux. Dans cette longue saga des super-hôpitaux­­, tous gouvernements confondus, l’intérêt public et celui des patients furent la dernière de leurs priorités.

Il est là, le vrai scandale.

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