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Décès de Arthur Porter : bouclons la boucle

Arthur Porter
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Bon. Ça y est. Selon les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) dépêchés au Panama, l’ex-patron déchu du CUSM serait bel et bien décédé.

Or, comme je l’écrivais vendredi dernier, «disons-le brutalement, qu’il soit mort ou vivant ne change rien à cette histoire sordide d’un pot-de-vin allégué de 22,5 millions que lui aurait versé SNC-Lavalin en échange d’un méga contrat de 1,3 milliard de dollars pour le Centre universitaire de santé McGill (CUSM)».

Le vrai scandale, la vraie fêlure dans toute cette histoire très politique demeurant encore et toujours «l’extrême facilité avec laquelle un projet aussi essentiel - et coûteux pour les Québécois fut confié par les plus hautes autorités - publiques à un magouilleur de premier ordre.».

Toujours sous le thème «médicalo-financier», cette semaine, j’expliquais également comment, au Québec, au fil des dernières années, nos gouvernants faisaient lentement mais sûrement basculer la culture médicale vers une culture nettement plus «entrepreneuriale».

Dans la même lignée, je m’en voudrais toutefois de ne pas ajouter au portrait un élément crucial, un morceau déterminant au casse-tête qu'est devenue cette même vision de plus en plus affairiste de la médecine et de la santé publique.

Je parle ici du parti-pris initial et coûteux du gouvernement de Jean Charest pour la construction des fameux méga hôpitaux en mode «partenariats public-privé» (PPP). Comme si l’État ne serait plus capable de gérer de manière efficace et responsable des projets aussi fondamentaux que la construction d’un hôpital.

De fait, les PPP équivalent ici à une «sous-traitance» au privé de la construction et de la gestion d’institutions publiques de santé.

Dès 2009, le Vérificateur général du Québec accrochait déjà le grelot. Contrairement à ce qu'avançait le gouvernement Charest, le VG révélait que : «les analyses de la valeur ajoutée produites par PPP Québec ne permettent pas de soutenir la conclusion que leur réalisation en mode PPP est préférable à une réalisation en mode traditionnel par le secteur public».

Le VG critiquait aussi une prise de décision gouvernementale laxiste et peu rigoureuse.

Comme si le «dossier» PPP ne sentait pas déjà suffisamment mauvais et ce, depuis des années, ajoutons-y un «succès souvenir» qui risque fort de décrocher encore de nombreuses mâchoires. Surtout après la mort d’Arthur Porter...

***

 

En 2011, sans même sourciller,  Monique Jérôme-Forget, ex-présidente du Conseil du trésor, ex-ministre responsable des Infrastructures et disciple renommée des PPP du temps où elle siégeait au gouvernement de Jean Charest, jurait que les PPP sauvait les projets de la fraude, des «extras» et des dépassements de coûts.

Vous avez bien lu...

Nommée tout récemment à l’Ordre du Canada par le Gouverneur général pour «pour avoir servi l'intérêt public au Québec avec un grand dévouement et pour son rôle de mentor auprès des femmes», Mme Jérôme-Forget lançait en effet ceci : «Pourquoi pensez-vous que toutes les firmes (de génie-conseil) étaient contre moi? Et qu'elles se sont arrangées pour convaincre le gouvernement que ce n'était pas bon. Elles savaient qu'avec ça [les PPP], tu ne peux pas frauder».

Ouf...

Et Mme Jérôme-Forget d’ajouter qu’un PPP, ça «signifie que les firmes qui réalisent le projet, eh bien, elles sont responsables! Si elles sont responsables, ben devinez quoi? Elles vont surveiller leur affaire! Pis si elles veulent donner des pots-de-vin au monde, ben j'ai des nouvelles à leur apprendre, nous autres [l'État] ça ne nous coûte pas plus cher. C'est elles qui le paient, le pot-de-vin!».

Relisez bien ce dernier passage. Avouez que vous en avez le souffle coupé...

***
 


Sur ces déclarations proprement ahurissantes et qui témoignent, entre autres choses, des dommages immenses que peut causer l’incompétence lorsqu’elle rencontre l’aveuglement idéologique, bouclons donc ici la boucle «Porter» en rappelant que le mode PPP n’aura rien fait pour empêcher la fraude massive alléguée dans l’obtention du contrat du CUSM par la firme SNC-Lavalin. Ni les «extras», ni les «dépassements de coûts».

Qualifiée devant la commission Charbonneau d’«un des cas de corruption les plus importants dans l’histoire récente du Québec», cette fraude spectaculaire n'est justement pas étrangère au mode même des «PPP».

Un mode affairiste de construction et de gestion d’institutions publiques qui, comme on le voit ici et ailleurs dans le monde, est loin, très loin, d’empêcher la fraude et la corruption...

 


 

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