/opinion/columnists
Navigation

La police de la pensée

La rectitude politique est plus présente que jamais

Male Bouffe
Courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Il y a quelques semaines, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, des féministes radicales ont vandalisé un resto.

Il y a quelques semaines, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, des féministes radicales ont vandalisé un resto.

Pourquoi? Parce qu’il s’appelait La Mâle Bouffe.

Paraît que c’est sexiste.

Il y a un bistrot sympathique à Outremont qui s’appelle Les Fillettes (une fillette est une petite bouteille de vin).

Va-t-on le vandaliser sous prétexte qu’il encourage la pédophilie?

Et que dire de la brasserie artisanale La Souche, à Limoilou? Ça fait pas un peu xénophobe, ça?

Vite, envoyez l’escouade des mœurs, qu’on ferme ces commerces au plus sacrant!

UNE ÉPIDÉMIE

Il y a une vingtaine d’années, quand je travaillais pour le journal Voir, on avait consacré un dossier à un phénomène qui venait tout juste de voir le jour sur certains campus américains: la rectitude politique.

À l’époque, on trouvait ça farfelu. Des étudiants qui criaient au racisme dès qu’un prof de littérature parlait de Shakespeare au lieu d’un auteur africain! Des enseignants de philo qui faisaient l’objet d’un boycott parce que la majorité des essais qu’ils faisaient lire avaient été écrits par des hommes blancs et non par des femmes autochtones!

Complètement disjoncté, disait-on. C’est une mode, dans cinq ans, plus personne ne parlera de ce phénomène.

Eh bien, nous sommes en 2015, et on en parle encore. Pire: la rectitude politique est plus présente que jamais.

Elle a quitté les laboratoires de la côte Ouest américaine pour envahir le monde occidental. Le virus s’est répandu partout: dans les médias de masse, les partis politiques, les groupes de pression...

Plus moyen de dire un mot de travers sans être victime d’une cabale.

TERRORISME INTELLECTUEL

Qu’on n’utilise plus les mots «mongols», «nègres» et «fifs», plus personne ne le regrette. C’est une bonne chose.

Mais qu’on grimpe aux barricades parce qu’un resto s’appelle La Mâle bouffe, il y a une maudite limite!

Va-t-on organiser une manif parce que le propriétaire du resto vend des omelettes au lieu des femmelettes?

C’est rendu qu’on ne peut même plus utiliser le mot «pow wow» sans avoir le lobby amérindien sur le dos!

Comme l’écrit Laurent Fidès dans son livre Face au discours intimidant: «Aujourd’hui, des donneurs de leçons ne cessent de nous dire ce que nous devons penser et ce en quoi nous devons croire. Ce discours intimidant et culpabilisant diabolise, voire criminalise toute pensée non conforme.

«La standardisation du langage façonne nos esprits et perturbe nos manières de voir, de comprendre le monde...»

LIRE DANS LES TÊTES

Dans Minority Report, Steven Spielberg met en scène une police qui est capable de prédire l’avenir. Elle arrête les criminels avant qu’ils ne passent à l’action!

À quand une police idéologique qui emprisonne les gens qui ont des pensées non conformes?

Qui osent se dire: «Elle me met ses seins dans la face, mais ne veut pas que je les regarde», quand ils voient une fille avec un décolleté qui va jusqu’au nombril?

Dans la Chine de Mao, on humiliait publiquement les gens qui avaient des «mauvaises pensées».

On fait la même chose. Mais ça se passe maintenant sur la blogosphère.

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.